Sarkozy, Alzheimer, milliardaires, philanthropes et gens du peuple

Social en vrac n°22 Nicolas Sarkozy a inauguré un centre de la Fondation Claude Pompidou à Nice, financé par les pouvoirs publics et... des milliardaires philanthropes. Une info pour le 8 mars : de plus en plus de femmes milliardaires. Une chaîne thermale fait sa publicité, et la sécurité sociale rembourse. Regards sur l'action sociale. Germaine Chaumel, photographe des gens du peuple. 

Social en vrac n°22

 Nicolas Sarkozy a inauguré un centre de la Fondation Claude Pompidou à Nice, financé par les pouvoirs publics et... des milliardaires philanthropes. Une info pour le 8 mars : de plus en plus de femmes milliardaires. Une chaîne thermale fait sa publicité, et la sécurité sociale rembourse. Regards sur l'action sociale. Germaine Chaumel, photographe des gens du peuple. 


Nicolas Sarkozy et Alzheimer

L’ancien chef de l’Etat a répondu à l’appel de Bernadette Chirac qui l’avait invité à l’inauguration du centre de recherche et d’accueil Claude Pompidou, à Nice, destiné aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il a rappelé que pendant son quinquennat, il a lancé un plan anti-Alzheimer, sur le modèle du plan anti-cancer de Jacques Chirac. Il s’est réjoui que le gouvernement actuel poursuive ce plan (qui sera d’ailleurs prochainement élargi aux autres maladies neurodégénératives et qui mettra l’accent sur les aidants). Après 65 ans, une personne sur dix est touchée. Dans 5 ans, on évalue à 1,3 million de personnes atteintes de la maladie.

 

Nicolas Sarkozy a prononcé un discours sans notes, au cours duquel il a estimé que l’« on juge l’humanité d’une société à la façon dont elle considère ses personnes âgées, ses malades ». Certes, mais aussi ses enfants, sa jeunesse, ses femmes enceintes, son école, ses prisons…

 

Il s’est dit opposé à l’isolement des personnes âgées, mises à l’écart, cloîtrées, contraintes à « un communautarisme subi ». Pour lui, et c’est juste, cette maladie « nous renvoie à notre propre destin, notre propre questionnement : qu’est-ce qui se passera si un jour c’est mon tour ? Est-ce que quelqu’un me regardera avec respect, est-ce qu’on préservera ma dignité, est-ce qu’on m’humiliera sans le savoir ? » Dommage qu’il ait fallu qu’au cours de cette journée où il était tellement surveillé par une multitude de médias, il ait tenu à préciser que c’était une maladie « ni de gauche, ni de droite » !

 

Cette belle réalisation, destinée à 72 patients, qui fait la joie de Bernadette Chirac, d’Eric Ciotti et de Christian Estrosi, a coûté 22 millions d’euros, ce qui est une somme énorme. Elle a nécessité beaucoup de subventions publiques que ces chantres du libéralisme, tellement soucieux de réduire les dépenses, ne semblent pourtant pas contester.

 

Mais des fondations ont apporté aussi leur obole : par exemple The Conny-Maeva Charitable Foundation, dont personne n’a demandé pourquoi cette fondation, généreusement installée au Lichtenstein, intervenait ainsi à Nice, ni ne s’est interrogé sur son président qui est aussi patron, selon ses dires, d’une « société de conseil pour la gestion d’activités caritatives, spécialisée dans l’assistance, la gestion ainsi que dans le conseil d’opérations philanthropiques ». Beaucoup d’argent collecté donc avec appel à la générosité des citoyens : mais pourront-ils profiter de cette réalisation unique en France ? Une milliardaire, monégasque, d’origine brésilienne, Lily Safra, « référence planétaire des mondanités caritatives », selon un journal people, a versé 7 millions d’euros dans l’escarcelle. Une des plus grandes fortunes mondiales, elle est vraiment généreuse, puisqu’elle aurait payé une conférence de Nicolas Sarkozy 150 000 € l’an dernier. Quant au groupe bancaire Safra, il pèse 200 milliards d’euros. Philanthropie ? En réalité un monde mondain, gavé, pervers, qui instille sa supériorité à travers sa générosité, qui tente, en affichant ostensiblement sa charité, de faire oublier les injustices dont il se nourrit.

 

Chaîne thermale du Soleil :

Cette entreprise du thermalisme, qui possède 20 stations en France, fait une publicité effrénée sur les radios, affirmant qu’elle agit pour notre santé et quelle contribue à la baisse de la consommation de médicaments. Le coût des cures thermales, pour la Sécurité sociale, s’élève à 260 millions d’euros. C’est étrange : les discoureurs sur les économies à faire pour combler le déficit de la Sécurité sociale évoquent presque toujours la même chose : les génériques et la chirurgie ambulatoire (un peu court), mais jamais les cures thermales. L’efficacité des cures est grandement controversée, mais cela reste un sujet tabou. Parce que ce sont 100 000 emplois, 527 000 curistes ? Peut-être. De là à faire de la publicité …

 Copie_de_DSCN4993.JPG [Photo YF]

Regards sur l’action sociale

Laurent Barbe, consultant en politiques publiques et action sociale, a publié sur son blog des textes récents sur les enfants handicapés maltraités (il connaît bien le secteur qui le plus souvent n’a rien à voir avec ce que M6 a montré dans son documentaire de janvier), et sur les enfants exilés de La Réunion. Il a publié également un texte sur le retard mis dans l’évaluation externe des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ils ne sont que 28 % à avoir engagé cette évaluation prévue par la loi du 2 janvier 2002 sur l’action sociale et médico-sociale). Or la réalisation de cette évaluation conditionne l’autorisation des structures à fonctionner. Il y a urgence pour le ministère à trouver une solution.

 

 http://blog.laurentbarbe.fr/

 

 

Germaine Chaumel et les gens du peuple

Toulousaine, née en 1895, Germaine Chaumel, passionnée de photographie, devient photoreporter dans sa région, s’intéressant au sport, aux vedettes artistiques, aux évènements politiques (en particulier pendant l’occupation), aux questions sociales. Photographe pour la Dépêche et pour L’Express du Midi (qui deviendra La Garonne), elle sera correspondante du New York Times. Elle fait de la photo humaniste, avant Doisneau, captant les gens du peuple comme cette femme avec ses enfants dans un baraquement, visitée par une infirmière-visiteuse ou une assistante sociale, en 1939.

 Copie_de_DSCN3794.JPG

Un ouvrage retrace son œuvre : Germaine Chaumel Femme photographe, éditions Privat, 26 €.

 

Deux expositions ont déjà eu lieu à Toulouse : EDF Bazacle avec la mairie de Toulouse l’an dernier et tout récemment à Odyssud-Ville de Blagnac, voir dossier de presse :

http://www.cinerex-blagnac.fr/wp-content/uploads/2013/12/dp-chaumel-web.pdf

 Germaine_Chaumel_livre.jpg

Gide :

Dans ses carnets, Camus (Albert) cite Gide à propos des déshérités : « Laissez-leur la vie éternelle ou donnez-leur la révolution ».

 

« Les pauvres sont des citoyens »

Gilles Sainati, dans un texte mis en ligne le 24 février sur son blog Mediapart, décrit les activités d’un Lieu Ressources à Pézenas. Il écrit que les pauvres « ce sont des citoyens qui aspirent à vivre dans une société et à se rendre utiles même s’ils sont empêchés par la tournure décroissante du tissu économique. (…) Même s’ils subissent des frustrations, épreuves en tout genre, ils aspirent comme tous les êtres humains à vivre en paix, en sérénité et faire oeuvre de collectif. (…) Nous faisons le pari que c’est la culture qui est le point de départ d’un travail sur la citoyenneté et l’insertion. »

 

Ainsi, il présente plusieurs actions culturelles menées par cette association : construction d’une Yourte, lieu d’expositions et de réunions, chorale des Sans, production d’une bouteille de vin « Les fruits de la galère », en lien avec la cave coopérative de Montagnac, cycle de conférences « éducation populaire à la citoyenneté ».

 

A lire : http://blogs.mediapart.fr/blog/gilles-sainati/240214/les-pauvres-sont-des-citoyens

 

 

Les femmes, de plus en plus dans le CAC 40, de plus en plus milliardaires

Une loi contraint les groupes français cotés et les sociétés réalisant au moins 50 millions d’euros de chiffres d’affaire et employant 500 salariés d’avoir 20 % de femmes au moins dans leur conseil d’administration d’ici à 2014 et 40 % d’ici à 2017, sous peine de sanctions financières. Elles sont en fait déjà 28 % (contre 10,7 % en 2009). J’entends d’ici les hurlements des libéraux : comment peut-on imposer de telles obligations au secteur privé ? C’est bien digne de la gauche, avec en prime des taxes nouvelles, à travers les sanctions prévues. Eh bien non : il s’agit d’une loi Copé-Zimmerman votée en juillet 2011.

 

C’est à un article du Monde du 8 mars que l’on doit cette information, ainsi que celle-ci : selon le magazine américain Forbes, sur les 1645 milliardaires (en dollars) dans le monde, 172 sont des femmes (en hausse de 25 % en un an). Le droit des femmes gagne du terrain…

 

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique]

 

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