Classes moyennes, déficit, la grande manip

Social en vrac n° 27 Les classes moyennes continuent à être caresser dans le sens du poil par des politiciens démagogues, tel Laurent Wauquiez qui vient une nouvelle fois de prendre leur défense : sans les définir, en en faisant un fourre-tout dans lequel chacun peut se reconnaître. Par ailleurs, le Programme de stabilité prévoit 50 milliards d’euros d’économie : énorme, sans précédent, mais certains exigent plus… pour mettre à genoux le secteur public. Enfin, scandale : les pauvres ont des frigos…

Social en vrac n° 27

 Les classes moyennes continuent à être caresser dans le sens du poil par des politiciens démagogues, tel Laurent Wauquiez qui vient une nouvelle fois de prendre leur défense : sans les définir, en en faisant un fourre-tout dans lequel chacun peut se reconnaître. Par ailleurs, le Programme de stabilité prévoit 50 milliards d’euros d’économie : énorme, sans précédent, mais certains exigent plus… pour mettre à genoux le secteur public. Enfin, scandale : les pauvres ont des frigos…

 

L’escroquerie de Laurent Wauquiez 

Laurent Wauquiez poursuit son combat sans scrupules en faveur des classes moyennes. Le 5 mai, lors de l’émission Mots croisés, sur France 2, qui l’opposait à Stéphane Le Foll, il a repris sa rengaine, reprochant presque à François Hollande de prétendre s’en prendre aux riches et de n’avoir pas été capable de mettre en place la taxe à 75 %. Moralité : c’est la preuve qu’il ne s’en prend qu’aux classes moyennes. Evidemment, interrogé pour savoir s’il souhaitait vraiment lui-même cette taxe sur les plus riches, il n’a pas confirmé, précisant qu’il se contentait de relever là une incohérence du pouvoir. Et de lister toutes les mesures qui attaquent les classes moyennes.

Dans Marianne du 9 mai, il revient à la charge dans un article qui compte huit fois les mots « classes moyennes », sans jamais préciser de qui il s’agit. Parfois il ajoute « modestes » (« classes moyennes et modestes »), parfois, par un glissement sémantique pernicieux, il dit « les ménages », sous-entendu les ménages sont les classes moyennes. En accusant Manuel Valls de « sacrifier les classes moyennes », de « paupériser les classes moyennes », de les menacer de « déclassement », il fait de la sociologie à deux balles, et ne dit pas quelles sont les autres « classes », en particulier celles qui devraient prendre en charge une partie du fardeau. Là, étonnamment, lui qui en avait fait son cheval de bataille, il ne dit rien de l’assistanat : il évite donc d’insulter une nouvelle fois les « assistés ». C’est à noter à son crédit. Mais c’est son imprécision qui est une escroquerie : les classes moyennes n’existent pas. Je ne vois pas quel est le dénominateur commun, le partage d’intérêts, entre ceux qui ont 2 à 3000 euros par mois et ceux qui empochent 10 à 15 000 euros, relevant tous du fourre-tout « classes moyennes ».

Cette défense des classes moyennes est un slogan démagogique, qui cherche tout simplement à ratisser large : chacun se croyant, se rêvant ou aspirant être l’heureux membre d’une classe moyenne mythique, l’homme politique qui caresse dans le sens du poil ce concept indéfini peut espérer faire un bon score.

 

 

Dette et déficit : les manipulations

Fin 2013, la dette publique s’élevait à 1900 milliards d’euros (93,5 % du PIB). Les mesures gouvernementales, avec 50 Mds d’économies sur la dépense publique (18 Mds sur l’Etat, 11 sur les collectivités territoriales, 10 sur l’assurance maladie, 11 sur la protection sociale), ont pour ambition de réduire ce pourcentage. Certains n’excluent pas cependant qu’elle atteigne 100 % du PIB en 2017, chiffre emblématique qui serait dangereux selon des « experts » (en économie ou en numérologie).

 

Gilbert Carrez, le président (UMP) de la commission des finances de l’Assemblée Nationale estime que le montant de la dépense publique (Etat, sécurité sociale, collectivités locales) devait progresser tendanciellement de 1200 Mds € en 2014 à 1305 Mds en 2017. Compte tenu des économies de 50 Mds, le montant en 2017 ne sera « que » de 1255 Mds. Les économies sont donc insuffisantes, selon lui, même s’il reconnaît que c’est « quand même un effort ». C’est ce qu’évoque Laurent Wauquiez dans l’article cité plus haut : il se plaint que ses chères classes moyennes payent le prix fort, « alors que le déficit va continuer d’augmenter de 55 milliards d’euros d’ici à 2017 ».

 

Or si l’on étudie le Programme de stabilité 2014-2017 (95 pages), présenté par le gouvernement le 23 avril, cette progression des dépenses qui subsiste correspond à l’inflation : « 50 Md€ d’économies sur 2015-2017, c’est ce qu’il faut pour ramener la progression de la dépense publique au rythme de l’inflation. C’est exigeant et inédit. Mais c’est ce qui nous permettra de poursuivre la réduction des déficits sans décider de nouveaux impôts. » (1)

 

C’est effectivement exigeant et inédit. Cela va faire très mal. De nombreux « experts » poussent à ce que l’effort soit plus important (sans admettre que c’est sans précédent, et que ce sera dangereux pour la croissance, et que beaucoup de Français vont pâtir de cette austérité), afin d’acculer le gouvernement à ne pas baisser sa garde et à faire davantage, non pour amplifier les économies (qui n’ont pas été faites jusqu’à présent) mais pour contribuer au démantèlement du  domaine public, démantèlement pour lequel militent les ultra-libéraux qui ont aujourd’hui partout pignon sur rue et le vent en poupe.

 

Je reviendrai dans un prochain texte à propos de la dette sur les manipulations qui courent autour des chiffres annoncées, et surtout sur les chiffres laissés dans l’ombre.

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(1) file:///C:/Documents%20and%20Settings/Compaq_Propri%C3%A9taire/Mes%20documents/DOCUMENTATION/Economie/programme-stabilite2014%20(1).pdf

Le document ne dit pas si la progression « naturelle » (inflation) qui subsiste sera de 55 Mds.

 

 Fox_News_Poors.jpg France 2 [capture d'écran]

 

Scandale : les pauvres ont des frigos !

Aux Etats-Unis, Fox News a diffusé en 2011 un montage se faisant l’écho d’une étude qui montre que 99 % des pauvres ont un frigo, 81 % un micro-onde, 54 % un téléphone portable, 25 % un lave-vaisselle. Ils ne sont donc pas si pauvres que ça. Les Guignols de l’Info, sur Canal Plus, ont ironisé sur ce que ce genre d’info sous-entend.

Cette question, du caractère évidemment relatif de la pauvreté, a été débattue au cours de l’émission de Frédéric Taddéi, Ce soir ou jamais (France 2) le 9 mai. Une philosophe, Judith Revel, qui défendait la cause des plus démunis, a cru devoir révéler qu’au début du RMI des contrôleurs venaient au domicile des gens pour vérifier l’état de pauvreté des allocataires. Ainsi, la référence pour une femme (et en tant que féministe, elle se disait choquée), le contrôleur vérifiait si elle avait trois culottes (signe de pauvreté), car à partir de quatre on n’était plus pauvre !

J’ai quelques doutes sur cette anecdote : au début du RMI, s’il est vrai que les foyers qui disposaient d’un jardin voyaient leur allocation réduite car ils étaient susceptibles de dépenser moins grâce à leur potager (mesure peu appliquée et qui n’a pas duré), jamais la pauvreté n'a été « vérifiée », à ma connaissance. L’attribution du RMI, aujourd’hui du RSA, tient compte tout simplement des revenus : ce sont les ressources qui sont vérifiées.

Elle faisait peut-être allusion à des méthodes des contrôleurs CAF (qui sont conduits à vérifier par exemple si une femme est vraiment seule lorsqu’elle perçoit une allocation liée à sa solitude et cela passe par une visite de l’appartement pour voir si des vêtements d’un éventuel compagnon n’y sont pas cachés, ou à interroger des voisins). J’ignore s’ils ont d’autres critères pour évaluer les ressources occultes, comme par exemple le nombre de culottes. Si un lecteur est informé sur le sujet, je suis preneur.

Au cours de cette émission de Taddéi, un écrivain s’est réjoui du fait qu’un milliard d’individus soient sortis de la pauvreté : oui, c’est vrai, ils avaient un dollar par jour pour vivre, aujourd’hui ils en ont presque deux.

Faut-il être parents pour comprendre la douleur ?

Suite à l’enlèvement par la secte islamiste Boko Aram, au Nigéria, de 220 jeunes filles qui voulaient poursuivre leurs études, menacées d’être vendues comme esclaves et de subir les pires violences, les réactions de Barak Obama et de David Cameron relèvent d'une étrange façon de communiquer : tous deux ont tenu à préciser qu’ils comprenaient la douleur des parents car eux-mêmes sont pères de deux filles ! Du people jusque dans la tragédie.

 

Et voilà qu’un entraîneur de tennis aurait abusé de jeunes filles en France : l’ancien champion de tennis Henri Leconte se dit choqué « en tant que père ». Heureusement qu’il est père…

 

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