Pour une transparence absolue de la vie publique

Henri Guaino proclame à qui veut l’entendre qu’il est mal payé : député, il ne percevrait que 5200 € net d’« indemnité », dit-il. Sans pudeur, il précise : « nous sommes mal payés, nous travaillons dans des conditions qui ne sont pas bonnes et le climat est délétère pour les élus »

Henri Guaino proclame à qui veut l’entendre qu’il est mal payé : député, il ne percevrait que 5200 € net d’« indemnité », dit-il. Sans pudeur, il précise : « nous sommes mal payés, nous travaillons dans des conditions qui ne sont pas bonnes et le climat est délétère pour les élus » (Le Parisien). Sur Itélé, il ajoute, tout de même, qu’il ne se sent pas « moins loti qu’un ouvrier ou qu’un chômeur ». Il passe sous silence l’indemnité représentative de frais de mandat qui s’élève à la bagatelle de 6 209 euros par mois, son argent de poche sans doute. Pourtant cette indemnité, peu contrôlée, est utilisée par le député comme bon lui semble pour toutes ses dépenses de représentation (vêtements, restaurants, frais de bureau).

 

Comment un homme qui n’a cessé de jouer les vierges effarouchées dès que l’on osait s’en prendre à ses valeurs morales peut-il afficher ainsi un tel cynisme ? Comment une démocratie peut-elle admettre qu’un homme qui rédigeait quelques discours pour Nicolas Sarkozy et peut-être le conseillait de temps en temps a pu toucher 290 368,93 euros par an, soit 24 000 euros par mois à l’époque, selon Le Canard enchaîné du 2 décembre 2009, jamais démenti (dont 132.856,93 euros en tant que conseiller maître de la Cour des comptes) ? Le conseiller particulier s’était contenté de dénoncer une « transparence totalitaire », sans s’expliquer sur cet emploi fictif (puisqu’il ne travaillait plus à la Cour des comptes, lui qui n’a de cesse de vilipender la « fraude sociale »).

 

Si beaucoup de postes du privé ou du public relèvent de statuts bien précis et donc font l’objet de rémunérations bien connues, trop d’emplois, y compris dans le secteur public, bénéficient d’un secret dissimulant tous les abus possibles. Des conseillers, des chefs ou directeurs de cabinet dans les ministères, dans certaines collectivités locales, se voient attribuer des indemnités exorbitantes (se faisant parfois même payer des heures supplémentaires), sans rapport avec leurs compétences et sans aucun contrôle démocratique.

 

La loi définitivement adoptée le 17 septembre sur la transparence de la vie publique (suite à l’affaire Cahuzac), bien écornée par les députés qui réfrénaient les possibilités de contrôle de leur patrimoine, est nettement insuffisante. Il aurait fallu qu’elle concerne tous les postes de conseillers et membres de cabinet (y compris dans les collectivités territoriales), c’est-à-dire tous les postes dont la rémunération n’est pas clairement établie par un statut, non pas pour connaître leur patrimoine, mais pour rendre public le montant de leur rémunération (le secret actuel, favorisant les dérapages, alimente toutes les suspicions, au détriment de ceux qui sont rémunérés de façon raisonnable, conformément à leur activité, à leur compétence et à leur engagement).

 

Cette transparence absolue serait normale dans un état démocratique, afin de contribuer à rétablir (un peu) l’équilibre du plateau de la justice.

DSCN6578.JPG[Photo YF]

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