Le « social » envahit les écrans

Les questions sociales ont pris une place essentielle dans le débat public et dans les politiques publiques depuis une vingtaine d’années. Dans un texte pour le 100ème billet, j’ai rappelé qu’« avec la montée de la précarité, le vieillissement de la population, la reconnaissance des droits des personnes, et bien d’autres raisons, le « social » a pris une envergure considérable ». Notre actualité quotidienne est désormais marquée du sceau du social, la presse traite essentiellement de ce qui n’intéressait ni le politique ni le médiatique (protection de l’enfance, lutte contre les violences conjugales, contre la précarité, insertion, maintien à domicile).

Les questions sociales ont pris une place essentielle dans le débat public et dans les politiques publiques depuis une vingtaine d’années. Dans un texte pour le 100ème billet, j’ai rappelé qu’« avec la montée de la précarité, le vieillissement de la population, la reconnaissance des droits des personnes, et bien d’autres raisons, le « social » a pris une envergure considérable ». Notre actualité quotidienne est désormais marquée du sceau du social, la presse traite essentiellement de ce qui n’intéressait ni le politique ni le médiatique (protection de l’enfance, lutte contre les violences conjugales, contre la précarité, insertion, maintien à domicile).

 

On retrouve cet effet dans le cinéma. Actuellement, sur les écrans, on peut voir States of Grace, film américain de Destin Cretton, dont l’histoire (basée sur celle du réalisateur) se déroule dans un foyer d’accueil pour jeunes en difficulté. Dans la cour, de Pierre Salvadori,  Mathilde (Catherine Deneuve), retraitée sans enfants, forme avec son compagnon, un couple déjanté. Elle se dévoue pour les autres et mène campagne pour la défense d’un quartier voué à la démolition. Et Aventi, film suisse d’Emmanuelle Antille, raconte la fuite de Léa dans la campagne avec sa mère sortie d’un hôpital psychiatrique, croyant découvrir ainsi la liberté. Et autre road movie sur fond social, le film réalisé par Agnès Troublé (Agnès B.), Je m’appelle Hmmm, dans lequel une enfant de 11 ans fugue pour échapper au conflit de ses parents, et à son père qui a abusé d’elle. Elle se retrouve, tandis qu’on la recherche partout, parmi des marginaux. Et aussi Un voyage de Samuel Benchetrit, film douloureux sur la maladie incurable d’une femme, qui essaye de vivre au mieux ses derniers instants, avant d’organiser son suicide en Suisse. Beaucoup de tristesse donc, et de pessimisme dans le traitement de ces films. Je passe sur la télévision (Famille d’accueil, ou « 3 x Manon » qui raconte l’histoire d’une adolescente placée dans un centre éducatif). Les histoires d’amour au cinéma (Une rencontre de Lisa Azuelos, avec Sophie Marceau) ne fonctionnent plus trop bien. Ce qui marche c’est le social et l’écologie (Night moves, de Kelly Reichardt, qui campe trois écolos extrémistes qui veulent faire sauter un barrage, et La ligne de partage des eaux, de Dominique Marchais, qui aborde la pollution de la Loire). Pas plus réjouissants les uns que les autres.

 States_of_Grace.jpgStates of Grace [capture d'écran de la bande annonce]

Et on pourrait poursuivre avec L’Armée du salut (histoire d’un jeune homosexuel marocain), Au nom du fils (la pédophilie dans l’Eglise), la Frappe (la violence chez les adolescents).

 

Cela dit certainement beaucoup de choses sur nos sociétés qui se sont émancipées du collectif, et se sont laissées envahir par l’individu et ses problèmes : sa famille, sa santé, son âge, sa déprime, sa violence. Et aussi un média : le cinéma, la télévision qui conduisent « techniquement » à individualiser, plutôt qu’à globaliser un problème. Cela renvoie aussi à l’ambiguïté du mot « social » que j’emploie : si les questions soulevées concernent beaucoup de gens (et c’est ce qui fait que le spectateur peut éventuellement s’identifier au personnage), cela reste l’histoire d’un seul personnage, d’un individu, héros du film, et non d’un ensemble d’êtres humains vivant la même situation. Le problème « social » est presque toujours traité comme un cas particulier. L’écran ne socialise pas, mais individualise.

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