Nicolas savait, pas Carla

Direct 8 a diffusé le 5 novembre 2013 un documentaire de Farida Khelfa intitulé Campagne intime, sur la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, qui montre que ce dernier était contre des « limites » imposées à « la fuite en avant des dépenses » (publiques). Carla était pour…


Direct 8 a diffusé le 5 novembre 2013 un documentaire de Farida Khelfa intitulé Campagne intime, sur la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, qui montre que ce dernier était contre des « limites » imposées à « la fuite en avant des dépenses » (publiques). Carla était pour…

 

 Dans ce documentaire, on assiste à des scènes criantes de vérité et de spontanéité, qui feront date dans l'Histoire : Nicolas à propos de Giulia (« je suis fou d’elle »), Pierre à propos de son père Nicolas (« c’est une bonne personne »), Nicolas à propos de Bernadette Chirac (« c’est une mère, j’ai tellement peur qu’il lui arrive quelque chose »), Carla se regardant dans un miroir (« on ne peut rien faire contre les bajoues »), Sarko à Carla chantant Bella Ciao (« t’es belle »), Sarko à propos de Carla et devant elle (« ma femme dit, ma femme croit »). 

 Campagne_intime_4.jpg Nicolas Sarkozy contre des limites aux dépenses… [extrait de Campagne intime]

Mais le clou est la scène suivante : après le premier tour de l’élection, Nicolas Sarkozy, qui en cinq ans a laissé déraper la dette publique de 600 milliards d’euros (soit une augmentation de 50 %), répète un discours devant ses conseillers. Il loue « ceux qui refusent la fuite en avant dans les dépenses publiques sans aucun contrôle… ». Il lit la phrase mais est interrompu aussitôt, on lui propose : « sans limites » au lieu de « sans contrôle ». Carla Bruni, présente, confirme : elle est pour la formule « sans limites », ajoutant doctement que, procéder à cette modification, « c’est majeur ! ».

Sarkozy n’est pas d’accord : il défend l’idée que le mot « contrôle » renvoie à l’utilité de la dépense, tandis que « limites » ne recouvre qu’un aspect comptable (ce qui n’est pas faux). Il maintient la phrase telle qu’il l’avait lue. En bout de table, Carla se renfrogne et donne le sentiment de ne pas apprécier que son Pygmalion n’aie pas pris en compte son avis, surtout devant la caméra de la réalisatrice, une amie proche.

 Campagne_intime_5.jpg Carla Bruni pour des limites aux dépenses… [extrait de Campagne intime]

Sachant que la scène dure quelques minutes, plusieurs conseillers donnant, sur ce simple mot, leur avis, on peut imaginer le temps que son entraînement à la lecture et son hésitation sur les mots devait prendre. Lorsque l’on a du temps à consacrer à de telles subtilités, on a tout loisir pour se pencher sur les dépassements de frais de campagne, surtout lorsqu’ils atteignent près de 17 millions d’euros (soit un dérapage de 76 %, par rapport à la dépense autorisée : rappelons qu’en juillet 2013 le Conseil constitutionnel avait gravement sanctionné Nicolas Sarkozy pour un dépassement de moins de 2 %). Il est cocasse de constater que le candidat ne souhaitait manifestement pas qu’on impose des « limites » à  la fuite en avant dans les dépenses (1), tout en défendant l’idée que cette « fuite » soit tout de même contrôlée. Par qui ? Par lui, sans doute. Sûrement pas par la Commission des comptes de campagne.

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(1) A noter que les dépenses pour une campagne électorale sont en partie des dépenses publiques si l'on prend en compte le financement par l'Etat et les déductions d'impôts pour les donateurs.

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Documentaire encore visible : http://www.dailymotion.com/video/x1aqkk5_campagne-intime-05-11-2013_news

 

Billet n°126


Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

 

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]


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