La note pourrait être salée

Emmanuel Macron, devant l'Acropole, a glorifié l'Europe, Périclès, la chouette de Minerve, puis il a regretté qu'on ait "perdu le sel", affirmé et répété qu'il fallait à tout prix "retrouver le sel". Avait-il en tête le fait que "sel" a donné non seulement salade et salmigondis, mais aussi solde et salaire ?

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J'ai lu intégralement le discours tenu par Emmanuel Macron devant l'Acropole à Athènes jeudi dernier : un hymne à l'Europe, puissante, face à la Chine et aux Etats-Unis, c'est de bonne guerre. Mais quelque peu soporifique, répétitif et grandiloquent. Il larmoie sur la crise grecque : on croit rêver, comme s'il n'était pas aux affaires quand l'Europe a mis la Grèce à genoux. Il ne craint pas de dire que quand la crise financière [précisons : des banques et de l'endettement privé] est "devenue une crise des dettes souveraines [des États], c'est le peuple grec qui a payé" ! Aveu. Il souhaite défendre "la convergence sociale et fiscale" en Europe, conjuguer "la responsabilité et la solidarité" : c'est beau comme l'Antique. Faudra passer aux actes et ne pas converger par le bas.

En attendant, le discours sur la démocratie est pompeux, surtout en prétendant que la démocratie est née là, sur l'Acropole, sur la Pnyx, colline où l'on débattait tellement démocratiquement (sans les femmes ni les esclaves, faut pas exagérer). Il convoque Périclès, la chouette de Minerve, Malraux et le poète Séféris. Mais il est sans Pythie et surtout, il ne cesse de répéter qu'on a "perdu le sel" et qu'il faut "retrouver le sel" : quatre fois dans son discours ! Ça n'a pas été commenté, mais c'est à croire que le défenseur d'une économie mondialisée aime l'univers sel. Je n'y voyais rien de salace, je redoutais seulement que cela signifie que la note serait salée. Me souvenant cependant que sel a donné solde puis salaire, je me suis surpris à rêver : peut-être qu'il envisage de redonner du peps aux salaires ? Quand soudain j'ai vu dans le texte anglais, sur le site de l'Elysée, que le mot "sel" a été traduit par "zest"…

. texte intégral : http://bit.ly/2xgzURO

"Macron relance la lutte des classes ?"
Au cours de l'émission On n'arrête pas l'éco samedi 9 septembre sur France Inter, Christian Chavagneux rappelle la phrase du milliardaire américain Warren Buffet déclarant (en 2005) à CNN : "Il y a une guerre des classes, c'est un fait. Mais c'est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner". L'éditorialiste d'Alternatives économiques ajoute : "pour l'instant", c'est ce que fait Emmanuel Macron. Il liste toutes les mesures en cours qui ne s'en prennent pas à la classe la plus aisée, bien au contraire. Emmanuel Lechypre, journaliste défendant le libéralisme en économie, abonde finalement dans ce sens : "toujours des sacrifices demandés aux plus modestes".

Warren Buffet [montage YF] Warren Buffet [montage YF]

 

Chavagneux, exemple à l'appui, conteste le fait que les emplois aidés ne seraient pas efficaces. A l'argument sur le coût, il rétorque que le CICE a coûté beaucoup plus cher aux finances de l'État, pour un résultat quasi-nul en matière d'emplois. Lechypre, lui, récuse l'idée que Macron soit un libéral : ce serait, selon lui, un social-libéral, à la manière de l'ordo-libéralisme allemand : "le marché autant que possible, l'État autant que nécessaire". Croire que le libéralisme, même pur et dur, n'a pas besoin d'État c'est n'avoir rien compris au schmilblick : l'État est utile au libéralisme, pour ses fonctions régaliennes, pour un peu d'assistance, tout de même, et surtout pour garantir les profits, les prébendes, les royalties que les possédants engrangent (voir l'accroissement considérable des plus grosses fortunes chaque année, et en particulier en 2016). C'est bien pourquoi des libéraux pas du tout sociaux accèdent aux plus hautes responsabilités de l'État. L'État social est à la merci de coups de boutoirs répétés : s'il subsiste, pour le moment, c'est parce que les Français ne sont pas majoritairement, malgré toute la propagande contraire, pour la casse de notre système de protection sociale.

. Le débat de 6' à 20' : https://www.franceinter.fr/…/on-n-arrete-pas-l-eco-09-septe…

Les "privilèges" des cheminots

C'est sûr que les cheminots ont du bol, ils peuvent partir en retraite à 57 ans pour les sédentaires, à 52 ans pour les agents de conduite… Combien de fois, sur les réseaux sociaux, ai-je lu des critiques acerbes à l'encontre de ces "privilégiés" émanant de commentateurs persuadés de tout connaître, sans toujours parvenir à dissimuler leur haine profonde du secteur public. Ils assènent leur slogan : "abolition des privilèges", sans doute pour faire diversion et ne pas parler des 500 plus grandes fortunes qui ont progressé de 112 milliards d'euros en un an ! Sans vouloir faire ici l'historique, sans vouloir non plus creuser le sujet à fond, en prenant donc le train en marche, je veux juste indiquer, puisque cela est rarement rappelé, que les agents de la SNCF (ceux qui sont nés à partir de 1973) devront avoir cotisé 43 ans (comme tout le monde, loi Hollande) pour avoir droit à leur retraite. S'ils partent avant, leur retraite subira alors une forte décote. Pourquoi alors ne parler que de l'âge bien théorique de départ ? Et pourquoi ne pas permettre à tout salarié de partir plus tôt, bien avant 62 ans (loi Sarkozy), quitte à ce que le montant de sa pension soit réduit ?

APL et loyers, quels liens ?

Une étude d'une cellule de recherche du gouvernement conteste l'effet des APL sur les loyers. Si effectivement les loyers ont augmenté parallèlement à l'augmentation des APL, c'est pour d'autres raisons que le rapport, non rendu public, décortique (entre autres, l'amélioration du confort des logements). D'ailleurs les loyers ont augmenté deux fois plus que les APL (32% contre 16 entre 2000 et 2016). Va falloir revoir cette réduction intempestive de 5 euros !

. Les APL poussent-elles les loyers à la hausse ? Non, selon une étude, Le Monde du 9 septembre.

Le "Social" sur Europe 1

taddei
Jeudi dernier (7 septembre),  France Inter en grève, je me coltine Europe 1 : Social club, animé par le dilettante Frédéric Taddéï. Le thème : la droite, décomposition ou recomposition ? Quatre invités triés sur le volet, tous de droite bien sûr. Pas tous d'accord : ça cogite sur conservateurs, réactionnaires, identitaires… Madeleine Bazin de Jessey, de Sens commun (la droite de LR), se plaint que l'on caricature trop Wauquiez : il est pour l'assimilation, comme tous les électeurs de droite (elle lui reproche cependant d'avoir instrumentalisé la crèche à Lyon). Elle accuse certains citoyens de profiter des mesures d'assistance... Elle en a la preuve puisque l'opinion publique le pense ! Et de livrer le fantasme de cette droite extrême racornie soucieuse de prendre la défense des "périphériques" face aux "urbanisés, mondialisés, très bourgeois" (le sociologue Christophe Guilluy a encore frappé).

 Gaspard Koenig tient son discours libéral habituel : économique et sociétal, reprochant à la droite de ne pas être moderne et de vouloir imposer ses valeurs à tout le monde. Alexandre Devecchio, journaliste à Figaro Vox, approuve le slogan FN "on est chez nous", réclame que l'on cesse de "diaboliser Wauquiez", qui serait l'héritier de Séguin (?) et qui doit pouvoir conquérir l'électorat protectionniste et populaire, en évitant toutefois les slogans, et sans faire du Nadine Morano ou du Rachida Dati. Il n'hésite pas à parler tranquillement "de l'islam des racailles mondialisées", lui qui prétend bien connaître les banlieues !
Heureusement, il y a Eric Deschavanne, philosophe, qui a été membre du cabinet de Luc Ferry de 2002 à 2004 (nobody's perfect) : il reproche à Laurent Wauquiez sa "critique de l'assistanat" qui n'est que de la com et qu'il voit comme une nostalgie d'une "sorte de libéralisme un peu rustique". Ce discours est une "des vaches sacrées de la droite", alors même que demander le RSA peut être "humiliant". Il met en garde la droite : si l'assistanat est supprimé par LR ce n'est même pas sûr que les FN du nord viendront voter Wauquiez !
On sent que rien n'offusque Taddéï : il se marre. YF

Anti-islam par principe

Certains internautes sur les réseaux sociaux passent leur temps à déverser leur hargne anti-islam, faisant feu de tout bois, pas seulement lorsqu'un attentat implique des islamistes mais aussi lorsque la moindre information, vérifiée ou non, leur permet de stigmatiser des musulmans.

Rohingyas en Birmanie et manifestation de musulmans à Barcelone Rohingyas en Birmanie et manifestation de musulmans à Barcelone
Des médias, en France, comme Causeur ou Valeurs actuelles, de la droite extrême, agissent de même. Ils se gardent bien de relever toute information qui irait contre leurs obsessions.
C'est ainsi, par exemple, qu'ils taisent les agressions dont ont été l'objet des familles musulmanes à Nice, alors même que certaines avaient été victimes du tueur au camion fou. De même, qu'après le massacre de Barcelone, ils ignorent le fait qu'une bonne centaine de musulmans ont manifesté pour condamner ces actes horribles et dire que cela n'avait rien à voir avec l'islam. Ou préfèrent ne pas évoquer la situation dramatique des Rohingyas massacrés en Birmanie, obligés de fuir au Bangladesh. On pourrait continuer avec leur silence sur les musulmans victimes de pogroms en Centrafrique perpétrés par des milices dites chrétiennes anti-balaka (sous prétexte de réagir aux crimes des milices Séléka dites musulmanes) au point qu'actuellement 2000 musulmans sont réfugiés... dans les locaux mêmes de l'évêché pour les protéger de la haine sanguinaire de ceux qui les précipitent dans des puits pour qu'ils ne soient pas enterrés en terre centrafricaine.
Cette haine anti-islam, propagée par des particuliers sur internet ou par des médias ayant pignon sur rue, est exactement ce que les tueurs se revendiquant de l'islam (dont Daesh) recherchaient. Seule une mobilisation accrue des défenseurs des droits de l'homme peut enrayer cette dérive raciste et xénophobe qui gagne du terrain.

L'ouragan et la délinquance des Caraïbes

Pascal Perri, économiste, et Alain Bauer, criminologue, se sont lâchés à propos de Saint-Martin et de Saint-Barth lors de l'émission de C dans l'air qui était consacrée ce lundi 11 septembre à l'ouragan Irma. Le premier, qui ne s'est jamais privé d'accabler les réfugiés, de discréditer les droits sociaux, ironisait sur les énormes trafics de drogue et sur le statut de relative autonomie de ces territoires qui en appellent pourtant au soutien de l'État français. Il estimait que si la police avait les prérogatives de sa collègue néerlandaise sur l'île (Sint Maarten), elle pourrait au moins tirer sans sommations.

France 5, C dans l'air [capture d'écran YF] France 5, C dans l'air [capture d'écran YF]

Le second, M. Je Sais Tout, avec sa suffisance habituelle, se délectait à surfer sur la criminalité de ces régions, les trafics, la violence, le banditisme, le pire, selon ses dires, de tout le territoire français réuni, métropolitain et périphérique ! Bien sûr, ce n'était pas le moment pour lui de s'expliquer sur les détournements de fonds publics dont il est soupçonné à l'encontre de la Caisse des Dépôts et de Consignations.
Pour finir, nos compères tablaient sur la destruction totale de Saint-Martin pour souhaiter qu'Emmanuel Macron propose une "nouvelle économie" qui fasse table rase de "l'assistanat traditionnel" ! Fidèles au poste : ils se lâchent mais ne lâchent rien.

pieds-nickeles

. Certains de ces petits billets ont été publiés sur mon compte Facebook, dans cette version ou une version plus ramassée.

Billet n° 342

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