Code du travail : la petite manœuvre de Pujadas

Lors du journal télévisé de France 2 mardi soir, était évoquée la parution du rapport Combrexelle qui propose de faire primer la négociation sur la loi (dans l'axe de ce que François Hollande a annoncé lors de sa conférence de presse de lundi). David Pujadas s'est alors livré à un petit numéro bien rodé pour se moquer du Code du travail en le jetant sur la table, comme un vulgaire Bayrou.

Lors du journal télévisé de France 2 mardi soir, était évoquée la parution du rapport Combrexelle qui propose de faire primer la négociation sur la loi (dans l'axe de ce que François Hollande a annoncé lors de sa conférence de presse de lundi). David Pujadas s'est alors livré à un petit numéro bien rodé pour se moquer du Code du travail en le jetant sur la table, comme un vulgaire Bayrou.

Ce faisant, il a lancé : "ce fameux Code du travail si lourd avec ses [sic] près d'un kilo et demi". Et d'ajouter : "3000 pages ça fait beaucoup de lecture". Ni lui, ni Jean-Paul Chapel n'ont précisé que plus des 2/3 du Code sont des jurisprudences et non pas le Code lui-même. Cette petite manœuvre, signe de mépris pour une législation qui en général protège les salariés, fait toujours son petit effet : elle a déjà été utilisée, deux fois par François Bayrou démagogue dans une émission télévisée [voir mon billet sur le sujet]. A noter que faire primer la négociation sur la loi c'est (sauf dans les entreprises où les syndicats sont forts) mettre les salariés à la merci d'un patronat qui ne se privera pas de détricoter le droit social.

Le soir même du 8 septembre, j'ai mis la teneur de ce qui précède sous forme de billet sur mon compte Facebook, avec la photo ci-dessus en capture d'écran. J'ai appris le lendemain que selon une personne présente sur le plateau de télévision, témoin directe de la scène, David Pujadas avait fait répéter une heure auparavant l'action afin que la caméra cadre bien son geste de mépris qui consistait donc à jeter le Code sur la table. Elle dit avoir été "dégoûtée" par cette façon de faire et se réjouit que ce genre d'attitude ("propagande de merde" écrit-elle) soit dénoncée. Le 9 septembre, dans un texte sur telerama.fr, Samuel Gontier publiait un long article [ici] qui dénonçait également ce geste ainsi que d'autres propos tenus dans le journal de France 2 ce soir-là.

C'est l'occasion de donner le lien avec un article pertinent de Philippe Frémeaux, d'Alternatives économiques : dans ce texte [ici], il démontre qu'une réforme du Code du travail ne fera pas baisser le chômage et démonte les arguments avancés contre l'épaisseur du Code, en contestant non seulement Robert Badinter et l'Institut "libéral" Montaigne, mais aussi le think tank Terra Nova, proche du PS, qui, pour la petite histoire est dirigé par Thierry Pech, ancien directeur de… Alternatives économiques.

Heureusement qu'il existe quelques résistants à la propagande effrénée, orchestrée, qui, profitant de la crise, du taux de chômage élevé, du désarroi des populations, essaye de faire avaler une fois de plus le coup du Code du travail trop complexe. Alors qu'il protège, en partie, les salariés, et que s'il est complexe c'est justement parce qu'il y a matière à légiférer et à produire de la jurisprudence pour les protéger. Mais il ne fait pas que les protéger, il définit aussi des droits pour les employeurs. Par ailleurs, la partie du Code du travail sur le contrat de travail en tant que tel est plus minime que certains ne le disent. Sur la question des 35 heures et du Code du travail, se rejoignent un patronat et une droite purement dans l'idéologie, et aussi une "gauche" qui veut prouver qu'elle est sans complexe en leur emboîtant le pas : ce qui compte pour eux et pour les "experts" qui nous bourrent le mou dans les médias dominants c'est d'abord d'obtenir une première victoire contre ceux qui défendent les droits sociaux. Ensuite, s'ils parviennent à déposséder les employés d'une partie de leurs droits actuels, alors ils n'auront plus de raison de se limiter. S'il y a des réformes à faire, des améliorations à apporter ce ne sont pas ceux qui militent sans discontinuer depuis des décennies contre le droit social qui sont légitimes pour les proposer et les acter.

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Voir également l'édito de Guillaume Duval dans le dernier numéro d'Alternatives économiques

Voir vidéos Gérard Filoche :

- sur la "grosseur" du Code, qui n'a en réalité que 675 pages et non pas 3900 pages : pour illustrer ce que représente le rajout de commentaires de jurisprudence, Filoche a cette formule délicieuse : "c'est comme si vous éditiez Françoise Sagan amendée par Marcel Proust".

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- sur le rapport de Jean-Denis Combrexelle qu'il qualifie de "virus Ebola contre le Code du Travail" et qu'il accuse d'avoir déjà beaucoup agi pour le patronat contre ce Code (Filoche liste un certain nombre de droits garantis par le Code du Travail) : ici.

- et voir son article sur son blog de Mediapart aujourd'hui : Une première lecture des 44 propositions du rapport Combrexelle.

 

Billet n° 222

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