En ces jours de septembre, les études sur la pauvreté, confirmant sa progression, pleuvent comme à Gravelotte. Les inégalités s’accroissent irrémédiablement. C’est le moment que choisissent les Pinçon-Charlot pour publier La violence des riches.

 Les pauvres c’est maintenant

L’étude sur les niveaux de vie publiée par l’INSEE (1) le 13 septembre constate la progression des inégalités en France (le taux de pauvreté est monté en 2011 à 14,3 % de la population, soit son plus haut niveau depuis 1997). La ministre actuelle chargée de la lutte contre l’exclusion voit là « l’échec économique, social et moral des années Sarkozy ».

 

Certes, mais pas seulement : la veille, le 12 septembre, l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (UNCASS) a bien annoncé que son dernier « baromètre » indiquait un « enkystement de la précarité » en constatant qu’en 2013 les demandes d’aide, présentées par les populations défavorisées dans ces centres rattachés aux communes, ont augmenté de 77 % (2).

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[Photo YF]

Parallèlement, les associations de défense des sans-abris et des mal-logés revendiquent une meilleure place dans le projet de loi Duflot sur le logement, en faveur de ces laissés pour compte (au moment même où l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, l’ONPES, révèle que « l’âge moyen au décès de la population sans domicile est de 49 ans » (soit 30 ans de moins que la population générale)(3).

 

Louis Marin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, de son côté, a publié un article le 10 septembre (4) dans lequel il montre comment le discours orchestré contre l’impôt (le fameux « ras le bol fiscal ») aboutit à une pause fiscale, qui profitera aux plus fortunés (« le bluff des plus aisés a marché »). La critique contre l’impôt et les dépenses publiques est biaisée : « les comparaisons internationales de prélèvements obligatoires n’ont aucun sens », car on compare « des services rendus totalement différents selon les pays » : « la France a choisi de répondre collectivement à certains besoins, pour garantir un accès universel ». L’impôt sur le revenu (en y incluant la CSG) ne représente en France que 7,3 % du PIB en 2010 (la France est en 14ème position pour les pays de l’OCDE, après l’Allemagne qui collecte davantage avec 8,8 % du PIB). Les ressources publiques viennent d’ailleurs, en particulier de la TVA, impôt injuste s’il en est.

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Affiche dans le métro parisien [Photo YF]

A l’approche de l’automne, les feuilles d’impôts, elles, se ramassent à la pelle. Car elles sont lourdes : même Philippe Dessertine, « spécialiste de la finance », a reçu la sienne et a confié à C dans l’air (France 5) le 12 septembre qu’elle était douloureuse. Cet « expert » dispense ses sermons à longueur d’année sur la nécessité de sabrer dans les dépenses sociales pour réduire la dette et relancer la compétitivité (sans jamais évoquer les causes de la crise dues essentiellement à la folie du monde de la finance, ce monde qu’il est sensé tellement bien connaître) : on se surprend du coup à se réjouir que le fisc ne l’ait pas oublié. Lui et tant d’autres qui sont chargés de mener campagne contre le principe de solidarité nationale. Mais ce qui est inquiétant c’est que des revenus bien plus modestes soient taxés gravement (en partie du fait du gel des barèmes de l’impôt instauré par Nicolas Sarkozy et prorogé pour cette année par François Hollande) : certains perdent même la prime pour l’emploi. Cette injustice non seulement révoltera les « petites » classes moyennes ainsi que les classes populaires, mais encore les plus aisés (ceux qui avaient tant profité des baisses d’impôt du précédent quinquennat) auront le culot de s’en servir pour défendre leur cause. C’est ce que fait Guillaume Roquette, du Figaro Magazine, le défenseur de l’économie libérale, le représentant de l’oligarchie (c’est-à-dire cette classe qui prône une économie sans entraves, sans Etat  pour assurer la justice sociale) qui se plaint soudain que les ménages modestes, en payant des impôts, perdent du coup des aides sociales qui leur permettaient de tenir le coup jusqu’alors !

 

La violence des riches

Les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot sortent le 12 septembre en librairie La violence des riches, chronique d’une immense casse sociale (Zones, 2013). Les auteurs du président des riches, pas tendres avec le précédent président, ne ménagent pas l’actuelle majorité. Pour eux, la pauvreté des uns et la richesse des autres constituent, dans notre société, une réelle violence. Ils décrivent comment l’élite gangrène la démocratie, en s’accaparant tous les avantages, en se concertant, en défendant âprement ses intérêts (face aux autres classes sociales éclatées, mal organisées). Et une partie du personnel politique de gauche est compromis dans ces alliances de caste, tout en feignant de s’opposer aux leaders de la droite (le combat que mènent certains est davantage un combat pour les places qu’un combat pour la justice sociale).

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Ils écrivent : « La classe dominante, lorsqu'elle devient système oligarchique, présente une violence accrue dans les rapports sociaux qui permet à des individus lucides et cupides de faire valoir leurs intérêts particuliers en aménageant de surcroît la légalité à leur convenance. Les oligarques qui mènent la France, l'Europe et peut-être la planète tout entière à sa perte n'ont jamais reconnu leur responsabilité dans la crise financière de 2008. Ils accusent les peuples de coûter trop cher, d'être trop gourmands, de dépenser trop pour leur santé et leur éducation. Ils cherchent ainsi à se défausser sans jamais, eux, remettre en cause leur cupidité financière ».

 

Ils ajoutent : « la déréglementation de la vie économique a donc permis l'éclosion d’un cynisme individuel et collectif. L'exilé fiscal assume au grand jour sa volonté d'échapper à la loi et de ne pas s'acquitter des impôts dont il est redevable. Il le proclame haut et fort. Depardieu révolte, mais fait aussi rire, fascine et obtient un certain soutien, y compris populaire. C'est en affichant ouvertement son déni de la règle que le dominant prend le pas sur les dominés, eux-mêmes tentés de se replier sur un individualisme de dernier recours en abandonnant utopies et luttes collectives. Ce renoncement est une sorte de fatalisme particulier qui associe d’une manière contradictoire acceptation et non-consentement ».

 

Ce livre fourmille d’informations. Il a le mérite de mettre en lien diverses données, et assure une chronologie d’évènements qui, comme le disait une journaliste de France Inter le 12 septembre en recevant Monique Pinçon-Charlot, révèle une cohérence troublante. Lors de l’émission Mots croisés sur France 2 le 9 septembre, Monique Pinçon-Charlot a déclaré : « les riches avec la complicité de la droite et de la gauche libérale font la guerre aux classes moyennes et aux classes populaires ». Un de ses interlocuteurs, Laurent Wauquiez, s’étranglait : « il faut arrêter de prendre les riches pour des ennemis ». Et de répéter comme un enfant dans une cour d’école : « Il faut ar-rê-ter ! ». Quant à Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’IFRAP (plus violemment « libéral » que ce think tank, tu meurs) regardait notre sociologue avec condescendance et s’égosillait en reprochant à la gauche de vouloir augmenter la prime pour l’emploi (PPE) et les minima sociaux !

 

L’étrange capitulation

Laurent Mauduit a, quant à lui, publié cette année un livre percutant L’étrange capitulation, le changement c’était maintenant ! (éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2013) plus directement orienté vers une critique implacable de la politique menée par la gauche, qui, selon lui, n’a pas attendu quelques mois avant de se renier, mais l’a fait dès son arrivée au pouvoir. Ainsi, il reproche à François Hollande d’avoir choisi d’appliquer la politique économique de Nicolas Sarkozy. Il montre comment certains économistes sont des « agents doubles » (servant les deux camps à la fois). Entre autres trahisons, il suspecte l’Elysée de vouloir un jour « contourner le Smic au profit du Revenu de solidarité active (RSA) » quitte à majorer quelque peu ce dernier. Et bien d’autres capitulations (le titre est emprunté à Marc Bloch, célèbre historien, auteur d’un essai écrit à l’été 1940, mais publié en 1946, intitulé L’étrange défaite). On pourrait se demander, s’il en est ainsi, pourquoi tant de haine à l’encontre d’un président qui accomplirait les vœux les plus chers du pouvoir économique dominant : certainement pour qu’il ne s’arrête pas en chemin. S’il y a reprise (que j’évoquais dans un précédent article), les « experts » mettront longtemps à l’admettre car cela n’arrangera pas leurs affaires et les contraindra à réfréner leur propagande.

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Le risque d’explosion

L’économiste Thomas Piketty, si rarement invité dans les médias, fait le point dans le Capital au XXIème siècle, véritable somme de près de 1000 pages, qui vient de paraître, sur l’augmentation considérable des inégalités dans notre pays. Il note par exemple que 10 % de la population reçoivent, grâce à l’héritage, beaucoup plus que ce que 50 % des Français gagnent pendant toute la durée de leur vie (700 000 euros). Thomas Piketty a précisé à Télérama ( 31 août ) : « si vous prolongez la tendance actuelle jusqu'aux années 2040 ou 2050, les inégalités deviennent insoutenables. Même les plus fidèles défenseurs du marché devraient s'en inquiéter. Aussi concurrentiel soit-il, ce marché n'empêchera pas, dans les décennies à venir, le rendement du capital d'être supérieur au taux de croissance, et donc les inégalités de se creuser, mécaniquement. Avec le risque qu'un repli national brutal – nationalisme politique ou protectionnisme exacerbé – finisse par servir de soupape de sécurité aux tensions sociales. » La solution : « Taxer le capital, donc, non pas pour se venger des plus riches, comme le craignent certains, mais pour éviter que les plus hauts patrimoines ne progressent, structurellement, trois ou quatre fois plus vite que l'économie. » Sinon, dit-il, il y a un risque d’explosion sociale, à l’échelle mondiale.

 

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(1) http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1464

(2) www.uncass.org

(3) www.onpes.gouv.fr

(4) http://www.inegalites.fr/spip.php?page=analyse&id_article=1832&id_rubrique=28&id_mot=30&id_groupe=9

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bonjour

merci pour votre billet et le lien avec l' INSEE;Je viens d'imprimer ce texte. Ce serait bien de letransmettre à l'inénarrable Piketty !