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Billet de blog 21 nov. 2014

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La FDSEA « tire » sur la préfecture

Jeudi après-midi, dans le Gers, à Auch, en haute ville, un tintamarre de tous les diables. Il est vrai que les agriculteurs de la FDSEA et du CDJA manifestent mais on entend des explosions régulières : seraient-ils victimes, de la part de la police, de tirs de grenades offensives ?

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Jeudi après-midi, dans le Gers, à Auch, en haute ville, un tintamarre de tous les diables. Il est vrai que les agriculteurs de la FDSEA et du CDJA manifestent mais on entend des explosions régulières : seraient-ils victimes, de la part de la police, de tirs de grenades offensives ?

Que nenni : quelques dizaines d’agriculteurs, devant la préfecture et sous la cathédrale, ont déversé plusieurs tombereaux de fumier, au point que la préfecture n’est plus accessible. Elle est « protégée » par une petite rangée de policiers du commissariat adjacent à la préfecture. Ces policiers sont impassibles, certainement agacés, mais ils attendent. Les agriculteurs sont tout près d’eux et tapent sans cesse avec des gourdins sur des tonneaux pour créer un beau vacarme, et régulièrement, à partir d’un tracteur, sont  provoquées des explosions assourdissantes. Les passants au loin sont intrigués, pas franchement emballés par cette atteinte manifeste à l’autorité publique. Dans les commerces, on apprécie guère ce tapage tonitruant.

Un agriculteur m’explique : ils protestent contre le projet d’extension de la zone vulnérable nitrates dans le Gers. Il nie que les nitrates aient un effet négatif sur la santé. Cette croyance serait due aux Américains qui avaient hâtivement conclu que la maladie de « l’enfant bleu » serait consécutive à un excès de nitrates, transformés en nitrites, dans le sang. En réalité, ils ont découvert depuis longtemps que ce serait à cause de bactéries associées à ces nitrites. Rien à voir donc, selon lui. Le professeur Cabrol est appelé à la rescousse pour dire qu’il n’y a pas de danger. Il reconnaît toutefois que leur action n’est pas comprise par l’opinion publique. Il admet également que l’agriculture a utilisé des produits polluants et que les agriculteurs ont été les premiers à en être victimes, car ils n’étaient pas informés sur les protections nécessaires lorsqu’ils épandaient ces produits toxiques. Que ces produits toxiques soient dangereux pour l’environnement, il ne semble pas s’en soucier, à la différence de beaucoup de paysans, absents à cette manif, qui ne tiennent pas, sur ce sujet, une telle langue de bois.

Manifestation « négociée » ?

Les « technocrates » des ministères empêcheraient les agriculteurs de cultiver en paix. Ce sont « les gens de Paris » qui foutent le bordel, à cause de l’influence néfaste des écolos, car les fonctionnaires locaux, eux, seraient très compréhensifs. Je lui oppose le fait qu’on les laisse faire alors que si des jeunes de banlieue ou des ouvriers d’une usine en grève pour sauvegarder leur emploi manifestaient avec les mêmes moyens, la police aurait déjà chargé, avec des grenades, si ce n’est offensives, au moins défensives. Il sourit : il tient à préciser qu’il n’y a pas de pneus en flamme, et que les autorités savent que la manifestation ne sera pas violente. Tout a été organisé au préalable. Même la mairie serait d’accord pour récupérer le fumier.

Et le soir, les employés de la mairie, des petits fonctionnaires, viennent nettoyer et ramasser le fumier. Le fumier n’est pas récupéré, d’ailleurs une poudre blanche a été déversée sur certains tas. La commission consultative, qui se réunissait en préfecture, a finalement donné un avis défavorable à l’extension de la zone de protection contre les nitrates. Peu vraisemblable que le préfet prenne une décision qui aille à l’encontre de la commission et qui provoque à nouveau la fureur de ces agriculteurs. La Dépêche du 21 novembre note que 100 à 200 manifestants « s’étaient réunis devant la préfecture » , sans évoquer les « tirs ». Idem pour Sud-Ouest, qui cependant donne la parole à France nature environnement : dans le pays, « le Gers est un des endroits où l'entrée des nitrates dans les rivières est la pire ».

Devant la préfecture et le commissariat, sous la cathédrale

"tirs" de la FDSEA en direction de la préfecture

Policiers protégeant, avec fermeté, la préfecture du "bon sens paysan".

Les employés municipaux retirent le fumier aux abords de la cathédrale

[Photos YF]

Billet n°161

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