Le délégué des sans-abri poussé à la démission

Le gouvernement a confirmé une information donnée par l’Humanité selon laquelle Alain Régnier, préfet, cesserait prochainement d’exercer sa mission de délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal). Il est vraisemblable que ce haut fonctionnaire, nommé précédemment sous Nicolas Sarkozy, surnommé « le préfet des Roms », ait souhaité mettre fin à une fonction qu’il voulait mener avec humanité,

Le gouvernement a confirmé une information donnée par l’Humanité selon laquelle Alain Régnier, préfet, cesserait prochainement d’exercer sa mission de délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal). Il est vraisemblable que ce haut fonctionnaire, nommé précédemment sous Nicolas Sarkozy, surnommé « le préfet des Roms », ait souhaité mettre fin à une fonction qu’il voulait mener avec humanité, ce qui ne collait pas avec la politique officielle qui privilégie les expulsions de Roms. Lors d’un colloque à Toulouse en novembre dernier, il s’était exprimé sur ses conceptions.

 

Sur le site de la Dihal, Alain Régnier avait mis en exergue un extrait d’un discours qu’il avait tenu le 27 septembre dernier à l’Assemblée nationale : « J’espère que cette politique des petits pas sera reconnue comme une politique publique apportant des réponses concrètes puisque notre rôle n’a de sens que pour les personnes qui se trouvent dans les situations les plus fragiles. »

Manifestement, il n’y est pas parvenu. Le Monde du 3 juillet écrit : « Ces derniers mois, il était arrivé à M. Régnier d'évoquer, en privé, son désarroi et la difficulté de sa tâche. »

DSCN6409.JPG Toulouse, 14 novembre 2013 [Photo YF]

Le 14 novembre 2013, lors des 10èmes rencontres sociales, organisées par le Journal de l’action sociale et du développement social, et par Edenred-France, sur le thème de « l’Hébergement-Logement, une dualité à l’épreuve de la réalité », Alain Régnier avait pris la parole à la fin du colloque. Après diverses interventions d’acteurs de terrain ou d’élus locaux sur ces questions liées aux SDF, à l’habitat insalubre, aux gens du voyages, aux Roms, Alain Régnier s’était plaint d’un Parlement qui avait refusé de voter le principe de réserves foncières voulues par Cécile Duflot, alors ministre du logement, et qui auraient favorisé la construction de logements sociaux.

 

Bien avant le débat sur la réforme territoriale, il confiait sa préférence pour des intercommunalités élues au suffrage universel, regrettant que dans le système actuel chaque commune ait la maîtrise du foncier et de la construction de logement, n’hésitant pas à qualifier cette dispersion de véritable « métastase ».

 

Il avait soulevé le grave problème des biens vacants : une dizaine de millions en France. Il faisait partie de ceux qui avaient proposé qu’au bout de cinq ans d’abandon, l’Etat s’accapare le bien, le rénove et le loue. Si l’héritier réapparaît, il retrouve sa propriété et indemnise l’Etat. Il déplorait l’opposition du Ministère de la Justice à une telle mesure.

 

Il proposait que l’Etat impose au niveau national cette règle instaurée à Saint-Ouen : le permis de construire est refusé si le coût, au terme de la réalisation du projet, abouti à un prix au m² supérieur à 3000 €.

 

Il avait alors utilisé des mots sévères pour qualifier la France « pays de féodaux, d’une très grande rigidité ». Il avait tenu à glorifier le président d’un conseil général qui avait su résister à la pression d’habitants d’un quartier qui souhaitaient pouvoir choisir les locataires admis à habiter un nouvel immeuble.

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Se refaire confiance

Enfin, en ce qui concerne un aspect important de sa mission, il s’était insurgé contre l’instrumentalisation de la question Rom : « 16 000 personnes [Roms] mettent à feu et à sang un pays de 66 millions d’habitants. On voit des voleurs partout. » Il avouait que sans cesse on lui opposait : « Comment peut-on s’occuper de ces gens-là ? », et en appelait à la nécessité de « se refaire confiance ».

 

Au début de son intervention, il avait été interpellé par un militant du DAL (Droit au Logement) de Toulouse qui lui reprochait d’avoir travaillé pour l’ancien pouvoir. Lui dont le parcours atteste d’un intérêt certain pour les questions sociales et qui bénéficiait d’une certaine estime de la part des associations, avait répondu, manifestement ému, qu’il ne supportait pas ce genre d’accusation. Et de révéler qu’il venait de recevoir « une lettre menaçant de  le passer en jugement lorsqu’ils auront pris le pouvoir pour ce qu’il fait pour les gens sans logis ».

 

Finalement, il n’aura pas fallu attendre l’arrivée au pouvoir de cette droite extrême pour le renvoyer dans ses foyers. Le pouvoir actuel l’y a poussé, n’ignorant rien de son aversion face au rythme des expulsions de campements qui ne réglaient rien, et ne lui accordant pas de réels moyens pour favoriser l’hébergement et le logement des sans-abri.

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Voir l’interview qu’Alain Régnier avait accordée en avril 2013 à Caroline Fouteau de Mediapart : ici.

Voir l'hommage que lui rend Jean-Paul Bourgès sur son blog sur Mediapart. 


Billet n°131

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

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