Référendum sur les aides sociales : programme infâme

A la veille de la journée mondiale de la misère, Nicolas Sarkozy s’est une nouvelle fois fait applaudir en annonçant son projet de référendum sur l’attribution des aides sociales. Cette annonce est passée quelque peu inaperçue, tout au plus s’est-on étonné de cette kyrielle de référendums qu’il envisage. Sans s’interroger sur le caractère populiste et franchement anti-démocratique d’une telle consultation.

A la veille de la journée mondiale de la misère, Nicolas Sarkozy s’est une nouvelle fois fait applaudir en annonçant son projet de référendum sur l’attribution des aides sociales. Cette annonce est passée quelque peu inaperçue, tout au plus s’est-on étonné de cette kyrielle de référendums qu’il envisage. Sans s’interroger sur le caractère populiste et franchement anti-démocratique d’une telle consultation.

 

Le 17 octobre est la journée mondiale de la misère : alors que les associations qui luttent en France auprès des personnes les plus démunies sont mobilisées pour faire reconnaître leurs conditions de vie au quotidien, Nicolas Sarkozy proclame le 15 octobre, à Saint-Cyr-sur-Loire, qu’il fera procéder, sous entendu quand il sera à nouveau président de la République, à plusieurs référendums, dont un proposant que « les allocations sociales soient fournies en échange d’une activité minimum ». Tonnerre d’applaudissements. Passons sur le fait que formulée ainsi, la proposition n’est plus une question de référendum, mais carrément une affirmation.

 

Cet effet de manche est pure démagogie : j’ai souvent évoquer sur ce blog ce que cette injonction (de Laurent Wauquiez ou de Nicolas Sarkozy, avant 2012) avait d’hypocrite. En effet, la loi sur le RMI a dès 1988 prévu une « contrepartie », un contrat d’insertion, prévoyant l’engagement dela personne. Lorsquedes dispositifs spécifiques (formation, activités diverses) ont été mis en place dans les départements, ces engagements ont du sens. Bien sûr que la situation de certains bénéficiaires, très éloignés de l’emploi, et tout simplement la situation de basses eaux de l’emploi ne permettent pas de faire des miracles.

 DSCN9271.JPG [Ph. YF]

Quant au RSA, il a été voté sous le règne de Nicolas Sarkozy. Il avait tout le temps de réfléchir à la question et toute latitude pour l’aménager à sa convenance. S’il ne l’a pas fait c’est qu’il sait qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigt pour que les emplois soient là et qu’on y affecte ceux qui perçoivent le RSA. D’ailleurs, s’il y a vraiment des emplois pour les gens au RSA, il suffit de leur les fournir, sans avoir besoin de continuer à leur verser le RSA. Rappelons que Laurent Wauquiez (révélation faire par Martin Hirsch) militait à l’époque pour que les bénéficiaires du RSA ne s’inscrivent surtout pas à l’ANPE (et donc ne retrouvent pas d’emploi en priorité), pour que les chiffres du chômage ne progressent pas trop.

 

Coupables d’être pauvres

Les études récentes sur l’état d’esprit des Français montrent une montée rapide d’une opinion opposée aux plus démunis, qui percevraient des allocations bien suffisantes qui, en réalité, les inciteraient à ne pas chercher du travail. Tout le monde ou presque s’accorde pourtant pour dire qu’il y a une crise terrible (économique, financière), tout le monde ou presque gémit sur la montée continue du chômage, mais il n’empêche ici ou là on ne craint pas d’affirmer que ceux qui sont exclus des allocations chômage, et n’ont plus que des allocations de survie, seraient coupables de leur situation. La démocratie ce n’est pas de demander au peuple de dire s’il est d’accord ou non de permettre à ceux qui n’ont rien de bénéficier de la solidarité nationale : quand on n’a pas d’emploi, disposer de « moyens convenables d’existence » assurés par les pouvoirs publics, c’estla Constitution. D’ailleurs, pour le moment les moyens d’existence ne sont même pas convenables (le RSA n’assure qu’un revenu total, pour une personne seule, de 448 € par mois). Ne nous trompons pas : cette idée d’activité obligatoire pour tous, est irréalisable. L'annonce du référendum est là soit pour amuser la galerie, soit pour remettre carrément en cause des pans entiers de l’aide sociale.

 

Qu’un nombre de plus en plus grand de Français éprouve la crainte de déchoir, de rejoindre peut-être un jour cette foule silencieuse qui vivote, qu’ils puissent, en exutoire, reprocher, de façon irrationnelle, à ceux que la crise a rejetés en premier, d’avoir « choisi » délibérément d’en être là, c’est une chose. Mais que des hommes politiques, aspirant aux plus hautes fonctions de l’État, puissent  afficher un tel mépris à l’encontre des plus pauvres, qui subissent une politique qui, en aucune façon ne peut leur être imputée, est proprement inadmissible. Si en plus, on propose un référendum sur le sujet, c’est le summum de l’odieux en politique. Ce qui est étrange c’est que les médias ont été très discrets sur le sujet. Comme si une telle proposition était comparable à celle qui consiste à interroger le peuple pour savoir s’il souhaite ou non la fusion entre les départements et les régions !

 DSCN1824_0.JPG  [Ph. YF]

Billet n°153

Billets récemment mis en ligne sur Social en question :

Prix Nobel : Economie de bouts de chandelle

Exigeons des allocs dès le premier enfant

Mort de Marina : l'exploitation de la tragédie

Sarkozy désigne les coupables

Propagande efficace contre la solidarité

 

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

 

 

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