Shutdown : virer les fonctionnaires, une idée «séduisante»

Les parlementaires américains ne parvenant pas à se mettre d’accord sur l’accroissement du déficit et de la dette (les 16 700 milliards de dollars seront atteints le 17 octobre, date retenue pour la journée international de … l’élimination de la pauvreté, mais cela n’a rien à voir), 800 000 fonctionnaires (sur 4 millions) ont été renvoyés dans leurs foyers. Ils ignorent quand ils pourront reprendre le travail. Les services comme la poste, l’armée, l’école, la santé sont cependant maintenus. C’est le « shutdown », la fermeture à l’américaine !

 

En réalité, les républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, s’opposent à leurs collègues démocrates, majoritaires au Sénat, pour obtenir de Barak Obama le report de sa loi sur la santé, l’Affordable Care Act, plus connue sous le nom d’ « Obamacare ». Cette loi a été votée (pourtant même certains démocrates s’y sont opposés), et a été jugée conforme à la Constitution : elle permet un accès à la santé à 32 millions d’Américains (mais elle en laisse tout de même 23 millions sans couverture maladie). Il y aura obligation de s’affilier, avec participation des entreprises de plus de 50 salariés et aide de l’Etat (à hauteur de l’équivalent de 70 milliards d’euros par an). On imagine que les ultra-libéraux puissent être vent debout contre de telles mesures « socialistes », sinon « communistes », en particulier les membres du Tea-Party, mouvement de l’extrême-droite américaine, proche de certains républicains.

 

On peut s’interroger comment les USA peuvent être encore considérés comme une démocratie, quand on voit à quel point le principe de solidarité est systématiquement combattu par un grand nombre de ses citoyens et de ses élus. La France n’a pas de tels opposants. Mais elle a tout de même des contempteurs de la protection sociale, qui font sans cesse feu de tout bois, travestissant les chiffres, ne se contentant pas d’appeler à des économies, toujours souhaitables, mais ne cachant pas leur rêve d’un Etat amaigri, qui aurait réduit de façon drastique ses dépenses sociales.

 

Ainsi, on imagine la joie que nombreux « experts » ont du éprouver en apprenant que des fonctionnaires « non indispensables » avaient été contraints à cesser le travail. 20 % de fonctionnaires auxquels on impose une grève forcée, c’est le bonheur assuré pour ceux qui font profession d’attaquer en permanence le service public. Je pense, bien sûr, à cette « élite » (économistes ou politologues) qui tient le haut du pavé (Jean-Marc Daniel, Philippe Dessertine, Michel Godet, Christophe Barbier, Ivan Rioufol et tant d’autres) ou à ces think tank inféodés au système économique dominant, tel l’IFRAP et sa directrice Agnès Verdier-Molinié. L’IFRAP a d’ailleurs encore frappé avec le « shutdown » : le 10 octobre, son site publiait un article assez technique sur le sujet, mais regrettait que cette «mise au régime forcé de l’appareil administratif de l’État » ne soit pas transposable en France car « l’idée (…) peut paraître séduisante ».

 

Bien sûr le texte de l’IFRAP se garde bien d’informer sur l’Obamacare, en jeu dans cette affaire. Comme il n’indique pas si le sourire de madame la directrice demeure toujours aussi arrogant en découvrant que ces centaines de milliers de fonctionnaires, dans le pays le plus capitaliste de la planète, seront quand même payés pour ce temps d’inaction quand la guéguerre engagée à la Chambre aura cessé.

 

Le discours que tient l’IFRAP, il faut bien le dire, trouve dans l’opinion publique des appuis. La question de la protection sociale est de plus en plus abordée par des propos de rejet assumé. Il n’y a plus consensus sur la lutte contre l’exclusion. Souhaitons cependant que le débat ici, qui malheureusement se dramatise, n’atteigne pas le niveau abjecte qu’il connaît aux Etats-Unis où certains ne craignent pas d’afficher un mépris souverain à l’encontre des plus démunis et n’hésitent pas à s’en prendre avec violence aux élus favorables aux réformes sociales (y compris à l’encontre des rares républicains favorables à l’Obamacare).

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Campagne agressive du Tea Party à l’encontre des cinq républicains prêts à voter le dépassement budgétaire et à mettre fin ainsi au « shutdown » : accusés d’être « RINO », « Republican In Name Only », républicains qui n’en ont que le nom, ils sont soumis à des appels téléphoniques permanents et haineux, afin de leur rendre la vie impossible.

[capture d’écran du site http://www.pennlive.com]

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