Philippe Martin, suite

Mon texte sur Philippe Martin, nouveau ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, m’a valu quelques commentaires, sur Mediapart ou par messages personnels. Décrire la politique sociale du Département du Gers a été perçu, par ceux qui veulent en découdre, comme un panégyrique du nouvel impétrant.

Mon texte sur Philippe Martin, nouveau ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, m’a valu quelques commentaires, sur Mediapart ou par messages personnels. Décrire la politique sociale du Département du Gers a été perçu, par ceux qui veulent en découdre, comme un panégyrique du nouvel impétrant. Evoquer, avec un chouïa d’ironie, les commentaires dithyrambiques de la presse en sa faveur a été lu comme « brosse à reluire ». L’un assimile sans détour l’action sociale à la charité et au Rotary Club. On m’a opposé les « péchés » du ministre et listé ses soutiens à la chasse, à la corrida, au gavage (de canard), à l’élevage industriel, au lobby des maïsiculteurs. Enfin, on s’est étonné de mes commentaires peu amènes à l’encontre de Delphine Batho. 

 Copie_de_DSCN4554.JPG

Hôtel du Département du Gers [Photo YF]

 

Mon objectif était de donner des éléments d’informations en lien avec la thématique de mon blog (les questions sociales) sur la politique menée en la matière par l’ancien président du Conseil Général du Gers (ce qu’aucun média n’avait évoqué). Je sais que ces éléments (bien que succincts) ont été appréciés, justement par ceux, loin du Gers, qui s’interrogeaient à ce sujet. Evidemment, il ne s’agissait que d’un survol. Dans la mesure même où je reprenais cette expression de « social-écologie » qui lui a été accolée par des notables parisiens, j’aurais pu émettre le regret que Philippe Martin, concrètement, sur le terrain, n’a pas su (et probablement pas voulu) impulser et afficher une politique qui aurait allié fortement développement durable (qui lui est chère) et développement social (qui est une mission essentielle d’un Département). Certes, la démarche de l’Agenda 21 va dans ce sens, mais il aurait fallu booster davantage ce lien possible entre "social et écologie". 

 

Mon propos n’était pas de livrer un point de vue sur sa pratique de l’écologie ou sur ses relations avec le monde agricole. Je savais, à propos de son rapport sur la gestion de l’eau, qu’il avait beaucoup étonné les agriculteurs par sa méconnaissance du sujet quand il a établi les premiers contacts. Mais il a su effectuer des visites sur le terrain et s’entourer des collaborations adéquates pour aboutir à un rapport qui développait une approche territoriale (peu habituelle chez lui) et qui était plutôt consensuel chez les agriculteurs, si ce n'est chez les écologistes. Depuis cette commande de Jean-Marc Ayrault et surtout depuis la remise du rapport au premier ministre début juin (en présence de Delphine Batho dont le rapport contestait un moratoire qu’elle avait imposé), l’éventualité d’une nomination de Philippe Martin à un poste de ministre n’était plus à écarter.

 

Pourtant, beaucoup pensaient que le député du Gers n’était pas en odeur de sainteté auprès du Président Hollande, qui n’appréciait pas son côté « fêtard ». Un de mes lecteurs, qui prétend l’avoir connu dans la préfectorale, le traite de « glandeur professionnel ». J’ignore sur quoi il fonde une telle accusation. Ce qui est sûr c’est que dès son passage à la Préfecture du Gers (1992-1994), il s’est forgé une image non pas de celui qui travaille ses dossiers mais d’un politique qui est à la manœuvre.

 

Quant à Delphine Batho, mes propos, écrits avant sa conférence de presse, considéraient qu’elle était en difficulté dans ce ministère (complexité des dossiers, mauvaise entente) et qu’elle ne pouvait ignorer ce que provoqueraient ses déclarations sur RTL. Plusieurs enquêtes journalistiques vont dans ce sens, d’autres éclairciront peut-être le « complot » dont elle se dit victime. La révélation par Marianne et le Canard enchaîné, selon laquelle le nouveau ministre aurait lui-même émis, quelques heures avant le limogeage, des critiques contre la forte baisse du budget du ministère de l’écologie (en la félicitant pour sa réaction publique) pourrait accréditer la thèse d’un départ ayant une autre cause. A noter que, manque de chance, alors qu’il se faisait fort de lutter contre la précarité énergétique, sa première décision a été d’annoncer de fortes augmentations du prix de l’électricité. Heureusement qu’au même moment, le Plan d’investissement d’avenir, présenté par le premier ministre le 9 juillet, prévoit 6 milliards d’euros à la transition énergétique.

 

Hiatus

 

Finalement, ce que mon texte disait était que le management de Philippe Martin n’est pas à la hauteur de l’image publique qu’il veut se donner. Et nul ne l’ignore, pour peu qu’il ait une quelconque responsabilité dans le Gers. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle cette critique de sa « gouvernance » a été bien reçue par ceux qui savent à quoi s’en tenir. Il est de notoriété publique que Philippe Martin visait, déjà à l’époque de Lionel Jospin, un poste de ministre. Qu’en mai 2012, il y croyait et était prêt. Qu’il fondait depuis longtemps une partie de son activité dans cette perspective. Pourquoi pas, mais cela l’éloignait de son département et des décisions à prendre. Son administration sait qu’il répond peu aux questions qui lui sont posées, qu’il tarde à  se prononcer sur des sujets de première importance et qu’il laisse carrément en stand by certains dossiers. Peut-être parce que tout ne peut pas être réglé sur le champ, mais cela est facteur de malaise, d’incertitude, de flottement, et finalement de démoralisation.

 

On pourrait approfondir mais ce qui est intéressant c’est ce hiatus entre une image somme toute sympathique, et une réalité plus prosaïque. Entre un idéal affiché et une pratique en décalage. Son suppléant au poste de député, Frank Montaugé, maire d’Auch, bosseur et connu pour sa probité, a, en prenant ses fonctions de député, rendu un hommage appuyé à un homme remarquable malheureusement disparu : Robert Barguisseau, qui a été un militant socialiste actif, un artisan de la décentralisation des années 80 et le conseiller de Jean-Pierre Joseph, premier président du Conseil Général du Gers après la décentralisation, tellement oublié aujourd’hui. Robert Barguisseau était profondément humain, un honnête homme (au sens du XVIIème siècle), cultivé, engagé, pétri de valeurs. Certains se souviennent encore, avec nostalgie, qu’un jour, un président du Conseil Général du Gers avait su s’adjoindre un conseiller d’une telle trempe. 

 DSCN4486.JPG

Logo du Conseil Général du Gers

 

Je formule (à nouveau) le vœu suivant : puisque Philippe Martin a tellement souhaité accéder à ce poste, pour réussir, il lui faudra mettre le paquet, en interne du ministère, en adoptant une posture plus intervenante, plus « gouvernante », et en externe, étant perçu comme un spécialiste de l’écologie et du développement durable, pour prouver qu’il en est bien ainsi, il va devoir s’investir fortement, sans se renier, sur tous les dossiers qui l’attendent (OGM, gaz de schiste, transition énergétique, conférence environnementale de septembre). Lourde responsabilité pour notre avenir à tous, lourde responsabilité quant à la survie de l’accord majoritaire PS-EELV.

 

______

Une presse locale digne de ce nom pourrait se faire l’écho du hiatus que j’évoque plus haut. Mais que nenni. Pour ce faire, il faudrait qu’elle soit indépendante. La démocratie d’informations existe au niveau national. Pas vraiment en province. La Dépêche du Midi, entre les mains de Jean-Michel Baylet, leader des radicaux de gauche, ne peut pas se faire l’écho de la manière dont le département est géré, ce que n’ignorent pas pourtant ses journalistes.

 

Comme ils n’ont pas interrogé le fait que, lors de sa nomination comme ministre ce 2 juillet, quelques journaux nationaux ont précisé qu’entre 1986 et 1988, Philippe Martin avait été, après une carrière dans le public et avant d’y retourner, directeur aux relations extérieures de la Société d'administration et de réalisation d'investissements (SARI). Cette parenthèse étrange n’a pas été commentée : or la SARI était  présidée alors par Christian Pellerin, le « Roi de la Défense », célèbre dans les affaires qui défrayèrent la chronique dans ce quartier de l’ouest parisien dans les années 80. La moindre des choses aurait été que la presse apporte aux citoyens des éléments d’explication sur cet épisode jusqu’alors inconnu de son parcours. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.