Discrimination pour précarité sociale, abus de faiblesse, des paroles et des actes (Vrac Social n°12)

Lutte contre la discrimination pour précarité sociale

ATD Quart  Monde a lancé le 17 octobre (journée mondiale de lutte contre la misère) une campagne afin de combattre toute discrimination liée à la précarité sociale. Des actions ont été menées sur toute la France, pour sensibiliser contre la stigmatisation qui peut affecter les milieux très pauvres. Une délégation de personnes en très grande pauvreté a été reçue à l’Assemblée Nationale. Claude Bartolone s’est engagé à étudier la possibilité d’inclure dans la loi le délit de discrimination pour cause de précarité sociale. Une pétition a été lancée, soutenue par une quarantaine d’organisations partenaires (www.jeneveuxplus.org).

 ATD_Trocadero.jpg Trocadéro : à bas les idées reçues sur les pauvres, journée mondiale du refus de la misère (photo site ATD)

 

 Un rapport de 72 pages (1) a été diffusé, qui décrit la précarité sociale et cite des témoignages comme celui de Nadine, recueilli par ATD : « J’essaie de comprendre comment aller en arrière pour essayer d'avancer, pour essayer de parler plus calmement et dire des choses justes, mais sans m’énerver, envers des services sociaux, l’État, tout. Essayer aussi envers mes enfants, pour ne pas qu'ils voient comment je suis aussi, parce que c'est pas une image à donner à ses enfants. Quand ils voient leur mère en colère, leur mère révoltée, ce n'est pas une image, ce n'est pas un exemple que je dois donner. Et ça, je ne sais pas comment m'y prendre parce qu'on n'a pas appris. [...] J'apprends à me contrôler pour essayer d'avoir la paix intérieure et aussi donner cette paix, faire comprendre au gouvernement que, s'ils étaient un peu plus justes envers nous autres, s'ils nous entendaient, s'ils nous comprenaient, il n'y aurait pas cette haine ni cette violence. C'est à eux de faire le premier pas pour que la paix vienne sur terre. »

 

Dans un autre témoignage (recueilli par l’Observatoire national sur la pauvreté et l’exclusion sociale, ONPES), Jeannine dit son refus de solliciter ses droits, elle ne demande pas la CMU, paye ses médicaments : « j’en ai assez aujourd’hui qu’on nous traite de cas sociaux, qu’on nous dise qu’on est des bons à rien et qu’on ne cherche pas du travail ! Et en plus on culpabilise parce qu’on finit par croire que tout est de notre faute, alors que c’est pas notre faute ! Aujourd’hui, je n’irai plus chercher des colis alimentaires, parce que c’est tellement dur d’aller chercher à manger. »

 

Dans le même temps, ATD a lancé une campagne contre les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté (2).

 

Enfin, on se souvient de cette accusation que l’association avait porté contre le Musée d’Orsay pour avoir exclu une famille à cause de son odeur. ATD en avait fait un cas de discrimination. Pour ma part, j’avais contesté ici cet emballement qui tendait à accréditer l’idée que les pauvres sentent mauvais mais qu’il faut les respecter. Ce n’était pas conforme à ce que l’on sait des pauvres, de leur dignité et de leur vigilance à toujours être propres même dans les pires conditions. Le fait incriminé, localisé, avait de toute évidence une autre raison (3). Dominique Baudis, le Défenseur des droits, vient de déclarer «qu'aucune faute de nature juridique ou déontologique» n'a pu «être établie et imputée au personnel du musée d'Orsay» (le Parisien du 16 octobre). Musée d’Orsay et ATD se sont entendus pour continuer leur collaboration. L’incident est clos.

 

(1) http://www.atd-quartmonde.fr/livreblanc/

(2) http://www.atd-quartmonde.fr/Les-idees-fausses-ca-suffit

(3) http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/050213/social-en-vrac-1

 

Je vaux 470 € par mois

Lors de l’émission de France 2 Des paroles et des actes, le 11 octobre, Jean-François Copé a été pris à partie par une chômeuse choisie par la chaîne pour lui porter contradiction. Déjà, le mois précédent, Christiane Taubira s’était vue opposer une femme en ombre chinoise, dont la fille avait été gravement victime d’un récidiviste. La garde des sceaux avait su éviter de tomber dans le piège tendu qui consistait à la faire se prononcer sur des décisions de magistrats. Au risque de paraître bien froide face au drame qui lui était exposé. Selon le principe de l’émotion érigée en principe télévisuel d’information.

JF_Cope_DPDA.jpg France 2 [capture d'écran]

 

Cette fois-ci, Isabelle Maurer, militante du MNCP (Mouvement national des chômeurs et des précaires) à Mulhouse, fait un tabac et du coup le buzz sur Internet, car elle alpague le président de l’UMP. Elle lui demande comment vivre avec 470 € par mois, l’accuse d’être incapable de comprendre ce que cela signifie : elle, le matin, elle se lève très tôt et se dit : « je vaux 470 euros ! ».  Avec son accent alsacien prononcé, elle lui lance : "les Français vous regardent. Ils vous écoutent. Et malheureusement il y a beaucoup de paroles et pas beaucoup d'actes !" Puis elle l’invite à venir dans l’usine Peugeot (où est employé son fils) pour voir si c’est possible de travailler jusqu’à 63 ans. Le maire de Meaux est quelque peu mal à l’aise, il ne s’y attendait pas puis il invoque son expérience d’élu local pour affirmer qu’il connaît ce « cri de colère absolu », car il l’entend dans tous les territoires.

http://www.francetvinfo.fr/dpda/je-suis-desolee-monsieur-cope-ce-soir-je-ne-peux-pas-etre-calme_432210.html

Abus de faiblesse ou comportement manifestement abusif ?

Il était une fois, au fin fond de la France profonde, une dame âgée ayant un petit capital, quelques arpents de terres, qui recevait chez elle un voisin tellement plus jeune qu’elle. Dans le village, ça jasait dur. Bien vite, il était apparu que ce voisin convoitait les terres de la vieille dame et parvenait à lui faire payer en liquide ses propres factures. Elle demandait à son aide ménagère de retirer l’argent à la banque au chef-lieu du canton. L’aide ménagère, qui avait procuration pour pouvoir procéder aux courses quotidiennes, avait des doutes et avisa le fils de la dame.

Le fils était venu longtemps voir sa mère régulièrement, mais ils s’étaient fâchés et cela avait fortement distendu leurs liens. L’état de santé de sa mère se dégradant (elle était sourde et commençait vraiment à perdre pied), le fils, inquiet des informations que l’aide ménagère lui avait livrées, se rendit auprès des services sociaux : après une enquête rapide, l’administration sociale départementale saisit le procureur en vue d’une protection juridique de cette dame. Le fils soutint une mise sous tutelle et le procureur engagea des poursuites à l’encontre du voisin indélicat.

C’est ce qui se passe tous les jours dans notre pays. Des particuliers, des services sociaux, des procureurs, des juges des tutelles sont sollicités sur de telles situations. Du fait du vieillissement de la population, le nombre de personnes protégées par une tutelle, une curatelle ou une sauvegarde de justice sont près de 900 000, pour un encours financier qui avoisine les 10 milliards d’euros.

Nuance. C’est ce qui se passe si la vielle dame n’est pas une des premières fortunes de France. Encore moins si ceux qui sont suspectés d’abuser d’elle sont des hommes politiques de premier plan. Alors tout prend beaucoup de temps, les procédures sont tellement plus longues.

(…)

DSCN3873.JPG Palais de Justice de Bordeaux [photo YF]

[texte paru sur le dé-blog note, « le blog qui note ce qui débloque », sur lemonde.fr le 18 octobre. Lire la suite : http://yvesfaucoup.blog.lemonde.fr/2013/10/18/abus-de-faiblesse-ou-comportement-manifestement-abusif/]


Services sociaux = travaux d'intérêt général (en italien)

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Un dessin de Mauro Biani paru dans une page coordonnée par Plantu dans Le Monde du 10 octobre nous révèle que "Servizi sociali" signifie "travaux d'intérêt général" en italien. L'enfant demande à Silvio Berlusconi : "Travaux d'intérêt général ? Ça veut dire quoi exactement dans ta langue ." (condamné pour fraude fiscale, l'histrion italien échappe à 4 ans de prison du fait de son âge, mais n'échappe pas à l'assignation à résidence ou aux "services sociaux"). Ce sont les professionnels de nos services sociaux qui vont être surpris de cette traduction inattendue.[dessin paru précédemment dans Il Manifesto]

 

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