Cécilia, Mandela, Martin Hirsch et Terre d’asile

Social en vrac n° 15

Cécilia Sarkozy en maraude : « ça m’a fait énormément de peine »

Cécilia Attias, ex-Sarkozy, à l’occasion de la sortie de son livre Une envie de vérité, en octobre dernier, est venue sur les plateaux de télévision dire aux Français qu’ils devaient se bouger davantage et se mettre à travailler. « Se retrousser les manches », a-t-elle proclamé, et « ne pas se contenter de l’assistanat », alors qu’elle était reçue chez Pascale Clark (France Inter). Qu’elle ne désavoue pas Nicolas Sarkozy, c’est plutôt fair-play ; qu’elle en rajoute sur ceux qui se lèvent tôt, c’est réchauffé et méprisant pour ceux qui ont perdu leur emploi. Mais qu’elle vienne donner des leçons aux Français, on se demande bien à quel titre elle est habilitée à le faire. Surtout si c’est en plus pour leur dire de voter aux élections, elle qui a choisi délibérément de ne pas participer au scrutin du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2007. La simple pudeur commanderait de s’abstenir. Comme elle s’est d'ailleurs abstenue de démentir certaines rumeurs qui continuent à circuler sur le Net. 

 

Dans ce livre, l’ex-Première dame admire le cadre dans lequel Michèle Obama évolue : avec un cabinet et un budget : « sa marge de manoeuvre s’en trouve donc considérablement élargie, ce qui permet à l’opinion publique et aux médias de juger son action dans la clarté ». « Les citoyens attendent d’une Première dame un certain nombre d’interventions, mais si elle y consacre trop de temps et d’énergie, certains n’hésiteront pas à le lui reprocher ! »

 

Le clou c’est cette révélation (la seule du livre) : « Je me rappelle avoir accompagné des bénévoles de la Croix-Rouge lors d’une de leurs tournées nocturnes à travers Paris. La misère que j’ai alors rencontrée, à chaque coin de rue ou presque, m’a fait énormément de peine ». Pauvre chérie ! Elle dit qu’elle aurait voulu pouvoir agir de façon durable mais se plaint de n’avoir eu aucun moyen pour le faire. Peut-être en a-t-elle un aujourd’hui, de moyen : reverser les royalties de son livre, non négligeables, à ces miséreux rencontrés lors de cette maraude qui l’a tant peinée. Sauf que ce serait de l’ « assistanat », comme d’ailleurs la maraude elle-même : donner une soupe chaude, du pain et proposer un abri à un SDF n’est-ce pas le complaire dans l’assistance ? Alors qu’il serait tellement plus judicieux de l’inviter à se retrousser les manches et à se lever tôt le matin !

 

France Terre d’asile : directeur suspecté

 

Pierre Henry, directeur général depuis 17 ans de France Terre d’Asile, association qui aide les réfugiés arrivant en France, est accusé par une lettre anonyme (sans doute ses propres salariés) de plusieurs malversations, dont le fait de s’être attribué un prêt sur les fonds de l’association. Il crie au complot, porte plainte en diffamation mais reconnaît avoir bénéficié il y a quelques années d’un prêt de 271 000 € pour l’achat personnel d’un appartement. Prêt relais, dit-il, qu’il a remboursé « vingt-trois jours » plus tard, tout en admettant que c’était une maladresse. D’autres accusations portent sur sa façon de gérer l’association, forte de 540 salariés, qui prend en charge 5000 personnes chaque jour, et qui perçoit 50 millions d’euros de subventions, publiques pourla plupart. Uneenquête judiciaire en cours dira si cela relève du pénal, mais on peut se demander comment, aujourd’hui, une association humanitaire peut fonctionner avec une telle légèreté, donnant prise aux commentaires les plus virulents de la droite extrême qui n’attend que ce genre d’incartade pour se déchaîner sur le Net contre toute aide aux réfugiés.

 

 

 

Mandela et les collectes de fonds :

La Fondation Mandela, qui oeuvre contre le Sida et pour l’éducation dans les zones reculées, veille à ce que l’image de l’ancien leader de l’ANC soit exploitée à son profit, pour financer ses actions. L’objectif est de contrer tous les marchands du temple qui prolifèrent, avec casquettes, drapeaux, t-shirts et autres babioles avec l’estampille Madiba, Mandela ou 46664 (numéro d’écrou de Mandela à Robben Island). Nelson Mandela avait montré l’exemple : il jouait de sa notoriété pour collecter des fonds pour sa fondation oeuvrant dans les townships : il exigeait que les stars (Spice Girls, Charlize Theron ou Beyoncé) qui se pressaient pour lui rendre visite signent auparavant un chèque à l’ordre dela Fondation Mandela.Seulementensuite elles pouvaient être prises en photo à ses côtés. Aujourd’hui, les innombrables tweets, rendant hommage au premier président d’après apartheid, émanant des Bono, Rihanna et autres Oprah Winfray, sont gratuits.

 

Le luxe se porte bien, merci !

Les news magazines ne cessent de publier des publicités de voitures à plus de 50 000 €. Crise ou pas crise, il y a toujours des acheteurs. Le Monde a sorti, lui, un supplément « Vins » de 34 pages, bourré d’annonces : il invite ainsi ses lecteurs à faire l’acquisition, entre autres, d’une bouteille de château Margaux 2010 à 1000/1100 € (donc un smicard peut se la payer), ou de La Mondotte 2010 (contrairement aux apparences, ce n'est pas une cuvée du quotidien du soir) à 320/350 € : on est rassuré : un « bénéficiaire » du RSA devrait pouvoir accéder à ce « monstre de velours et d’énergie domptée ".

 

Martin Hirsch à l’Assistance Publique :

L’ancien haut-commissaire aux solidarités actives, que les députés socialistes avaient traité jadis de « Tartuffe », vient d’être nommé patron de l’AP-HP. Sa ministre de tutelle est Marisol Touraine qui, comme le Monde du 8 novembre le rappelait, l’avait accusé d’être « l’alibi social d’une politique qui n’a rien de social. Il se fait des illusions s’il pense que son travail peut être vu indépendamment de l’action de gouvernement Sarkozy ». Il lui a fallu avaler la couleuvre de cette nomination qui prouve bien les liens que Martin Hirsch avait conservés avec François Hollande et avec tout un réseau, ce qui lui a assuré cette belle promotion.

Cela signifie aussi que l’ancien d’Emmaüs, présenté comme M. Pauvreté, ne reviendra pas dans ce secteur, où le dispositif RSA est décrié et doit être aménagé. Désormais, c’est en quelque sorte  l’hôpital qui se fout de la charité. Les problèmes qu’il a à traiter sont de taille : 37 hôpitaux, 92 000 agents. Gigantesques même. Un des premiers dossiers : l’Hôtel-Dieu à Paris, qui était menacé et que le nouveau directeur a décidé de maintenir en lieu et place. Ainsi, les VIP, quand ils sont en garde à vue, interrogés par la police judiciaire, pourront continuer à y être dorlotés, comme ce fut le cas de Bernard Tapie en juin dernier.

DSCN6812.JPG L'Hôtel-Dieu à Paris (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) [Photo YF]

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