Le «travailleur social» anti-immigrés

Nicolas Dupont-Aignan sur France Inter ce matin : il dénonce à juste titre la fraude fiscale, les cadeaux faits aux plus riches mais ne peut s'empêcher de glisser les 1,5 milliard pour « l'accueil des clandestins ». Un auditeur, prétendant travailler dans le secteur social, accuse la France d'être trop généreuse pour les immigrés.

Nicolas Dupont-Aignan, France Inter, le 16 mai [capture d'écran] Nicolas Dupont-Aignan, France Inter, le 16 mai [capture d'écran]
D'abord contesté au téléphone par une adhérente de son parti, Nicolas Dupont (dit Dupont-Aignan, NDA) se justifie d'avoir voulu s'allier à Marine Le Pen à la dernière présidentielle. Puis, un auditeur appelle, évoquant le "parler-vrai" de NDA. Peut-être en service commandé, il prétend travailler dans le "milieu social", dit rencontrer beaucoup de personnes en difficulté, avec lesquelles il parle beaucoup d'immigration : "comment que ça se fait que la France accueille autant de migrants dans la mesure où tout le monde pense que la France est trop généreuse". Il met en cause l'Aide médicale d'État qui "coûte quasiment 1 milliard par an" et dénonce ce que coûte à la France son aide aux demandeurs d'asile. Et, comme on le coupe car il s'apprête à dérouler tout le programme de l'invité sur le plateau, il finit en se demandant s'il ne faudrait pas un bracelet électronique aux fichiers S.

Son propos est si laudateur pour NDA, reprenant tellement ses éléments de langage, que cela donne à penser qu'il ne travaille pas dans le social. Il s'agirait sans doute d'une manœuvre relevant de cette manipulation classique sur Internet qui consiste à se faire passer pour un travailleur social pour dénoncer les assistés ou les immigrés. En tout cas c'est l'espoir que je formule, estimant que ce type d'individu n'a rien à faire dans "le social", n'en respectant manifestement pas les principes éthiques.

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Comme je l'indique, c'est juste un espoir : car des amis me disent parfois que des travailleurs sociaux ont des comportements d'irrespect envers les personnes qui les sollicitent, font des commentaires xénophobes ou stigmatisent l'assistanat. On me dit même qu'il y aurait des travailleurs sociaux, français d'origine étrangère, qui ne se privent pas d'être insultants envers des sans-papiers et/ou demandeurs d'asile. J'ai de la peine à le croire. Mais plus que de la peine, c'est de la colère : car si c'est le cas, j'estime que "les professionnels de la profession" devraient dénoncer avec la plus sévère fermeté ces comportements.

Bruckner a encore frappé

bruckner
La bande à Philippe Val, au lendemain de la parution du manifeste "contre le nouvel antisémitisme", a sorti un livre au titre éponyme (chez Albin Michel). Dans la joyeuse bande, qui voudrait convaincre qu'elle n'est ni raciste ni islamophobe, il y a l'inénarrable Luc Ferry, et le gaffeur Pascal Bruckner. J'avais relevé la maladresse de ce dernier, sinon sa faute grave, lorsqu'il avait cru sur le plateau de France 2 comparer l'Inquisition à Daech (alors qu'évidemment ça n'a strictement aucun rapport, l'Inquisition ayant agi au nom de l'autorité suprême de la religion catholique), et incidemment assimilant les musulmans à Daech. Il récidive dans ce livre (que j'ai feuilleté) : il caricature les propos du sociologue Laurent Mucchielli, puis lui reproche de dire que l'islamophobie est plus importante dans l'opinion publique française que l'antisémitisme. Il cherche à démontrer le contraire en s'invoquant des meurtres de Sara Halimi et Mireille Knoll, ce qui relève, à mon avis, d'une nouvelle confusion puisqu'il mêle des crimes isolés, sordides et évidemment condamnables, à la question de l'opinion publique (en général).

La preuve de sa mauvaise foi : il accuse ce discours affirmant que les victimes aujourd'hui seraient les musulmans, devenus les juifs des années 30-40 du XXème siècle. Du coup, les extrémistes (il ne vise pas les djihadistes mais ceux qui le contredisent sur ce terrain), selon lui, concluent : "Puisque nous sommes les nouveaux juifs, nous avons le droit de tuer les anciens". L'intérêt avec lui c'est qu'il est tellement excessif qu'il se ridiculise et affaiblit son camp. D'autant plus qu'il va certainement finir par déraper carrément.

Des Chrétiens extrémistes

Pasteur extrémiste, Robert Jeffress, à l'ambassade américaine de Jérusalem le 15 mai Pasteur extrémiste, Robert Jeffress, à l'ambassade américaine de Jérusalem le 15 mai
Netanyahou ne se sent plus depuis que Trump vole à son secours et transfère son ambassade à Jérusalem : à l'occasion de l'inauguration de cette ambassade, il fait froidement tirer sur les manifestants palestiniens (plus de 100 en quelques semaines), et en toute impunité. Pourtant, Trump vise essentiellement des objectifs intérieurs, en faveur de son électorat et c'est en cela qu'il est un apprenti-sorcier ne cessant de jouer avec le feu.  Ayant un grand succès parmi les évangélistes américains, il a fait prononcer l'ouverture de l'inauguration par Robert Jeffress, un pasteur baptiste extrémiste qui prêche que les Juifs, les Hindouistes, les Musulmans, les Mormons iront tous brûler en enfer, et qui stigmatise les homosexuels. Quant à la fermeture, elle a été célébrée par un autre pasteur, tout autant extrémiste, qui prétend qu'Hitler était un demi-juif, que les sionistes auraient coopéré avec Hitler et profité de l'Holocauste pour créer Israël. Aujourd'hui, la Maison Blanche dit qu'elle ne sait pas bien qui a demandé à Jeffress, pasteur controversé mais fervent partisan de Trump, d'officier ainsi dans un lieu hyper-sécurisé et dans une cérémonie qui ne laisse rien au hasard ! En attendant, le communiqué outré de Pascal Bruckner tarde à venir.

La nouvelle garde
Comme souvent, sur Europe 1, le 13 mai au soir, trois commentateurs causent du mouvement des cheminots et des étudiants, très pro-Macron tout en regrettant son recul sur Notre-Dame des Landes, très anti-Insoumis : ils sévissent dans le PAF depuis des décennies. L’une est fanatiquement pro-Sarkozy, tendance unification LR-FN (collaborant sans réserve avec l’hebdo Valeurs actuelles, raciste et islamophobe). Ils défendent le nouveau monde "pragmatique", prétendent parler pour et en faveur de la jeunesse. Je ne voudrais pas être taxé de jeunisme ce qui serait quelque peu maso, mais la moyenne d’âge de nos compère et commères : 77 ans et demi.

Catherine Nay, Michèle Cotta, Charles Villeneuve Catherine Nay, Michèle Cotta, Charles Villeneuve

 

Indigne
"Pendant que la France est représentée à l'Eurovision par la chanson Mercy, encourageant l'immigration massive, un islamiste tue une personne et en blesse plusieurs à Paris. Ils sont prêts à sacrifier les peuples pour soulager leur bonne conscience de bobo!" a déclaré le sénateur du FN Stéphane Ravier. On peut aimer ou pas cette chanson, considérer qu’elle est marketing, exploitant un drame, jouant un peu trop facilement sur le prénom de l’enfant (Mercy, qui en anglais signifie "compassion" et non pas "merci"), mais les paroles ne prônent en aucune façon une immigration massive. Elles disent que Mercy, sauvée in extrémis, était le symbole de tous les enfants morts en mer. Relier ce propos fraternel à un assassin est totalement indigne : un élu de la République ne devrait jamais parler ainsi. Qu’il le fasse en dit long sur l’état de déliquescence de notre vie publique.

Voir article de HuffingtonPost : ici.

stephane-ravier

 

"Missing, porté disparu"

Une scène au début du film "Missing" [capture d'écran YF sur DVD] Une scène au début du film "Missing" [capture d'écran YF sur DVD]
Dimanche soir, une chaîne de télé (TMC Cinéma) projettait le film de Costa-Gavras Missing. Ce film, vu plusieurs fois, est bouleversant : comment un homme, plutôt de droite et favorable à Nixon, découvre peu à peu que son pays est trempé jusqu'au cou dans le coup d'État renversant Allende. On pouvait regretter que, comme souvent, la démonstration (efficace) de la barbarie fasciste, était vue du côté d'une victime américaine, alors que le spectateur français aurait très bien pu s'identifier à une victime chilienne, et, à travers elle, au peuple chilien. Mais cela reste un très bon film.
Occasion de me souvenir d' État de siège : en octobre 1973, un mois après le coup d'État de Pinochet, alors que nous n'étions que deux adhérents d'Amnesty International dans mon département (la Haute-Saône), j'avais récupéré les panneaux et les bobines au siège d'Amnesty à Paris et organisé, avec le soutien de la Fédération des Œuvres Laïques, une semaine contre la torture, avec projection du film de Costa-Gavras, tourné justement au Chili l'année précédant le putsch (prémonitoire puisqu'il montre comment la CIA conseillait les dictatures pour se débarrasser de leurs opposants).
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En revisionnant Missing, je constate un "détail" qui m'avait échappé auparavant : dans la rue, lors d'un contrôle, un soldat taille au sabre les pantalons des femmes, car désormais seules les robes sont autorisées. Comme quoi, les dictatures ont toujours imposé leurs normes en matière vestimentaire, robes, voiles (à porter ou à ne pas porter)… Dans le documentaire Jeux de Berlin diffusé sur Arte le 27 février dernier, on apprenait que, lors des Olympiades de 1936 dans la capitale du IIIème Reich, Hitler, qui avait fait effacer (provisoirement) les graffitis anti-Juifs, avait, également provisoirement, autorisé les Berlinoises… à porter des jupes avec un ourlet 5 cm plus court. Comme le diable, le fascisme se cache dans les détails.

Costa-Gavras sur le tournage de "Missing" [Universal] Costa-Gavras sur le tournage de "Missing" [Universal]

 

 

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Billet n° 395

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