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Billet de blog 11 déc. 2013

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Les paysans protestent contre le «mille-feuille»

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Des paysans sont entrés dans la ville, et ont bloqué tous ses accès. Auch, chef-lieu du Gers, est encerclé, ce mardi 10 décembre, par 200 agriculteurs, nombre suffisant pour réaliser une manifestation monstre, s’ils possèdent, comme c’est le cas, des tracteurs, tout aussi monstrueux.

Ils protestent contre la « paperasserie » que l’administration leur impose. Ils se proclament « sous pressions », « environnementale, sociétale, administrative », et bien sûr, comme tout un chacun, « fiscale ». Ajoutons à ce cahier de doléances : la PAC. On pourrait gloser sur certaines de ces pressions : une agriculture extensive, qui n’a pas craint de polluer, et pollue toujours (excepté un certain nombre de courageux dont la FDSEA s’invoque pour prétendre, elle, à une agriculture propre), ose se plaindre de la pression environnementale ! Et « sociétale », quelle est cette pression, quelles sont les réformes sociétales qui défrisent ces manifestants ? Et la PAC, on avait cru comprendre que cette politique, alimentée par la fiscalité honnie, avait plutôt été bénéfique à l’agriculture française.

Devant la cathédrale d'Auch [Photo YF]

Bref, les agriculteurs, comme tant d’autres, ont bien le droit de se faire entendre : à Auch, ils avaient leur bonnet rouge à eux, un foulard rouge autour du cou, signe du ralliement. Il est vrai que leur passion n’est pas de passer plus de temps à remplir des imprimés que d’être sur le terrain. C’est sans doute ce que signifiait la reconversion du terme « mille-feuille administratif » inscrit sur les pancartes brandies au cours de cette manifestation. Mais on peut s’étonner qu’un calicot sur une bétaillère, ait été accepté par les organisateurs : « Hollande au trou, socialiste = fumier ». Ce qui transforme sans conteste cette révolte syndicale en vulgaire démonstration politique.

Devant la mairie [Photo YF]

Et à propos de fumier, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie qui avait osé se plaindre du blocage de la ville et de l’entrave aux activités commerciales et artisanales, a hérité devant ses locaux, justement, d’un tas de fumier. Des passants riaient, les paysans auteurs du délit se marraient comme des collégiens qui auraient repeint en rouge la statue de Jules Ferry dans la cour de leur collège. Bonjour le respect du débat démocratique. Par ailleurs, les rues furent jonchées de paille, que ces « feignants de fonctionnaires municipaux », qui n’ont rien demandé, devront nettoyer. Et les « jeunes voyous de banlieues » en prendront de la graine, si tant est que ce soit nécessaire.

Devant la Chambre de Commerce et d'Industrie [Photo YF]

Evidemment, ces exactions sont commises en toute impunité, ce n’est pas demain la veille que l’Etat se mettra à engager des poursuites à l'encontre d'agriculteurs révoltés : d’ailleurs la Préfecture a fait savoir que deux ministres dont Philippe Martin (ancien président du Conseil général du Gers) recevraient les agriculteurs le 18 décembre.

Certes, un certain nombre de réglementations sont instaurées sans tenir compte des réalités locales. Et cela provoque bien des colères. Mais le slogan selon lequel l’agriculture serait « le 1er employeur du Gers » est là pour laisser croire que tous les agriculteurs sont dans la même galère, ont tous les mêmes intérêts. Il n’en est rien, mais le mythe est bien entretenu.

I have a dream… je fais un rêve de voir un jour toutes les victimes de la crise, celles qui ont déjà plongé dans la misère, bloquer les villes de France avec des engins à 35 000 € que leur prêteraient ceux qui n’y sont pas encore (même si certains d’entre eux redoutent certainement de connaître un jour le même sort). Une grosse manif, où tous les protestataires d’aujourd’hui, après avoir bien exprimé leur ras-le-bol, viendraient dire leur solidarité pour tous les laissés-pour-compte qui, eux, n’ont pas de porte-voix.  

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