Social en vrac 2 : les milliardaires philanthropes, Carlos Ghosn cynique, Désobéissance civile, Johnny et les assistés

 
 

La maxime du jour : « Les pauvres sont indispensables à la société, à condition qu’ils le restent » Coluche

 

ATD et le musée :

Il semble que l’association ATD Quart Monde n’ait finalement pas porté plainte contre le musée d’Orsay suite à l’expulsion d’une famille pauvre qui le visitait (voir Social en vrac 1). En tout cas son site ne s’en est pas fait écho. Par contre, il publie des réactions d’internautes : si certains s’emballent naïvement contre cette société inhumaine qui rejette les pauvres parce que la misère ne sentirait pas bon, d’autres s’insurgent contre ce que laissait entendre ATD : « faire l’amalgame entre l’odeur et la misère va à mon avis à l’encontre de l’action menée par ATD quart-monde ». L’un s’interroge : « A croire qu’il s’agirait presque d’une provocation pour mettre ATD au premier plan médiatique. » L’association caritative sera sans doute mieux inspirée et dans son rôle avec le Forum contre la misère qu’elle tient à la Villette du 1er au 3 mars.

 

Les milliardaires philanthropes :

Patrice Motsepe, magnat noir d’un groupe minier sud-africain a déclaré le 30 janvier qu’il souhaitait répondre à l’appel de Warren Buffet et de Bill Gates qui proposent aux milliardaires de partager leur fortune. Né à Soweto, l’ancien avocat d’affaires, dont la fortune est évaluée à 2,65 milliards de dollars, dit vouloir exercer cette générosité dans l’esprit zoulou : « cela a toujours fait partie de notre culture et de notre tradition d’assister et de se préoccuper des moins fortunés et des membres marginalisés de nos communautés » (cité par Rfi du 8 février). Il veut, selon son épouse, améliorer les conditions de vie des « pauvres, handicapés, chômeurs, les femmes, les jeunes et les ouvriers ». Ses compatriotes noirs, qui ont fait fortune, se montrent moins généreux, mais, perfide, Rfi indique que Motsepe est le beau-frère d’un candidat à la prochaine élection présidentielle. Ceci expliquerait cela ?

 

Car la philanthropie d’un milliardaire devrait toujours conduire à lui poser deux questions : qui t’a fait milliardaire et es-tu vraiment philanthrope ? Rien ne peut justifier les fortunes démesurées des milliardaires en général (un seul individu plus riche que des milliers, des centaines de milliers d’êtres humains), ni celles des philanthropes. Bill Gates, pour redorer son image bien atteinte (dans les années 90, il était perçu comme un requin de l’industrie pour avoir imposé MSDOS puis Windows), s’est lancé dans la philanthropie : sa Fondation est la plus puissante dans le monde et dans l’histoire. Elle finance 20 organisations en France. En réalité, elle ne fonctionne que sur les dividendes perçus, le capital étant placé dans l’armement, dans des industries qui bafouent le droit du travail, chez des pétroliers et des banques, ou dans les industries du tabac ou chez Monsanto (Envoyé spécial, France 2, 5 janvier 2012). Il écarte le problème moral que cela pose, déclare lors de sa venue en France l’an dernier que « c’est important d’être généreux » ( !) et a beau jeu de prétendre avoir sauvé 5 millions d’enfants grâce aux vaccins qu’il a financés. Toujours la démesure : un seul homme sauve des millions d’enfants ! Et toujours la honte : qu’il faille que la survie de ces enfants dépende d’une richesse extorquée et non pas de la solidarité internationale.

 

Carlos Ghosn généreux et cynique :

Voilà un patron prêt à réduire provisoirement la « partie variable » de son salaire soit 400 000 € (à côté des 11 millions d’euros perçus pour l’année 2012 en tant que patron de Renault et surtout de Nissan). En échange, il compte obtenir des syndicats leur accord pour le gel des salaires des salariés de Renault (la fameuse compétitivité). Ce gel ne sera pas rattrapé pour les salariés, mais le PDG récupèrera, lui, sa partie variable en 2016 (même La Tribune relève ce tour de passe-passe). Bravo, Monsieur Ghosn : on n’avait rarement fait aussi bien en matière de cynisme.

 

Désobéissance civile :

Barack Obama, lorsqu’il était travailleur social dans les quartiers pauvres à Chicago (1), soutenait des actions de désobéissance civique qui ont aujourd’hui le vent en poupe. Les Désobéissants ont créé leur site (desobeir.net) qui non seulement soutient les faucheurs volontaires anti-OGM et des actions humoristiques de « clown-coaching », mais encore dit s’adresser aux victimes du capitalisme, les pauvres et les classes moyennes modestes. Leur dernière action : un pique-nique dans la propriété de François Pinault, patron de Vinci, dont la fortune, non philanthrope, correspond à 472 000 années de SMIC. Les Désobéissants s’en prennent à l’ « oligarchie » et s’inspirent d’une méthode propagée par un sociologue américain, Saul David Alinsky, activiste dans les quartiers défavorisés de Chicago, New York et Boston (entre 1940 et 1970), dont l’objectif est de soutenir les habitants afin qu’ils s’organisent, de façon en principe non violente, pour améliorer leurs conditions de vie et combattre un capitalisme responsable de leur misère (2). En obtenant parfois le soutien solidaire de « complices » installés dans le système qui, ainsi, désobéissent pour apaiser leur conscience. A noter que les mots « oligarchie » et « capitalisme » sont remplacés dans le langage courant médiatique, aujourd’hui, par « libéraux » et « libéralisme ».

 

Peut-être ne s’agit-il que d’un épiphénomène, mais rien ne dit que dans le contexte d’injustices, d’inégalités criantes qui font que de plus en plus de gens rament, n’arrivent plus à finir le mois, se suicident par le feu devant une agence de Pôle Emploi ou plus discrètement, des révoltes sous cette forme éclatent ? Resteront-elles d’ailleurs, sous cette forme, non violente ?

 

_____

(1) Il a raconté cette expérience inhabituelle pour un futur président des USA dans le beau livre, pétri d’humanité, Les rêves de mon père, Les Presses de la Cité, 2008.

(2) Synthèse du livre Rules for radicals, d’Alinsky : http://www.les-renseignements-genereux.org/var/fichiers/traverse/LaTraverse1_Alinsky.pdf

 

 

A que coucou les assistés :

Notre « star nationale » (à ce que l’on dit) ne se contente pas dans sa biographie (Dans mes yeux) d’insulter ses ex (amis ou compagnes) : Johnny affirme « je n’aime pas les sociétés d’assistés ». Certes, la pitié est une forme de mépris et de domination hypocrite, mais lorsque l’on gagne 7,6 millions d’euros au cours de l’année 2012 (selon Challenges, sans doute bien davantage, certains médias ayant donné des chiffres bien supérieurs gagnés pour les 40 concerts tenus au cours de l’année), est-ce bien nécessaire d’afficher ainsi une telle hargne ? Un peu de commisération pour ceux qui galèrent aurait pu atténuer son refus affiché et fiscal de toute solidarité.  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.