L'État humilié

En humiliant publiquement des policiers à Toulouse en 2003 pratiquant officiellement la police de proximité, Nicolas Sarkozy, en tant qu'homme politique de premier plan, qui parallèlement défiait ouvertement sans cesse le chef de l'État, a gravement contribué à instaurer un climat politique délétère dans notre pays.

sarko-policiers-tlse

Avec le débat actuel sur la police de proximité, ressortent de derrière les fagots ces images indignes d'un ministre de l'intérieur qui humilie ostensiblement des gradés de la police. Il leur dit du haut de sa superbe : "Le travail de prévention que vous faites est très utile, mais vous n'êtes pas des travailleurs sociaux. Organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c’est bien, mais c’est pas la mission première de la police."

Ces policiers appliquaient à Toulouse tout simplement la politique policière en vigueur (instaurée sous Lionel Jospin). Ce ministre de l'intérieur aurait pu livrer de façon discrète ce qu'il attendait des policiers (les résultats, face à la délinquance, étaient mauvais, dit-on). Non, il a choisi de les humilier devant caméra. Je me souviens très bien de ces images vues en presque direct en février 2003 (je travaillais à l'époque à Toulouse) : sans compassion particulière pour les policiers en général, j'avais tout de même ressenti qu'il y avait là une atteinte gravissime à l'autorité de l'État qui ne pouvait que contribuer à renforcer l'ambiance délétère de la politique en France (moins d'un an après la présence d'un Le Pen au deuxième tour de la Présidentielle). Lui qui, par ailleurs, défiait en permanence Jacques Chirac au vu et au su de tout le monde, karchérisant en quelque sorte "la hiérarchie des normes". La seule morale de cette histoire est que le policier aux cheveux blancs, Jean-Pierre Havrin, ne s'est pas laissé démonter et a fait un parcours politique honorable, à cent lieues du cynisme de celui qui avait cherché à l'abaisser.

Et ce ministre devint lui-même Président de la République plus tard. Coïncidence de l'actualité, c'est au moment où ce comportement fautif refait surface, que Karl Laske et Fabrice Arfi, journalistes à Mediapart, sortent un livre (Avec les compliments du Guide, chez Fayard) qui démontent et démontrent les frasques de l'ancien patron de la droite et son implication dans le scandale d'État que constitue le financement de sa campagne 2007 par Kadhafi ! Une honte de plus pour notre pays.

. A noter qu'Emmanuel Macron le 18 octobre, devant un parterre de policiers gradés, a défendu sa "police de sécurité du quotidien" (il ne faut surtout pas dire : de proximité) en mettant en garde : non, il ne s'agit pas pour ces policiers de jouer au foot avec les jeunes de banlieues. En somme, Macron et Sarkozy s'accordent sur presque tout, y compris sur le fait que les flics ne doivent pas jouer au ballon mais seulement y précipiter les délinquants.

Solidarité, que de crimes…

[Photo YF] [Photo YF]
Bon, avec ce titre, j'exagère un peu, mais j'avais fait un jour la recension du terme solidarité (dans PACS, ISF, RSA, FSL, loi SRU…). Voilà que la loi de finance 2018 crée la RLS : réduction de loyer solidarité. Car les APL ne seront pas seulement réduite de 5 € pour les allocataires, mais les organismes d'HLM, en fonction des ressources de leurs locataires (en dessous de 1294 € de ressources mensuelles pour une personne seule, 1559 € pour un couple), devront réduire de 50 € le montant du loyer mensuel, et l'APL sera réduite de presque autant (de 90 à 98%), soit de 45 à 49 € (sans doute afin que, pour ces publics les moins fortunés, la suppression individuelle de 5 € soit en totalité ou en partie réduite). Ce que j'avais appris de bonne source c'est que les 50 € mensuels de réduction des loyers imposée aux HLM tient compte de la composition des foyers. Tandis que tous les médias parlaient seulement de 50 € mensuels, les gestionnaires des organismes concernés savaient ce que la loi de finances recélait : ce sera 61 € de réduction pour un couple, 69 € pour une personne isolée, + 10 € par personne à charge supplémentaire. C'est ainsi qu'on arrive à une ponction de 1,7 milliard sur les organismes d'HLM en 2018 (3,2 Mds en 2019), qui ne pourront plus assurer l'entretien, les rénovations nécessaires, ni lancer les opérations de constructions prévues (sans parler de la menace sur l'emploi dans le bâtiment).  Emmanuel Macron a accusé dimanche, sur TF1, les HLM d'avoir des réserves : certes, elles sont d'un montant élevé (7 Mds€) mais, jusqu'à preuve du contraire, elles servent à rénover, entretenir et construire. L'effet attendu : l'entretien sera moins assuré et les HLM chercheront à privilégier des locataires sans APL ! À noter que ces mesures drastiques pour réduire les loyers ne s'appliquent pas au secteur privé.

Tourisme à Barcelone
France 2 s'interrogeait hier (18 octobre) sur la baisse du tourisme à Barcelone, et en particulier sur les Ramblas : en gros, ce serait dû au contexte politique, le bras de fer qui oppose les indépendantistes à Madrid ; à moins que ce ne soit tout simplement la fin de la saison. Hôteliers et touristes confortent ce point de vue. Étrange : pas un seul mot sur l'attentat meurtrier qui a eu lieu justement sur les Ramblas il y a tout juste deux mois (le 17 août). 14 morts oubliés ? (30 blessés français dont cinq gravement). Le temps fuit, et nous entraîne avec lui.

Les Ramblas, Barcelone Les Ramblas, Barcelone

La royaliste et l'assistante sociale

Un régal. Au moment où Christine Boutin s'est rappelée à notre bon souvenir en tweetant un hommage à Marie-Antoinette guillotinée un 16 octobre, Guillaume Meurice rencontre, lors d'une messe en l'honneur de la Reine, une royaliste qui se rappelle avec émotion du Roi qui, en chaussures en satin, faisait preuve de charité en se rendant dans les masures des pauvres gens. Elle dit : "c'est pas comme l'assistante sociale qui vous fait remplir dix mille dossiers" ! Rires assurés.

Je suis royaliste - Le Moment Meurice © France Inter

Les bâillonnés !

L'hebdo de la droite extrême nous informe que ces trois-là sont bâillonnés. Sachant que ce sont les commentateurs les plus présents dans les médias, cela en dit long sur les mensonges et les manipulations de ce canard aux valeurs rances. [Sur le plateau de France 2, après le passage de Marine Le Pen dans L'Émission Politique, Alain Finkielkraut a désavoué cette couverture de VA, reconnaissant qu'il n'était pas bâillonné.]

va

500 enfants dans la rue à Paris !

Le directeur du SAMU Social de Paris publie une tribune dans Le Monde daté d'aujourd'hui (19 octobre). Il évalue à 500 le nombre d'enfants qui dorment dans la rue chaque nuit à Paris. Il dénonce "un hébergement indigne d'un pays aussi développé que le nôtre" et réclame la transformation d'hôtels en logements sociaux et la simplification des procédures administratives pour les migrants. Même si l'on n'est pas fana des comparaisons avec l'Allemagne (quand il s'agit du cadre économique), il n'empêche que ce pays voisin a été capable d'accueillir décemment un nombre de réfugiés considérablement supérieur à celui de la France. Quelles que soient les raisons profondes de cette "générosité", il n'y a pas de migrants à la rue outre-Rhin, car un plan d'hébergement de grande envergure a été sérieusement organisé. Je doute qu'un seul enfant dorme dans la rue à Berlin.

Paris [Photos YF] Paris [Photos YF]

. Chaque nuit, à Paris, près de 500 enfants sans domicile fixe

. Certaines de ces petites chroniques sont déjà parues sur mon compte Facebook

 

Billet n° 348

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

Lien avec ma page Facebook

Tweeter : @YvesFaucoup

  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.