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Billet de blog 23 avr. 2014

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Petits marquis de province, et minima sociaux

Les petits marquis ne sévissent pas seulement à l’Elysée et à Paris. Il en existe aussi en province, et, là, personne pour dénoncer leurs rémunérations exorbitantes, sans aucun rapport avec leur compétence. Par ailleurs, le Président de la République aurait confié à ses ministres qu’il fallait faire un peu de justice sociale dans le cadre du « pacte de solidarité », même si ce n’est pas payant électoralement.

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Les petits marquis ne sévissent pas seulement à l’Elysée et à Paris. Il en existe aussi en province, et, là, personne pour dénoncer leurs rémunérations exorbitantes, sans aucun rapport avec leur compétence. Par ailleurs, le Président de la République aurait confié à ses ministres qu’il fallait faire un peu de justice sociale dans le cadre du « pacte de solidarité », même si ce n’est pas payant électoralement.

Petits marquis de province

L’enquête de Michel Hadjenberg sur les « folies » d’Aquilino Morelle a débouché aussitôt sur l’obligation pour le conseiller de François Hollande de démissionner. Pas tellement parce qu’il se comportait en « petit marquis » à l’Elysée (on devine tout de même la satisfaction de ceux qui étaient choqués par un tel comportement) mais pour avoir été inspecteur des affaires sociales (IGAS) tout en émargeant auprès d’un laboratoire que l’IGAS pouvait contrôler. Pour toucher 12 500 €.

Aujourd’hui, le ras-le-bol généralisé contre les abus explique un dénouement si rapide. « Pourvou que ça dioure » ! En effet, quelle que soit l’exaspération que provoque Mediapart, accusé de jouer les justiciers, il est capital que les médias assurent ce rôle indispensable au cœur de la démocratie. Le problème est que les fuites fonctionnent mieux à proximité du pouvoir central. Les dénonciations d’abus concernent le plus souvent des affaires nationales. Le Canard enchaîné, Mediapart et quelques autres révèlent des scandales, parisiens pourrait-on dire, qui mettent en cause des personnalités de la politique ou de la finance. De grosses affaires qui ont pour noms Bettencourt, Kadhafi, Karachi, Tapie, Balkany, Guérini, Cahuzac. Et Morelle.

Mais chaque jour, aux fins fonds de nos provinces, des petits marquis, sans compétence particulière, se trouvent promus à des postes de conseillers de quelques princes locaux, de droite comme de gauche, percevant des indemnités exorbitantes, touchant des gratifications indécentes, se faisant payer abusivement des heures supplémentaires, traficotant sur les divers avantages que leurs fonctions leur accordent. Et pas toujours en faisant venir un cireur de chaussures sous les lambris dorés des palais de la République, comme à l’Elysée, mais en cirant les pompes de celui ou de celle qui les a fait marquis. Et cela dans le silence général. Sans que les préfectures ne s’en offusquent, sans que les Chambres régionales des comptes ne lèvent le petit doigt : à moins qu’elles ne le lèvent que dans bien des années, quand la dénonciation du scandale sera sans effet, comme c’est trop souvent le cas.

Ces abus entachent la fonction de conseiller, tout à fait respectable, exercée par beaucoup qui non seulement ont la compétence mais perçoivent des rémunérations honnêtes, respectueuses de grilles indiciaires. Ces abus donnent du grain à moudre à tous les pourfendeurs de la cause publique, analysant comme une dérive générale les exactions de quelques uns. Je persiste à penser que non seulement les revenus des élus (tout cumul confondu) devraient être publics, affichés, mais aussi ceux de leurs conseillers. Une vraie démocratie ne peut se satisfaire de ces petits arrangements camouflés, mais qui finissent par fuiter, scandalisent ceux qui en sont informés (en interne des collectivités, quel que soit leur grade, ou en externe, quelle que soit leur fonction dans la cité) et créent une ambiance politique délétère.  

Ils sont six à fouiller les poubelles du Monoprix. Le plus jeune a une femme et un bébé [Photo et légende sur le site de Pierre Larrouturou]

Minima sociaux (suite)

Le Canard enchaîné du 23 avril nous informe que François Hollande au Conseil des ministres du 16 avril a souhaité qu’un effort soit fait en faveur des minima sociaux dans le cadre du pacte de solidarité.

« Je sais, a-t-il dit, qu’il y a un débat dans le pays qui pousse certains à dire que cela ne doit pas être la priorité. Je sais aussi que ce n’est pas très payant électoralement, mais j’ai décidé de le faire au nom de la justice sociale et des valeurs qui sont les nôtres ». Un ministre a décrypté pour le Canard : « même si les bénéficiaires des minima sociaux sont ceux qui, en majorité, ne votent pas ou qui votent Front national, on ne peut les abandonner. Il faut les aider ».

Voilà comment se fait la politique : avec ce type de préjugés sur les plus pauvres dans le pays, ce qui avait conduit Terra Nova, think tank proche du PS, à estimer, avant la présidentielle de 2012, qu’il ne fallait pas trop se préoccuper électoralement des classes populaires mais plutôt des femmes, des jeunes, des immigrés, des diplômés, et des électeurs des grands centres urbains. Cette analyse, très contestée par tout un pan de la gauche, a été en partie démentie à l’époque par le directeur de Terra Nova, et Thierry Pech, l’actuel directeur, venu d’Alternatives économiques, a pris ses distances avec cette approche. Il n’empêche qu’il est à craindre qu’elle ait fait son chemin au sein des élites socialistes du pays.

Jean Jaurès, apôtre de la paix, Toulouse [Photo YF]

Idéal et réel, social et économie

François Hollande, en visite à Carmaux le 23 avril, pour rendre hommage à Jean Jaurès, chahuté par la foule qui s’élance et qui danse, et lui crie sa déception, a prononcé un discours dans lequel il a cherché à tirer à lui le père du socialisme français. Invoquant les propos du grand homme, il a tenté ainsi d’éclairer sa politique : « allez à l’idéal et comprendre le réel », tel fut l’appel de Jaurès. Le réel et l’idéal vont ensemble, lui répond en écho François Hollande, qui ajoute : « que serait une politique sociale qui ne serait pas appuyée sur une économie solide, efficace ? Ce serait une illusion, ce serait un artifice, ce serait du sable ».Auparavant, énigmatique, il avait prononcé cette phrase que je livre aux exégètes : « C’est difficile. Si ça n’avait pas été difficile, nous ne serions pas là pour diriger les affaires du pays ».

[propos extraits par mes soins de la vidéo disponible sur le site de l’Elysée, la version écrite du discours n’étant pas disponible]

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100]

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