RSA en hausse et mendiants à la rue

Social en vrac n°29 : Ce n’est pas le RSA qui est élevé mais le nombre de bénéficiaires contraints à y avoir recours. Les arrêtés anti-mendicité prolifèrent avec les nouveaux maires qui préfèrent exclure davantage plutôt que s’attaquer aux vrais problèmes et respecter la loi qui incite à aider et à accompagner ceux qui n’accèdent pas aux droits fondamentaux.

Social en vrac n°29 : Ce n’est pas le RSA qui est élevé mais le nombre de bénéficiaires contraints à y avoir recours. Les arrêtés anti-mendicité prolifèrent avec les nouveaux maires qui préfèrent exclure davantage plutôt que s’attaquer aux vrais problèmes et respecter la loi qui incite à aider et à accompagner ceux qui n’accèdent pas aux droits fondamentaux.

 

Les chiffres du RSA

 Diverses radios, y compris publiques, ont dans leurs flashs info le 17 juin, annoncé que le RSA est en hausse, et que les dépenses sociales des départements, dont RSA, atteignent 33 milliards d’euros. Utilisant les chiffres publiés par l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (ODAS), ces radios évitaient d’être plus précises et laissaient penser à l’auditeur que cette somme (33,6 Mds en réalité, dont 25,8 à la charge directe des Départements) était constituée, pour l’essentiel, des dépenses du RSA. On imagine qu’une telle présentation comble d’aise ceux qui sont convaincus que l’on dépense trop pour « ces gens-là ».

Or le montant total de la dépense publique départementale pour le RSA socle s’élève à 8,2 Mds d’euros. Les autres dépenses sociales sont : la protection de l’enfance, les personnes âgées et handicapées dépendantes et autres aides sociales. Comment l’auditeur peu informé comprendra-t-il que la dépendance coûte aux départements 15,1 milliards d’euros ? Soit près de deux fois le RSA. Et la protection de l’enfance 7 milliards, presque autant que le RSA ?

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 Odas : http://odas.net/IMG/pdf/enquete_financemet_de_l_action_social_-_odas_-_juin_2014.pdf

Ce document de 22 pages, très lisible, indique que le nombre de bénéficiaires du RSA est de 1,6 million (y compris ex-bénéficiaires de l’allocation de parent isolé), celui des personnes âgées et handicapés dépendantes est de 1,7 million, et celui des enfants protégés, à domicile ou en placement en famille d’accueil ou en établissement, de 300 000. Le coût de l’ensemble du personnel du secteur social des départements est de 3,3 Mds, soit 10 % de la dépense sociale totale. Difficile de faire des comparaisons, mais ce ratio paraît plutôt correct : là encore, les détracteurs du service public d’action sociale, qui lui reprochent de consacrer la moitié des budgets aux salaires des fonctionnaires, prennent leurs obsessions pour des réalités.

 

Les chiffres des jeux de hasard

En 2013, les Français ont dépensé 8,99 milliards d’euros dans les points de vente du PMU (Le Monde des 15 et16 juin). Martin Hirsch, dans Cela devient cher d’être pauvre, indiquait qu’en 2012, les Français ont joué « une somme folle » dans les jeux de hasard : 37 milliards d’euros. Il commentait : « c’est plus que l’ensemble du montant du RSA, de la prime pour l’emploi et des aides au logement ». Somme en constante et rapide progression : en 2009, le montant total engagé était de 21 milliards. Il notait que cela avait un rapport avec la pauvreté car « les pauvres sont ceux qui jouent le plus, qui dépensent le plus ». Il citait une étude de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies selon laquelle 78 % des joueurs excessifs ont un revenu inférieur à 1100 euros par mois. Ainsi, la moitié des Français adultes jouent en moyenne pour une mise de 1000 euros annuels.

 

Les chiffres pour l’alimentation des chiens et des chats

Le marché de l’alimentation des animaux de compagnie, le « pet food » pour utiliser le terme, très délicat, des spécialistes, représente 3 milliards d’euros par an. Si on rajoute les dépenses d’hygiène, de soins et d’accessoires, la dépense moyenne pour un chien c’est 800 € et pour un chat 600 €, soit un montant total de 4,2 milliards par an. Pour leurs amis les bêtes, les Français dépensent ainsi en deux ans l'équivalent du budget total que les Départements consacrent chaque année au RSA !

  


DSCN9260.JPG Au mois de mai, à Saint-Etienne [Ph. YF]

Les mendiants à la rue

Steeve Briois, maire Front national de Hénin-Beaumont, a pris un arrêté anti-mendicité, prétextant une pétition de commerçants.

A Périgueux, le maire UMP Antoine Audi a décidé à la mi-mai d’interdire la mendicité dans les zones touristiques sous peine d’une amende de 38 €, invoquant le fait que le Centre communal d’action sociale (CCAS) dispose de 614 000 euros pour venir en aide aux plus démunis. Un Collectif citoyen s’est mobilisé pour contester cette interdiction.

Déjà, le nouveau maire UMP d’Aulnay-sous-Bois, l’ancien policier Bruno Beschizza, avait pris, fin avril, un arrêté interdisant la mendicité dans sa ville. Son arrêté, pour l’été, évoque un nombre grandissant de personnes mendiant « parfois de manière agressive ou avec enfants ».

L’an dernier, c’est Lourdes qui avait interdit de faire la manche dans la zone des sanctuaires. Pourtant, on pouvait imaginer qu’entre pèlerins et mendiants, Dieu saurait reconnaître les siens.

Les mairies de Nice et de Montpellier ont légiféré contre les mendiants depuis longtemps. A Chartres, cela fait déjà six ans qu’un arrêté a tenté d’interdire les mendiants, en vain : il n’est pas appliqué.

 

La mairie de Marseille avait en 2011 publié un arrêté interdisant la mendicité dans une bonne partie du centre ville : le maire avait eu le tact de prendre cet arrêté le 17 octobre, journée internationale de refus de la misère. Bonne mère, il fallait bien imiter le préfet de Paris qui, sur ordre de Claude Guéant, avait pris une telle décision quelques semaines auparavant, comme à Nogent-sur-marne (Val-de-Marne) et à La Madeleine (Nord). Marseille prétendait vouloir non pas lutter contre les mendiants, mais contre les vagabonds.

 

Or le délit de vagabondage est sorti du Code pénal depuis 1994. Avant cette date, toute personne qui mendiait dans la ville où il y avait un « dépôt de mendicité » risquait la prison et, à la sortie, le dépôt de mendicité. Mais cette répression était caduque depuis belle lurette. Cependant, les maires ont des pouvoirs pour « assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ». C’est à ce titre que certains estiment avoir le droit de réglementer la mendicité sur leur territoire.

 

Bien sûr, il ne s’agit pas de fermer les yeux devant cette misère qui s’expose, parfois ostensiblement comme ce mendiant qui, chaque hiver, aux Halles à Paris, par un froid glacial, à moitié nu, montrait sa difformité. Le passant, dans ce cas, comme dans d’autres, a le sentiment d'être en situation de non-assistance à personne en danger. On ne peut tolérer que des mendiants soient parfois agressifs, ou ivres, ou laissent divaguer des chiens, ou attirent la pitié avec des enfants en bas âge  pour faire l’aumône : mais ce sont là des délits déjà prévus pas la loi, sans qu’il soit besoin de rajouter un arrêté spécifique.

 Reims_anti-mendicite.jpg 1er juin à Reims [site de l'Union L'Ardennais]

Début juin, suite à l’arrêté du maire de Reims interdisant la « station assise, hors des terrasses des cafés », un collectif citoyen s’est mobilisé pour le dénoncer avec des slogans qui font mouche : « l’arrêté anti-mendicité, on s’assoit dessus », « aidez plutôt les gens à tenir debout ».

 

Les arrêtés anti-mendicité stigmatisent une population en réelle galère. Les combattre ne signifie pas qu’il faille se satisfaire d’une situation d’indignité, de souffrance, de misère. Une société qui va bien n’a guère de mendiants, à part quelques clochards. Si nos villes comptent de plus en plus de gens à la rue c’est globalement révélateur de la crise financière et économique dans laquelle nous sommes enkystés. Evidemment, ce sont des histoires individuelles bien diverses, mais se contenter de n’y voir que le parcours d’une personne c’est volontairement s’aveugler sur les causes sociales des inégalités.

 

Les maires respectables sont ceux qui, bien que ce ne soit pas rentable sur le plan électoral, ont pris des mesures pour aider les routards à se poser, à se mettre à l’abri, qui ont engagé des actions pour aider ces gens à accéder à un logement. Qui ont soutenu des associations qui agissent avec constance en faveur de la réinsertion. Les actions honorables sont celles qui consistent à faire la maraude, à rendre visite hiver comme été à ces gens qui ne vivent pas dans des conditions décentes. Chaque jour, des pompiers, des policiers, des personnels de santé, des travailleurs sociaux, des associations, de simples citoyens sont amenés à intervenir, à des degrés divers, auprès de SDF dans la rue. En général, dans un réel respect à leur égard. On peut souhaiter que davantage de mesures soient prises, que des équipes professionnelles effectuent un véritable travail de rencontre et d’accompagnement auprès de ces populations, comme cela existe en bien des villes. Et que les expériences soient disséminées sur le territoire.

 

Les édiles qui, trahissant leur mission de service public, s’en prennent ainsi aux parias de nos sociétés, sont indignes de leur fonction. Et ils violent la Constitution, qui a trouvé son extension dans le Code de l’action sociale et des familles par ce texte à afficher partout (article L.115-1) :

 

« La lutte contre la pauvreté et les exclusions est un impératif national fondé sur le respect de l'égale dignité de tous les êtres humains et une priorité de l'ensemble des politiques publiques de la nation.

« Elle tend à garantir sur l'ensemble du territoire l'accès effectif de tous aux droits fondamentaux dans les domaines de l'emploi, du logement, de la protection de la santé, de la justice, de l'éducation, de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de l'enfance.

« L'Etat, les collectivités territoriales, les établissements publics dont les centres communaux et intercommunaux d'action sociale, les organismes de sécurité sociale ainsi que les institutions sociales et médico-sociales poursuivent une politique destinée à connaître, à prévenir et à supprimer toutes les situations pouvant engendrer la pauvreté et les exclusions. »

 

Pour ce faire, ces institutions, y compris donc les maires, doivent prendre les dispositions nécessaires pour informer chacun de ses droits et pour l’aider, éventuellement, par un accompagnement personnalisé à accomplir les démarches administratives ou sociales pour mettre en œuvre ces droits.

 

Comme disent les manifestants de Reims : s’attaquer à la pauvreté ce n’est pas s’attaquer aux pauvres.

 DSCN7392.JPG [Ph.YF]


Billet « censuré »

J’ai du censurer le billet n° 122 intitulé Que faire des corrompus ? (1) suite à l’intervention de Me Cornut-Gentille, en défense d’Alexandre Djouhri qui s’estime injurié par mes propos (qui ne font que reprendre ce que livres et médias ont publié).

(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/140614/que-faire-des-corrompus

 

 

Billet n°124

 

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

 

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

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