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Billet de blog 22 janv. 2015

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Lutter contre la "séparation" sociale

 Peu m'importe de savoir si le mot "apartheid" est approprié. Certains préfèrent jouer les exégètes pour mieux dissimuler leur inaction, et finalement leur acceptation de fait d'une exclusion que tout un système favorise. Exclusion, certes, de la grande masse des immigrés, relégués à la périphérie. Et exclusion des populations pauvres. Je présente ici Le mépris du peuple, ouvrage de Jack Dion, ainsi que l'appel lancé par plusieurs personnalités : Maintenant, construisons la fraternité.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Peu m'importe de savoir si le mot "apartheid" est approprié. Certains préfèrent jouer les exégètes pour mieux dissimuler leur inaction, et finalement leur acceptation de fait d'une exclusion que tout un système favorise. Exclusion, certes, de la grande masse des immigrés, relégués à la périphérie. Et exclusion des populations pauvres. Je présente ici Le mépris du peuple, ouvrage de Jack Dion, ainsi que l'appel lancé par plusieurs personnalités : Maintenant, construisons la fraternité.   

Social en vrac n°36

Le mépris du peuple

Quelques jours avant les massacres de Paris, sortait en librairie un ouvrage de Jack Dion Le mépris du peuple (Les Liens qui Libèrent). Jack Dion est directeur-adjoint de la rédaction de Marianne. Chaque semaine, son billet dans l'hebdomadaire est un moment de bonheur : lire sous une plume aguerrie un cri de colère nécessaire contre telle ou telle injustice. Son livre est sous-titré : comment l'oligarchie a pris la société en otage.

Faire référence au peuple est devenu, "par un système d'épuration sociale discret", politiquement incorrect. Et le peuple est politiquement non représenté. Le monde ouvrier est négligé, méprisé. La pauvreté est instrumentalisée. Jack Dion ironise sur Pierre Rosanvallon, qui après avoir alimenter un discours contre l'Etat-providence, se rétracte, avec son "Parlement des invisibles", en incitant des personnalités à "raconter la vie des humbles, comme s'il fallait surtout éviter de la changer".

Le néolibéralisme en prend pour son grade, dont les tenants "ne jurent que par l'Amérique de la finance et l'Europe de la bureaucratie". Est rappelé que ce sont les dettes privées qui ont provoqué la crise et non les dettes de l'Etat, ce que jamais les "experts" ne disent lorsqu'ils pérorent sur les plateaux de télévision, trop préoccupés en bons valets des puissants à convaincre le bon peuple qu'il doit se mettre à genoux, accepter de repousser son départ à la retraite, et réduire ses dépenses de santé.

Jack Dion montre bien que les "assistés" ce sont les détenteurs de capitaux, qui, par ailleurs, instaurent une compétition aboutissant à "une guerre des pauvres contre les pauvres". Là, il met un bémol aux thèses de Piketty qui "se contente de prôner une autre politique de redistribution, sans remettre en cause le mode de production et de reproduction des inégalités".

Evidemment, est stigmatisée l'incohérence du pouvoir actuel qui désigne la finance comme l'ennemi, puis, devant les traders de la City, proclame "my government is pro-business". Et, rappel terrible, lorsqu'il est indiqué que la première loi bancaire au monde ayant mis fin à la séparation entre banques d'affaires et banques de dépôt (séparation qui avait été instaurée pour éviter la spéculation) fut votée en France en 1984, sous François Mitterrand ! Et François Hollande qui s'entoure de financiers (Emmanuel Macron, venu de chez Rothschild, Laurence Boone, venue de chez Barclays).

S'il n'est pas tendre avec les "experts autoproclamés" (Dominique Reynié, "ex-sarkozyste, néolibéral convaincu"), il ne l'est pas non plus avec Didier Migaud, "Père la Rigueur" et la caste qui peuple la Cour des Comptes, se contentant d'additions et de soustractions, soucieuse surtout d'opposer les salariés entre eux, et de protéger les nantis et les exilés du fisc. Le Haut Conseil des finances ne trouve pas davantage grâce à ses yeux : avec ses membres militant pour la baisse des dépenses publiques et opposés à la taxation des plus riches, tels que Philippe Dessertine ou Mathilde Lemoine, que j'ai déjà épinglés sur ce blog. Les Elie Cohen, Jean-Hervé Lorenzi et autres Patrick Artus passent également en correctionnelle, comme tant d'autres déjà dans le livre de Laurent Mauduit, judicieusement titré Les imposteurs de l'économie, qui les énumérait déjà presque tous.

On l'aura compris : ce mépris affiché à l'égard du peuple fait le lit du Front national. Le pire peut arriver si le modèle français n'est pas revu "afin de donner un sens commun à un pays en mal d'utopie et à un peuple en quête d'idéal".

Des extraits publiés par Marianne sur son site : http://www.marianne.net/oligarchie-et-le-mepris-du-peuple-1421490861.html

L'idéal milliardaire :

Le 6 janvier, Emmanuel Macron, ministre de l'économie, déclarait aux Echos qui en faisaient en partie le titre de l'article : "Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires". La France prenait connaissance de cette déclaration inepte le 7 janvier, le jour des massacres : du coup, elle est passée quelque peu inaperçue. Le problème de la stagnation de l'économie aujourd'hui serait dû au fait qu'il manque d'esprits capitalistes. M. Macron prend la défense des très hautes rémunérations dans le monde des affaires, il pense même que le "talent" doit être encore plus rémunéré. Le mépris du peuple. Qu'un prétendu socialiste puisse non pas appeler à être créatif, à être inventeur, mais à être milliardaire ! Pire qu'une honte, un autre monde... immonde.

Maintenant, construisons la fraternité

Plusieurs personnalités lancent un appel aux plus hautes autorités, intitulé Maintenant, construisons la fraternité. Constatant que dimanche 11 janvier, la France mobilisée, dans la rue, a pris conscience qu'"une société désunie est une société désarmée", l'appel souhaite que l'on dépasse l'action politique par l'action citoyenne trop souvent négligée. C'est tout le sens de la devise républicaine, qui, disent les auteurs, "projette la liberté et l'égalité vers la fraternité".

"C’est nécessaire pour tous les habitants que la déliquescence du lien social et l’effacement des repères fragilisent à tous les âges de la vie. C’est tout particulièrement nécessaire pour les habitants des quartiers ghettoïsés où l’action des pouvoirs publics ne sera décisive que si elle s’accompagne d’une mobilisation de toutes les énergies disponibles, de toute la société. Ce qui requiert de cesser d’appréhender la diversité comme un handicap pour en faire un atout déterminant de la réussite collective dans un monde de plus en plus métissé."

"Nous appelons [les plus hautes autorités de l'Etat, mais aussi les responsables locaux], pour répondre concrètement aux attentes de nos concitoyens, à bâtir sans attendre des plans d’action ambitieux sur le terrain éducatif, culturel, social, économique… L’objectif étant notamment de favoriser toutes les dynamiques individuelles, associatives ou institutionnelles aptes à construire de nouvelles relations d’écoute, d’entraide et de respect entre les cultures, les âges et les territoires. Et pour que chacun se sente concerné, il s’agit de promouvoir sans ambiguïté l’importance de rapports harmonieux entre droits et devoirs, entre liberté individuelle et responsabilité collective, entre diversité culturelle et unité nationale."

Et de conclure sur la nécessité d'instaurer, dès à présent, une semaine de la Fraternité, non pour "être un nouveau terrain de jeu pour les communicants" mais pour constituer "la première étape symbolique de ce grand projet de société qui, seul, peut empêcher l'embrasement".

Les premiers signataires : Ghaleb Bencheikh, Conférence mondiale des religions pour la paix ; Jean-Baptiste de Foucauld, Pacte civique ; Jean-Louis Sanchez, Collectif Appel à la Fraternité ; Jérôme Vignon, Semaines sociales de France ; Dominique Balmary, Uniopss; Véronique Fayet, Secours Catholique ; Antoine Guggenheim, philosophe ; Bariza Khiari, sénatrice de Paris; Didier Lesueur, Observatoire national de l’action sociale (Odas) ; Dominique Méda, sociologue ; Françoise Parmentier, association Confrontations ; Atanase Périfan, Fête des Voisins.

Texte intégral : http://www.apriles.net/images/stories/APPEL%20FRATERNITE%202015.pdf

Jean-Louis Sanchez, directeur de l'ODAS, est l'auteur d'un ouvrage récent La promesse de l'autre, que j'ai présenté sur ce blog La promesse de l'autre ou le nouvel horizon de la fraternité.

Illustration parue sur le site d'Apriles

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Ce souhait de mobiliser la Fraternité est dans l'air du temps : ignorant la préparation de cet Appel, je publiais il y a deux jours un billet intitulé Appel à la fraternité, qui en fait suivait de peu un billet de Vingtras, sur Mediapart, paru le 17 janvier : Au nom de la Fraternité.

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Les incohérences de la lutte contre la ségrégation spatiale :

J'ai déjà eu l'occasion de noter que l'Etat réduit les crédits spécifiques de l'Agence Nationale de Renouvellement Urbain pour Saint-Etienne, qui pourtant se voit reprocher par Le Monde d'avoir des quartiers perclus de pauvreté.

 De la même manière, François Hollande, en août 2013, choisit de venir à Auch, chef-lieu du Département du Gers pour relancer sa politique à destination des quartiers populaires. Le quartier du Garros est inscrit ainsi sur la liste des 1300 quartiers les plus pauvres de France, avec un très faible revenu moyen par habitant. Et pourtant c'est ce quartier qui vient de sortir de l'Education Prioritaire, au grand dam des enseignants des écoles qui interviennent sur ce quartier difficile et qui, de ce fait, mènent une lutte acharnée pour s'opposer à cette décision insensée (sous prétexte qu'il n'y a pas de collège rattaché à ce quartier). Comprenne qui pourra.

Voir dossier : http://ecoles.garros.auch.free.fr/spip.php?article35

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Billet n°171

Billets récemment mis en ligne sur Social en question :

Appel à la fraternité

La presse bâillonnée : un dessin de Cabu

Vivre à la rue est mortel

La pauvreté à Saint-Etienne

Le Monde : pauvreté et insalubrité riment avec Sainté

Le Scandale Paradjanov

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

@YvesFaucoup

 [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question]

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