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Billet de blog 12 juil. 2014

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Quand Nicolas finançait Bernadette et la Corrèze

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 On sait que les notables UMP bénéficiaient des largesses de Nicolas Sarkozy président de la République, leur attribuant généreusement des aides financières pour des réalisations publiques sur leurs territoires. Bernadette Chirac, comme les autres : elle aurait obtenu une subvention pour une commune de Corrèze. Pour quelle dépense ? Petite visite à ce village, à proximité de Sarran où est situé le Musée Jacques Chirac.

Le ministère de l’intérieur a révélé le 9 juillet la liste des noms des bénéficiaires de la réserve ministérielle, réclamée par l’Association pour une démocratie directe. Francetv info a précisé que le montant de 2011 s’élevait à 32,9 millions d’euros, correspondant à 1250 subventions qui ont profité surtout à François Baroin (« fils spirituel » de Jacques Chirac) pour 3 millions d’euros, à François Fillon, pour 2 millions d’euros, à Jean-François Copé pour près d’un million d’euros, à Damien Meslot, maire de Belfort (600 000 €), au fils de Claude Guéant pour tenter de se faire élire dans le Morbihan (en vain), alors qu’il avait nié lors d’une précédente révélation du Canard enchaîné, età Bernadette Chirac, qui a subventionné une commune corrézienne.

Quelques uns, à gauche, ont bénéficié de cette manne : le mieux servi est Jérôme Cahuzac, tiens, tiens ! Dans le Gers, un seul parlementaire, membre de l'UDI, un dénommé Aymeri de Montesquiou (depuis peu, il exige qu’on rajoute d’Artagnan) a obtenu le soutien ministériel pour 25 projets. Signalons, en passant, que Cahuzac, après sa chute, s’est réfugié et s’est caché un temps chez le marquis de Montesquiou-Fezensac d'Artagnan : simple coïncidence sans doute.

Vendredi 11 juillet, les radios révèlent que Nicolas Sarkozy avait repris la main sur la distribution de ces subventions, et que ce n’est donc pas le ministre de l’intérieur (avec contrôle possible par les parlementaires) mais le chef de l’Etat qui, en 2011, a attribué cette manne (sans contrôle possible). J’entends l’information sur France info au moment précis où, traversant la France en diagonale, je passe à proximité du Musée Jacques Chirac, à Sarran, en Corrèze, avec intention d’y jeter un coup d’œil. Après la visite, constatant sur le site de MétroNews que la commune financée par Bernadette Chirac est Chaumeil, en Corrèze, je m’y propulse. Chaumeil n’est qu’à quelques kilomètres de Sarran, à 22 kms au nord de Tulle.

Mairie de Chaumeil, Corrèze. Le village compte 161 habitants et... 171 inscrits aux élections [Photo YF]

La réserve pour Bernadette

Sur la route tortueuse, dans un décor verdoyant, parfois sous de sombres frondaisons, on croise tantôt un troupeau de vaches, tantôt un chevreuil qui, en plein jour, traverse en deux ou trois bonds. Je pense à Bernadette avec sa vieille Clio, serpentant les routes de Corrèze pour porter la bonne parole ainsi que les subventions qui lui garantiront sa réélection (déjà l’an dernier, on avait appris qu’elle avait obtenu 200 000 € pour acheter le désistement d’un concurrent cantonal). Chez ces gens là, Monsieur, on peut collecter des pièces jaunes pour les pauvres petits enfants malades, mais on ne s’embarrasse pas de morale : Mme Chirac, née Chodron de Courcel, est la cousine de Georges, du même nom, qui a entraîné l’antenne BNP des USA dans des pratiques illicites qui coûtent à la banque, et donc aux citoyens, la bagatelle de 6 milliards d’euros (les médias ont oublié de rappeler ce cousinage). Et à Sarran, elle possède avec Jacques le château de Bity, restauré grâce à l’argent du contribuable, alors que le couple loge à Paris dans un appartement fourni gratuitement par la riche famille libanaise Hariri, sans que personne ne trouve à redire devant ce qui s'apparente à une corruption tout à fait officielle. 

Lorsque j’arrive à Chaumeil, je constate que la mairie est normalement fermée l'après-midi. Je pousse une porte et je trouve le secrétaire de mairie. Il me dit totalement ignorer qu’une information a été publiée dans les médias sur cette aide accordée par Bernadette Chirac et n'a été appelé par aucune rédaction. Je l’interroge sur l’utilisation des 16 410 € qui ont été annoncés aujourd’hui dans la presse. Je me demande si Bernadette Chirac a voulu soutenir une entreprise d’insertion, aider des bénéficiaires du RSA à créer leur emploi, ou aider une association caritative à atténuer les dégâts provoqués par la crise économique.

Le secrétaire de mairie ne se souvient plus, peut-être s’agit-il du financement d’un captage de source ? Il téléphone au maire, Jean-Pierre Kuttig, mais ne parvient pas à le joindre. Très courtois, il vérifie sur l’ordinateur de la mairie. Rien en 2011. Le versement a du se faire en 2012 : effectivement, cette année-là, il y a bien une somme de 16 410 € pour le renforcement de la voie communale 11 du Suc-au-May : il s’agit d’une route touristique qui servait au tour (cycliste) du Limousin, et qui a été endommagée par les transports de bois. Cette somme, complétée par un financement de l’Etat, a servi à réparer cette route ! Et on attend bientôt l’intervention de « Madame Dessus » (députée socialiste) pour financer un captage de source grâce à sa réserve  parlementaire…

Au grand dam de Madame Chirac car Sophie Dessus est cette élue corrézienne, blonde, à laquelle Jacques Chirac, lors d’une visite officielle à son musée, faisait les yeux doux : les images, diffusées par le Petit Journal, ont fait un tabac. On se souvient du regard courroucé de Bernadette Chirac : qui du coup risque de sortir de sa réserve, si sa rivale la concurrence avec les subventions parlementaires !

Vue du Suc-au-May [lacorreze.com]

La réserve du Musée Jacques Chirac :

Ce musée expose les cadeaux reçus par Jacques Chirac au cours de ses mandats. Le principe de tout regrouper ainsi dans un lieu public fait suite aux avatars de Valery Giscard d’Estaing avec l’affaire des diamants de Bokassa (qui lui valurent, peut-être, son échec à la présidentielle de 81). En ce 11 juillet, en début d’après-midi, les trois grands parkings sont totalement déserts. A l’entrée du musée, on vous déclare avec fierté que « Monsieur Chirac recevait quatre cadeaux par jours ». Certaines pièces sont de grande valeur (masques, statuettes), y compris celles généreusement offertes par les chefs d’Etat africains dela Françafrique. Mais le principe même suppose une certaine incohérence : une ceinture de sumotori côtoyant une mosaïque du Liban ! En sous-sol, la réserve est encore davantage hétéroclite, avec 2000 objets qui vont d’un casque de moto à des maillots de foot, en passant par une clé offerte par la municipalité de Ramallah, d’innombrables tapis et des selles de chameaux.

En réalité, il s’agit de rendre hommage à Jacques Chirac à travers ses déplacements et, finalement, à sa politique internationale. Mais l’on en vient à se poser quelques questions : est-il nécessaire d’engager de telles dépenses dans un lieu perdu (étrangement les contempteurs de la dépense publique se gardent bien de soulever ce lièvre) ? Certaines pièces auraient très bien pu rejoindre nos musées nationaux. Si un chef d’Etat bénéficie de tant de cadeaux, où sont ceux que Nicolas Sarkozy a reçus, et que compte faire François Hollande à ce sujet ?

[Ph. YF]

Et pour faire lien entre les deux « réserves » (celle de Bernadette et celle de Jacques), notons que Bernadette Chirac reçoit les faveurs d’un Nicolas Sarkozy qu’elle avait, en son temps, critiqué de façon virulente, pour sa trahison à l’encontre de son mari, et qui ne cesse aujourd’hui de l’encenser. Etrangement, à l’entrée du musée, on peut lire, bien en évidence, cet extrait du discours d’investiture de Nicolas Sarkozy prononcé le 16 mai 2007 : « le peuple français (…) ne veut pas se laisser enfermer dans l’immobilisme et dans le conservatisme ». Tous les observateurs avaient bien compris qu’il comptait ainsi se démarquer de Jacques Chirac. Est-ce que faire allégeance à Nicolas implique de tolérer l’affichage d’un tel mépris à l’encontre de Jacques, et en plus à l'entrée de son musée ?

 Billet n°130

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

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