Manuel Valls généreux pour les minima sociaux ?

  Evidemment c’est ce que certains retiendront : le premier ministre lance un plan d’austérité qui ne dit pas son nom, qui s’en prend aux prestations sociales et aux fonctionnaires, ce qui réjouit les « experts » qui pérorent depuis si longtemps pour obtenir de telles mesures, mais il ménage les minima sociaux puisqu’ils seront revalorisés eux, à la différence des prestations familiales et des retraites, pour tenir compte de l’inflation.

  

Evidemment c’est ce que certains retiendront : le premier ministre lance un plan d’austérité qui ne dit pas son nom, qui s’en prend aux prestations sociales et aux fonctionnaires, ce qui réjouit les « experts » qui pérorent depuis si longtemps pour obtenir de telles mesures, mais il ménage les minima sociaux puisqu’ils seront revalorisés eux, à la différence des prestations familiales et des retraites, pour tenir compte de l’inflation.

 

Sûr que les internautes et les quelques politiques qui délirent sur les « assistés » vont se plaindre de cette faveur accordée aux « bénéficiaires » du RSA, de l’Allocation d’adulte handicapé (AAH), de l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) et du minimum vieillesse. Et pourtant, le RSA devait progresser un peu plus vite, compte tenu du retard qu’il a pris dans son rapport au Smic (n’en déplaise à ceux qui prétendent que cet écart est trop faible) : en effet, la conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale de décembre 2012 avait été suivie d’un Plan gouvernemental le 24 janvier 2013 qui faisait en sorte que, hors inflation, le RSA augmenterait de 10 % à la fin du quinquennat. C’était déjà très peu puisque le rattrapage souhaité par les spécialistes réunis lors de la conférence avait été fixé au moins à 17 %. Et Manuel Valls annule ce rattrapage, en tout cas le reporte d’un an. Ce qui laisse craindre qu’il tombe dans les oubliettes.

 

Comme l’écrit Laurent Mauduit sur Mediapart, ce plan d’austérité a la triple caractéristique d’être « économiquement dangereux, socialement injuste et démocratiquement illégitime ».

 

La perte de pouvoir d’achat aura pour effet d’accroître la récession, alors que la France pouvait espérer en sortir, comme d’autres pays européens. La France s’astreint, sous pression de la Commission européenne, à ce chiffre de 3 % du PIB pour le déficit budgétaire, arrêté à Maëstricht à une époque où la croissance était de 3 % par an. Et les mesures qu’elle prend, après avoir déjà accablé d’impôts même les ménages modestes (malgré les promesses de ne pas le faire), touchent encore socialement les classes populaires et les classes moyennes modestes.

 

On feint de croire qu’il s’agit d’un retournement : mais si l’on relit les déclarations de François Hollande à la Maison des… Métallos (à noter qu’il y en avait très peu dans la salle), le 26 janvier 2012, quelques jours après le discours du Bourget plus à gauche, contrairement à ce que disent les « experts » qui prétendent qu’il n’avait pas vu l’ampleur de la crise, il insiste sur la « lucidité » (terme que reprend aujourd’hui Manuel Valls) pour décrire un état de la France particulièrement inquiétant. Il en appelle à « faire un effort » pour atteindre 3 % de déficit fin 2013, et 0 fin 2017. Ce qui le conduit à développer tout un propos sur la question de la compétitivité et il parle déjà d’un « pacte productif », avec un soutien aux entreprises les plus exposées à la concurrence. Il s’interroge sur la manière de résoudre cette question de la compétitivité, se demande si ce doit être en baissant le coût du travail. Il retient le principe d’aides publiques conditionnées par la localisation des emplois et une nouvelle fiscalité des entreprises.

 

Solidarité, que de crimes…

 

Les questions de « justice sociale » ne venaient qu’en fin de discours : en plafonnant les salaires des PDG du secteur public (très bien), en s’assurant que les ménages avec 7 Smic ne soient pas touchés par la réduction du quotient familial par exemple. Il dit vouloir rassurer les classes moyennes, qui auraient été ponctionnées sous le pouvoir précédent. Toutes les mesures prises leur seront favorables : par contre, elles seront plus sévères à l’égard de ceux « qui ont beaucoup reçu de largesses fiscales, qui ont les plus hauts patrimoines, les revenus les plus importants, et qui doivent faire l’effort de solidarité ». Mais il n’exprime pas grand-chose pour les plus démunis, rien sur les minima sociaux.

 

Il voulait réduire les déficits de 29 milliards en supprimant des niches fiscales : 17 à la charge des entreprises, 11,8 à la charge des « ménages les plus favorisés ». 11 milliards, c’est exactement le montant des mesures prises hier pour ponctionner les prestations sociales !

 

Et Manuel Valls sur France 2, le 16 avril, pour faire passer cette politique néo-libérale, non seulement parle abusivement d’un « pacte de responsabilité et de solidarité » (solidarité, que de crimes commis en ton nom), mais encore se permet de dire que l’État « ne peut fonctionner à découvert » : et d’ajouter qu’ « une famille peut le comprendre ». Cet argument est une reprise détestable de propos tenus par tant d’économistes ultra-libéraux (les Jean-Marc Daniel, Michel Godet, Philippe Dessertine et autres Ghislaine Ottenheimer) et d’internautes simplistes qui croient qu’un État se gère comme une famille et qui assènent à chaque déclaration qu’on ne peut dépenser plus que ce que l’on gagne. Propos démagogique, simpliste et même ridicule puisque beaucoup de foyers sont bien endettés au-delà de ce qu’ils gagnent. Bref, la dette n’est sûrement pas une bonne chose, mais le drame est qu’elle est instrumentalisée pour faire passer des restrictions sur les droits sociaux au profit d’une caste dont tous les indicateurs nous montrent qu’elle s’en tire très bien dans ce contexte de crise qu’elle a elle-même provoquée.

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« Je ne promets que ce que je suis capable de tenir. Pas moins, pas plus. Tout ce qui est dit sera fait (…) sans que j’ai à devenir un Président demandant aux Français de me comprendre parce que j’aurais à changer… de politique, ou parce que la conjoncture aura changé ». François Hollande à la Maison des Métallos à Paris le 26 janvier 2012, France InfoTV [capture d’écran]

 AJOUT : Le Collectif Alerte, qui regroupe 38 associations et fédérations qui luttent contre la pauvreté et l'exclusion, a publié le 17 avril un communiqué reprochant au gouvernement de vouloir faire des économies "sur le dos de ceux qui n'ont déjà rien". Voir : http://www.alerte-exclusions.fr/

Smic : à noter que Laurent Wauquiez s’est insurgé contre un Smic minoré prôné par le patron du Medef (accusé de vouloir faire de l’« esclavagisme » par Laurence Parizot qui n’y va pas de main morte). Même si c’est pour creuser l’écart entre « les revenus de l’assistance et les salaires », le dada du maire du Puy-en-Velay, cela méritait cependant d’être relevé. De même que, interpellé par un auditeur sur France inter le 16 avril, le député de Haute-Loire a fait son mea culpa sur son attitude totalement déplacée lors du discours de Manuel Valls à l'Assemblée (voir mon articulet sur le sujet dans mon billet précédent). Il a déclaré que "l'auditeur avait raison" de lui faire ce reproche, qu'il n'aurait pas du se comporter ainsi. Dont acte.

 

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique]


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