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Billet de blog 16 nov. 2017

Affaire Hariri: Bernadette tremble

Saad Hariri, premier ministre du Liban démissionnaire, retenu en Arabie saoudite, est bizarrement invité à Paris par Emmanuel Macron. Qui c'est qui tremble ? Bernadette (Chirac) qui occupe gratuitement l'appartement des Hariri quai Voltaire depuis tant d'années. Va-t-elle être expulsée ? Et autres chroniques.

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Comme on le sait, le premier ministre libanais Saad Hariri a démissionné de ses fonctions. Il l'a fait lors d'un déplacement à Riyad, ce qui alimente évidemment les suspicions sur la pression du prince héritier saoudien MBS qui, par ailleurs, fait le ménage en arrêtant ses alter-égo corrompus. Hariri dit qu'il est libre de ses mouvements et de sa parole, sauf qu'il tremble peut-être pour sa grosse société de construction qu'il possède… justement en Arabie saoudite.
Mais là n'est pas mon propos. Depuis que Jacques Chirac est allé habiter ailleurs dans un appartement plus fonctionnel (après une hospitalisation à la Pitié-Salpêtrière), Bernadette Chirac est seule à vivre dans l'appartement que la famille Hariri lui prête à Paris quai Voltaire et qui coûte 10 000 euros par mois au milliardaire libanais, chiffre révélé par Le Canard en 2013 (si je calcule bien, soit 1,2 million d'euros de mai 2007 à ce jour). L'ancien président perçoit pourtant 30 000 euros de revenus. Lui-même est logé par un autre milliardaire François Pinault, rue de Tournon. Déjà, c'est étonnant que cela ne fasse pas plus scandale qu'un ancien chef d'État bénéficie de telles largesses de la part d'un homme politique d'un pays étranger ou d'une des plus grosses fortunes de France. Ensuite, la famille Hariri a été citée dans l'affaire Karachi, sur laquelle une enquête judiciaire cherche à déterminer ce qu'il en a été des oppositions entre le clan Chirac et le clan Balladur-Sarkozy, et de la récupération des rétro-commissions. Est-ce aujourd'hui la maladie de Jacques Chirac qui fait qu'une telle situation perdure sans faire de remous ? Et voilà qu'Emmanuel Macron invite ce premier ministre à venir en France, alors qu'il ferait mieux de se rendre à Beyrouth : surtout qu'à Paris, il risque bien de réclamer son appart ! Heureusement pour Bernadette, on est en période hivernale : pas d'expulsion avant mars.

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Mise à jour le 17 novembre : on a appris hier que Saad Hariri s'installerait dans l'appartement quai Voltaire qui a été prêté par sa riche famille libanaise à l'ancien président Chirac lorsque celui-ci a quitté l'Élysée. Bernadette Chirac, finalement, ne devra pas être expulsée, car elle a rejoint l'appartement rue de Tournon où s'est installé Jacques Chirac après sa sortie de l'hôpital, appartement là encore prêté par le milliardaire François Pinault, comme indiqué dans mon billet. Des gazettes avaient indiqué que Bernadette Chirac n'avait pas suivi l'ancien président et était restée dans l'appartement Hariri. Le livre du journaliste Arnaud Ardoin, sorti en librairie début octobre, et rapportant le témoignage de Daniel Le Conte, un très proche de Chirac, confirme que, si Bernadette Chirac s'est installée rue de Tournon, le couple vit quasiment séparés, à deux étages différents (Président, la nuit vient de tomber, Le mystère Chirac, Cherche midi). François Pinault, dont sa société Christie's vient de vendre un tableau plus ou moins attribué à Léonard de Vinci pour près d'un demi-milliard d'euros, ne risque pas de réclamer l'appartement de la rue de Tournon de si tôt.

La pauvreté c'est d'être peu endetté

Les cours d’Altice sont en forte baisse et Patrick Drahi (SFR...) a perdu en Bourse 6 milliards d’euros en quelques jours. Voir l’enquête de Benoît Collombat sur France Inter en septembre 2016 (ici). Le patron très endetté déclarait : "Je dors beaucoup plus facilement avec 50 milliards de dettes qu’avec les premiers 50 000 francs français de dette que j’ai contractés en 1991." Faut-il prendre ce propos comme une énorme provocation, ou comme un début de compréhension, de la part d’un hyper-friqué, qu’être endetté de 500 €, pour certains citoyens, c’est la grosse galère ? Pire que 50 000 francs, et bien pire que 50 milliards. Aveu en tout cas que ce monde de la Finance est virtuel, sans rapport avec la vie réelle,... mais qu’il sait empocher ses dividendes, royalties et autres prébendes.

Soutien aux sans-papiers


Le 7 novembre, avait lieu à Auch (Gers) le Cercle du silence mensuel en soutien aux sans-papiers, à l'appel de RESF (Réseau éducation sans frontière) : une vingtaine de personnes faisant silence durant une demi-heure sur la place de la Libération, entre mairie et préfecture. Des enseignants ont des enfants en classe, plein de dynamisme et d'envie d'apprendre, mais en larmes parce qu'ils savent que leurs parents et eux-mêmes vont être prochainement expulsés. Des actes de solidarité dans la discrétion ont lieu, y compris de la part d'élus qui pourtant ne peuvent pas tirer profit électoralement de cette attitude humaine (comme ce maire qui propose à une famille, pour le moment sans papiers, un hébergement dans le parc communal).

Cercle du silence à Auch, Gers [Photo YF]

Nombreux des réfugiés sont des Albanais, victimes dans leur pays du fameux kanun (1), code d'honneur qui peut être extrêmement violent. Si cette raison, bien réelle, est invoquée souvent sans preuves, dans certains cas des preuves existent, y compris avec coupures de la presse albanaise attestant des violences et exactions subies. Le malheur est de constater que quelques familles reproduisent ce kanun ici en France. Il y a une nécessité absolue de convaincre les exilés que les lois françaises s'appliquent et ne permettent pas la mise en œuvre de ce code coutumier ancestral dont la mise à l'écart des femmes (certaines ayant du mal à faire admettre aux maris leur droit à suivre des cours d'alphabétisation, par exemple).

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(1) voir Avril brisé, d'Ismail Kadaré.

Discrétion des médias nationaux

Le 19 mars 2015, Jacques Gasztowtt, éducateur spécialisé du Service Social de Protection de l’Enfance à Nantes, avait été tué lors d’une visite médiatisée par le père d’une enfant, qui avait également tenté d’assassiner la mère de l’enfant que l’éducateur avait voulu protéger. Le meurtrier a été condamné en septembre 2017 à 30 ans de réclusion criminelle.

Marina Fuseau

Marina Fuseau, éducatrice spécialisée, a été tuée de plusieurs coups de couteau dans un foyer éducatif de Poitiers où était accueillie, avec son enfant, la meurtrière qui redoutait une rencontre prochaine avec le juge des enfants. Il est vrai que les médias nationaux passent sous silence ces tragiques événements qui surviennent dans le secteur éducatif et social comme s’ils considéraient que cela relève des risques du métier et que la situation perturbée des meurtriers rendait difficile une couverture médiatique !

. Voir billet de Didier Dubasque sur son blog Ecrire pour et sur le travail social : ici.

. Article dans Centre Presse : ici.

La fin du malheur, la fin du bonheur

Dessin de Bonhomme paru dans "Le Monde"

Un homme de 80 ans a étouffé son épouse atteinte de la maladie d'Alzheimer, qu'il prenait en charge depuis des années, à tous les instants, alors même qu'elle ne cessait de le rabrouer. Il a été jugé par la cour d'assises de Grenoble : Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde en rend compte dans un compte-rendu bouleversant dans le quotidien daté du 5/6 novembre. Après avoir laissé ce message à son fil ("J'ai tué maman, j'en peux plus. Pardon à tous, je vous ai fait de la peine. C'était la seule issue."), il s'est tailladé les veines des avant-bras et s'est coupé à la gorge. Il avait laissé en évidence les contrats d'obsèques, il demandait que seule la famille soit présente aux funérailles. Mais il a survécu. A la barre, il dit : "Ce qui s'est passé, je ne peux pas l'expliquer. C'était la fin du malheur, la fin du bonheur".
Elle avait été dactylo, lui ouvrier. En termes simples, il explique qu'il promenait sa femme tous les jours pour la conduire dans le square proche. Au retour à la maison, ils se changeaient : "parce qu'à la maison on mettait toujours des vêtements usagés". Les voisins ne se rendaient pas compte du calvaire qu'il subissait. Le fils ne savait pas comment décider de l'entrée de sa mère en Ehpad. L'homme a été condamné à 5 ans de prison avec sursis. Ainsi se résume une histoire individuelle tellement douloureuse, mais qui n'est que la partie émergée de tant de souffrances, pour les malades, pour les proches et pour les aidants, et leur solitude dans une société qui s'emploie plutôt à dissimuler cette réalité intime et sociale qui ne fait que s'aggraver.

. Voir article du Monde : Hubert, 80 ans : j'ai tué maman, j'en peux plus

Les procureurs de l'assistanat

Le Monde a publié le 26 octobre un dossier intitulé Pauvres de nous, avec un très long article sur les procureurs de l'assistanat ainsi que sur la pauvreté aux USA (Assistanat : 'la reine des allocs' est américaine). L'article, qui fait l'historique de ce préjugé, au final, vise essentiellement Laurent Wauquiez et n'évoque pas le Front National, qui ne s'est pas privé récemment encore de stigmatiser les "assistés" mais a, sur ce sujet, pour le moment en tout cas, levé le pied, préférant cibler les migrants et les réfugiés. L'article se conclut sur le fait, selon Patrick Savidan, philosophe, [président de l'Observatoire des inégalités], que les vrais assistés, c'est-à-dire ceux qui vivent massivement des subsides de l'État ce sont des privilégiés captant des subsides publics et bénéficiant de bien plus d'avantages que ne peuvent en obtenir les plus pauvres. On ne rappellera jamais assez, effectivement, que les 10 milliards d'euros du RSA (servi à plus de 2 millions de foyers), si c'est une somme importante, elle est bien inférieure à celle consacrée par l'État aux plus riches (en exonérations diverses, crédits d'impôts, en investissements publics, en dépenses pour les études longues de leurs enfants, etc…). Rien que la réforme de l'ISF rapportera 3,2 milliards d'euros à 150 000 contribuables : soit la somme nécessaire pour indemniser 700 000 "bénéficiaires" du RSA, le tiers d'entre eux, victimes d'une économie libérale qui ne réussit pas à leur donner du travail.  
. Les procureurs de l'assistanat

. articles complets sur mon Drive pour ceux qui n'ont pas accès au texte intégral sur "Le Monde" : http://bit.ly/2yY4v7I

illustration parue dans "Le Monde"

. Ces petites chroniques sont parues pour la plupart dans cette version ou une version légèrement différente sur mon compte Facebook.

Billet n° 355

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  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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