Bidonnages du Point, concurrence des misères et vive les inégalités !

Vrac social n°13 

 

Les bidonnages du Point

Dans mon article intitulé Le Point : fausse enquête sur les assistés, je démontais les présentations tendancieuses de l’hebdomadaire. Je n’avais pas évoqué ce patron du CAC 40 qui se plaignait, dans ce dossier, de ne pas parvenir à trouver un employé pour sa maison familiale en Bretagne. Il avait fini par devoir embaucher un gendarme àla retraite. Preuve s’il en est que les chômeurs sont des faignants. Or, j’ai su depuis, de source sûre, que ce patron raconte cette histoire depuis de nombreuses années, que des propositions lui avaient été faites jadis pour cet emploi, sans que jamais il ne donne suite, et que la journaliste est tombée dans le panneau de cette histoire bidon parce que cela confortait trop bien la consigne qu’elle avait reçue : envers et contre tout, publier un dossier et une couverture contre les « assistés ». Je sais aussi que tous les journalistes de cet hebdo n’approuvent pas ce genre de brûlot, totalement à charge, qui refuse tout argument ou information qui irait à contresens, qui n’a  donc rien de journalistique mais est pure propagande (1).

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Déjà, en 2010, Le Point avait publié une interview de Bintou, une femme qui racontait sa vie avec un homme polygame et tendait à démontrer que polygamie et délinquance allaient de pair. Sauf qu’il s’agissait d’un faux monté par un jeune de banlieue qui a piégé le journaliste par téléphone (ce qui n’empêchait pas ce dernier de décrire avec précision cette femme, qu’il n’avait jamais vue). Voir sur le sujet le site de Libération (2).

 

Que Le Point ait pu devenir sous la houlette de Franz-Olivier Giesbert un hebdo qui cherche à concurrencer celui de la droite extrême (Valeurs actuelles) est affligeant. Le drame est que la télévision publique croit devoir laisser cet histrion pontifier dans des émissions politiques où il gave le téléspectateur de ses commentaires tout personnels, quelque peu décousus, prétendant à la modernité, alors qu’il ne s’agit le plus souvent que d’un ramassis d’impressions, du Giesbert donc, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec le journalisme.

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(1) Mon article, dans une version quelque peu réduite, est publié dans Le Journal de l’Action Sociale  de novembre (parution le 15 novembre). Politis  a également publié un texte sur « les mensonges » du Point : http://www.politis.fr/Les-mensonges-du-Point-sur-la,24248.html

 

(2) http://www.liberation.fr/medias/2010/10/01/polygamie-quand-le-point-se-fait-pieger_683304

 

La violence des riches :

J’ai présenté cet ouvrage dans un article précédent. A noter qu’une bonne partie du texte du livre de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot est accessible sur Internet :

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=176

 

Concurrence des misères :

Suite à mon article sur l’expulsion de la famille de Leonarda (Expulsions : hypocrisie générale), j’ai reçu beaucoup de réactions, très diverses. J’ai du publier une mise au point dans laquelle j’expliquais ma démarche. Extraits : «Je mets l’accent sur cette dictature de l’émotion (dans ce cas comme dans d’autres), sur le fait de monter en épingle une affaire, pour servir le plus souvent d’autres intérêts. Au détriment des familles qui ont accepté les dispositifs d’aide, qui s’en sont saisis, et qui ont souhaité s’insérer réellement dans la société française. Là on est dans la caricature extrême, livrant en pâture une famille dont le comportement provoque malheureusement un rejet quasi général, en France comme en Italie, y compris de la part de ceux qui ont passé des années à la défendre. Finalement, de façon irresponsable, on donne du grain à moudre aux « xénophobes de tout poil » qui se réjouissent de voir une partie de la gauche se mobiliser ainsi.

 

 Pendant ce temps, les injustices perdurent. Je ne vois personne descendre dans la rue pour prendre la défense des millions de personnes, quelles que soient leurs origines, qui sont en dessous du seuil de pauvreté et vivent dans des conditions indécentes, et de tous ceux condamnés aux minima sociaux permettant à peine la survie. Ce scandale-là a une tout autre envergure ».

 

Ce qui m’a valu une réponse d’une lectrice préférant défendre les agriculteurs, victimes davantage d’injustices que « la famille Groseille ». Et de me renvoyer sur un site (1) que j’ai consulté.

 

Il est certain que beaucoup d’agriculteurs sont confrontés à une situation sociale catastrophique. Ils se sont endettés, travaillent énormément, mais sont à la merci du temps, des cours, des taux d’intérêt, et de bien d’autres aléas. Ce qui fait que certains doivent solliciter le RSA. Et que d’autres décident d’en finir, épuisés de se battre sans espoir. Je sais aussi que certains agriculteurs, qui s’en sortent mieux, assurant, certes, une lourde charge de travail, regardent avec rancoeur ceux qui, hors du monde agricole, « bénéficient » de minima sociaux. Persuadés que ce ne sont que des glandeurs.

A la lecture du texte publié par Bastamag.fr, et sans vouloir contester les exemples douloureux décrits, je note une erreur, sans cesse colportée ici ou là, parfois intentionnellement pour discréditer ceux qui ont besoin d’être assistés et donc pour vilipender l’assistanat.  Il est dit en effet à propos d’un éleveur de l’Oise que « sa demande de RSA (…) a été refusée car il gagnait ... 70 euros de plus que le minima requis pour bénéficier de cette prestation ». Le RSA est une allocation destinée à permettre à une personne ou à une famille de vivre (chichement), pas à une exploitation agricole de fonctionner. Et cette allocation est différentielle. Elle tient compte des ressources. Dans le cas présent (un couple avec 3 enfants), il ne faut pas que le dernier bénéfice agricole connu (annuel) dépasse 18 105 € (msa.fr). Il était donc au dessus. S’il avait été de 70 € en dessous de ce « minima requis », il n’aurait pas touché grand-chose : seulement 70 € (puisque ce n’est pas une allocation fixe comme les média le laissent souvent entendre mais une allocation différentielle). Et cette règle ne vaut pas que pour le monde agricole. Par contre pour la CMU, il est vrai que l’ouverture du droit est un couperet (on n’y a droit que si le revenu est inférieur à un plafond annuel fixe de 9356 €).

 (1) http://www.bastamag.net/article3398.html

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Vive les inégalités !

J’ai pour habitude de stigmatiser le think tank IFRAP d’Agnès Verdier-Molinié. Là je me contenterai de le citer (article datant du 27 mai 2011) :

« L’inégalité est présentée comme une tare qu’il faudrait éliminer, l’accroissement des inégalités comme l’injure suprême, le péché capital qu’il faut éradiquer. Certains s’en sont faits une spécialité non sans arrière-pensées politiques. Et si plus grandes étaient les inégalités au sein d’une société, plus prospère, plus dynamique, plus heureuse était la population ? Et si l’inégalité était le signe de la vie, de son exubérance, de son foisonnement, la condition du bonheur et si la recherche de l’égalité n’était que l’enfant de la jalousie, une maladie qui entraîne la stérilité, la paralysie, la pauvreté et le malheur ? Des recherches récentes donnent quelques supports à ces hypothèses décoiffantes sur la relation entre l’accroissement des inégalités et le dynamisme économique. » Suit évidemment une étude de l’IFRAP qui cherche à démontrer que plus il y a d’inégalités plus la croissance est forte. J’avais prévenu : sans commentaire.

http://www.ifrap.org/Accroissement-des-inegalites-signe-de-dynamisme-economique,12110.html

 

Retraites : faire travailler les femmes plus longtemps

Dans son numéro de septembre, La Feuille Verte (revue de EELV de Franche-Comté) publie un article fort documenté d’Éva Pedrocchi sur les retraites, intitulé « La tentation du bon sens ». Elle y développe, entre autres, une démonstration particulièrement pertinente sur l’inanité du discours sur l’espérance de vie justifiant d’augmenter l’âge du départ en retraite. Elle pousse ce principe jusqu’au bout : puisque « les femmes non seulement vivent plus longtemps que les hommes, mais sont également en meilleure santé », elles devraient cotiser plus longtemps. Ce que, évidemment, personne n’a proposé, car ce serait contraire au principe d’égalité : cette démonstration par l’absurde montre bien que l’allongement de l’espérance de vie, phénomène très ancien, ne suffit pas à justifier d’obliger les salariés à travailler plus longtemps. Rappelons que le projet de loi actuel a été repoussé à l’unanimité par le Sénat le 5 novembre, et doit repasser prochainement devant l’Assemblée nationale.

 http://fr.scribd.com/doc/166943850/FV-Septembre

 

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