Les aveux d'un économiste "libéral"

Jean-Marc Daniel est l'invité des médias pour tenir le discours ultra-libéral quand Agnès Verdier-Molinié n'est pas disponible. Il militait ce matin, sans vergogne, sur France Inter pour la suppression totale de l'impôt (progressif) sur le revenu, en faveur d'un impôt simplement proportionnel, la CSG.

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Ce matin, sur France Inter, avec cette façon de parler empruntée au ravi de la crèche, il assénait tout de go, comme paroles de vérité, ses sentences, comme si l'économie était une science exacte. Bien que plutôt pro-Macron, il reproche à ce dernier d'avoir dit à Aix-la-Chapelle que les Allemands affichaient trop de "fétichisme budgétaire", ce qui serait une incitation à ne pas respecter les traités. Et contre toute vraisemblance, il affirmait que selon les règles du traité de Maastricht les Allemands seraient, non pas en excédent, mais tout simplement à l'équilibre budgétaire.

Il reproche à Macron également d'avoir eu un projet ("assez social-libéral"), où il n'était plus question d'opposer riches et pauvres, gauche et droite, mais rentiers et gens dynamiques. Puis, une fois élu, il serait passé à une logique de programme : et du coup rien contre la dépense publique. Il ne fait pas du tout du tchatcher ("hélas"), même pas du Blair : Macron se contenterait d'imiter Blair, y compris en bombardant avec Trump la Syrie. Ainsi, il n'est pas le président des riches, mais "des gens qui veulent devenir riches". D'ailleurs, "il n'y avait plus de riches, puisque les gens s'en allaient". On sent l'économiste bien documenté, qui ne fait pas d'idéologie.

Et de défendre la métaphore du ruissellement (même si, bien sûr, il n'aime pas la formule). Car il est faux de dire que ce qui se fait en faveur des plus riches c'est au détriment des pauvres. Il rappelle "l'excellent entretien" que le délégué général de Pôle Emploi, Jean Bassères, a tenu devant les sénateurs : constatant que la croissance ne permet plus d'atteindre le plein-emploi, il a estimé, selon Daniel qui boit du petit lait, qu'il faut "modifier l'attitude générale des demandeurs d'emploi et passer de simples logiques de savoir-faire à des logiques de savoir-être". Oups, voilà qu'ils nous font du jargon de travailleurs sociaux ? Non, il faut entendre la suite : il s'agirait, comme d'ailleurs le souhaite Emmanuel Macron, nous dit Jean-Marc Daniel, de "responsabilisation individuelle face à la réalité économique au travers de la formation". Ainsi tout le pataquès sur la formation (les 15 milliards annoncés) serait destiné non pas tellement à donner plus de compétences techniques aux salariés et aux chômeurs mais à les convaincre de ce qu'est réellement l'économie à la sauce Macron ou Daniel ! Ce propos sibyllin sonne comme un aveu.

Enfin, au sujet du prélèvement à la source : Daniel pense que c'est "une mauvaise idée". Jusque-là on pourrait dire que c'est la seule remarque sensée qu'il a faite sur France Inter ce matin. Mais il ajoute que cela pourrait être utile seulement "si on supprime l'impôt sur le revenu, remplacé par une CSG, c'est-à-dire avec un prélèvement proportionnel et non pas progressif sur les revenus".

Bien sûr, c'est cynique, mais cela a le mérite de dire clairement ce que fait le pouvoir actuel : jouer la carte de la CSG, pour réduire l'impôt proportionnel. Et les mouches du coche tel que J.M. Daniel, pousse à la roue pour aller toujours plus loin encore.

Macron et les "super-riches"

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C'était le titre de C dans l'air le 4 mai : l'éditorialiste du Figaro Yves Thréard et l'économiste Jean-Marc Daniel ne cachaient pas leur joie devant la suppression de l'Exit Tax qui rapporte peu (15 M€) au lieu des 800 M€ prévus du fait du contournement de la loi par ces "hyper-riches" (dixit un député LR), sans que personne ne s'insurge contre ces magouilles (le montant ainsi non payé est deux fois supérieur à la fraude supposée aux prestations sociales). Cette taxe avait été mise en place par Nicolas Sarkozy pour ceux qui, après avoir bénéficié des avantages accordés par l'État français, fuient à l'étranger. Les deux compères, plus généralement, étaient tout sourire face à la politique sans complexe du Président. Cependant, Daniel se plaint des 14 % du Pib consacré aux retraites : "c'est énorme", et de regretter que Macron ne se soit pas engagé à modifier l'âge de départ en retraite. Condescendant, malicieux, il admet qu'il faut quand même "être solidaire avec ces personnes" : sans doute, leur refiler quelques miettes tombées de la table des premiers de cordée !

Yves Thréard [capture d'écran France 5] Yves Thréard [capture d'écran France 5]
Pour bien enfoncer le clou, Thréard, tête à claques, ironise sur ces retraités qui croient qu'ils ont cotisé pour eux-mêmes : wouaf, "mais pas du tout, ils ont cotisé pour la collectivité", sous-entendant qu'ils n'ont pas à réclamer le maintien du montant de leurs pensions, ajoutant que Macron, quoi qu'il dise, allait quand même repousser l'âge de la retraite et instaurer la capitalisation, dont certaines mesures sont déjà le signe avant-coureur (comme la réforme de l'épargne-retraite). Thréard, qui a longtemps milité pour une jonction LR-FN, est en train de soutenir mordicus Macron en matière économique, se félicitant de le voir remettre en cause "le modèle du collectif et les principes du Conseil National de la Résistance". La croissance s'essouffle au premier trimestre et la Banque centrale va cesser d'injecter des liquidités, donc les taux sur les marchés vont remonter et donc la charge de la dette se creuser : Jean-Marc Daniel cache à peine sa joie, car pour faire accepter une politique anti-sociale, il est évident qu'il faut pouvoir sans cesse proclamer sur les plateaux de télé : crise, crise, crise ! De même qu'il semblait jubiler ce vendredi 11 mai matin quand, sur France Inter, il pronostiquait que "les 2 % de croissance c'est fini".

Pas de chômeurs, juste des mal formés

Muriel Pénicaud sur France Inter le 27 avril : elle insiste sur la nécessité de la formation, un peu comme si Agnès Buzyn proclamait que c'est important d'être en bonne santé. Bin oui, la formation c'est important, et si seuls 10% des chômeurs en ont profité ce n'est pas parce que les salariés accaparaient tous les budgets comme tant d'"experts" n'ont cessé de nous bassiner avec ça (les salariés aussi ont besoin d'être formés) mais parce que les pouvoirs publics ne mettaient pas le paquet sur la formation des chômeurs. Au demeurant, Mme Pénicaud se gargarise un peu trop sur un chômage qui ne serait dû qu'au manque de formation, de mobilité, et à la discrimination. Façon de dire qu'il n'y aurait pas tant de chômage que ça, ce qui la conduit à dire qu'il y a 2,7 millions de chômeurs (j'ai réécouté la bande 3 fois, elle dit bien 2,7), et évidemment Nicolas Demorand ne la reprend pas. On constate que la croissance (à 2 % tout de même) se tasse : alors elle répond que c'est peut-être parce que les gens ne sont pas formés ("beaucoup de marchés ne sont pas pris faute de compétences"). Je crois que ce sont des éléments de langage qui ne cessent de dire qu'il y a trop de chômeurs mais incapables de prendre les emplois qui existeraient. La ministre va jusqu'à justifier que le nombre d'agents de Pôle Emploi baisse puisque le chômage devrait baisser (elle dit : 1 million de chômeurs en moins en 5 ans !). Les 800 agents de Pôle Emploi chargés de traquer les fraudeurs ? Non, non, c'est juste pour relancer des chômeurs découragés qu'on n'accompagne plus. Enfin, le développement de l'apprentissage dans l'enseignement supérieur, je suis plus que réservé sur des étudiants formés par un seul terrain de stage, et donc un seul employeur. Quant aux bilans de compétences (dont les moyens sont en baisse), son explication alambiquée semble signifier qu'il importe désormais moins de savoir sur quoi un chômeur veut s'orienter que de l'orienter là où il y a des besoins.

En même temps et vice Versailles  
Emmanuel Macron aura beaucoup de mal à faire oublier qu’il a déclaré dans le documentaire diffusé lundi dernier que c’est à Versailles que « la République s’était retranchée quand elle était menacée ». Ainsi pour lui c’était important de dire, dans cette production hagiographique (Macron Président, la fin de l’innocence, sur France 3), réalisée par un de ses potes nommé à la tête de la chaîne LCP, qu’il préférait l’Assemblée monarchiste, qui rêvait de la fin de la République et qui avait failli face à l’envahisseur prussien, plutôt que le peuple parisien qui affirmait sans détours les principes de la Révolution et ceux de la République. Dont acte. Rappelons, en passant, que Thiers et les "Versaillais", en représailles, ont massacré 20 000 citoyens de la Commune de Paris, sans autre forme de procès. 20 000 ! Qui ose encore aujourd’hui se référer à cette Assemblée de Versailles pour glorifier les principes de la République ?

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"Les ménages français n'ont jamais été aussi riches"

Titre quelque peu provocateur du Monde car il s’agit d’un patrimoine global de 5233 milliards d’euros (ceci dit en passant : plus de 2 fois le montant du PIB) dont 40 % est détenu par 5 % des ménages. Ce patrimoine a progressé de 8,5 % en un an. Confirmation du fait que la crise, instrumentalisée pour justifier une restriction des droits sociaux, n’a pas des effets néfastes pour tout le monde. Et il serait démago de croire que seuls les 1% les plus riches en tirent profit.

[Photo Steve Brookland] [Photo Steve Brookland]

 

. Le premier texte est inédit, les quatre suivants sont parus ces jours-ci sur mon compte Facebook parfois dans une version légèrement différente.

Billet n° 394

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