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Billet de blog 24 oct. 2014

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Christophe de Margerie ami de Sant’Egidio, et Social en vrac

 Patchwork ou Social en vrac n°32 où l’on retrouve Christophe de Margerie, ami de la communauté catholique de Sant’Egidio qui se dévoue pour les pauvres ( !), Bernadette Chirac et ses pièces jaunes, Jacques Attali, Philippe Nemo, la City, le Djihad, l’épargne salariale et un raton laveur.

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 Patchwork ou Social en vrac n°32 où l’on retrouve Christophe de Margerie, ami de la communauté catholique de Sant’Egidio qui se dévoue pour les pauvres ( !), Bernadette Chirac et ses pièces jaunes, Jacques Attali, Philippe Nemo, la City, le Djihad, l’épargne salariale et un raton laveur.

Christophe de Margerie ami de la communauté de Sant’Egidio

Le PDG de Total est mort accidentellement à Moscou. On pourrait revenir sur les succès de ce « capitaine d’industrie », pour employer un lieu commun qui, certes, rend hommage à la bonne santé de l’entreprise et à ses super-bénéfices (bon an, mal an, 10 milliards d’euros, soit le montant total du RSA versé à 2,3 millions de foyers en France) quasiment non taxés (donc sans participation à la solidarité nationale) mais qui fait l’impasse sur les commissions occultes pour contourner le programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture » en Irak, sur les catastrophes de l’Erika et d’AZF, sur les contrats avec des pays dictatoriaux comme la Birmanie (avec emplois d’ouvriers sous-payés et rapport complaisant commandé à Bernard Kouchner).

Christophe de Margerie en costume traditionnel karen devant des enfants birmans chantant et dansant pour le remercier de ses largesses dispensées pour redorer son blason [photo parue dans le Nouvel Obs du 15 mai 2014]

On pourrait goberger sur ses liens avec Manuel Valls, avec François Hollande, dont il était, parait-il, un « visiteur du soir » et qu’il préférait à Nicolas Sarkozy, peut-être parce qu’il était cousin par alliance de Jean-Pierre Jouyet, l’ami fidèle du chef de l’État actuel, tellement fidèle qu’il devint jadis ministre de Nicolas Sarkozy. Et vice versa.

Mais je voudrais plutôt, en phase avec les objectifs de ce blog noter juste que les médias ont indiqué qu’il était le fils de Colette Taittinger (les champagnes) et de Pierre de Margerie. C’est vrai. Mais il a été adopté par ce dernier, car son père biologique l’a abandonné. Ce qui permettait au Nouvel Obs en mai dernier de citer à ce sujet le directeur général de Total considérant que cet épisode familial expliquait « la grande liberté de Christophe [son patron] vis-à-vis de l’ordre établi et son rapport particulier à la légitimité ». Comme toujours, psychologie de bazar, comme s’il fallait avoir été adopté pour contester l’ordre établi, et d’ailleurs quel ordre établi a-t-il contesté ?

Faisant partie de cette caste qui morigène les citoyens lambda sur la nécessité de la mobilité (dans les temps modernes et compte tenu de la mondialisation, comme chacun sait, il faut savoir s’adapter, et changer plusieurs fois d’employeurs au cours d’une vie), il n’en demeure pas moins qu’il a effectué ses 40 ans de carrière dans une seule entreprise : Total. Et ses successeurs seront aussi des gens du sérail.

L’article du Nouvel Obs ironisait sur sa « logorrhée humaniste », quand, soutien indéfectible du Tsar Poutine, il justifiait l’annexion de la Crimée par la Russie.

Mais ce que l’on sait moins c’est qu’il avait contesté Pierre Gattaz lorsque celui-ci réclamait l’an dernier la suppression de l’ISF. Poussant même la « générosité » jusqu’à signer l’appel de quelques grands patrons en faveur d’une sur-taxation des riches : à 3,5 millions d’euros de revenus par an, près de 300 000 euros par mois, peut-être qu’il est possible de s’acheter ainsi une bonne conscience à peu de frais.

Action de la communauté de Sant’Egidio auprès des jeunes des rues de Bamako, contraints à mendier pour payer l’hospitalité du marabout, guide spirituel musulman, et menacés par la pollution, les accidents et la drogue (selon le site de la communauté). 

D’ailleurs, Christophe de Margerie était très proche de la communauté catholique de Sant’Egidio (qui lui a rendu hommage dans un avis de décès paru dans Le Monde du 24 octobre). Sant’Egidio (Saint Gilles) est un mouvement né en 1968, créé par des jeunes qui se rendaient dans les bidonvilles romains, pour être au plus près des pauvres. Présente aujourd’hui dans 70 pays, cette communauté est souvent intervenue en coulisse pour tenter de favoriser des accords de paix. Elle a lancé un programme d’ « adoption à distance » (apport d’une aide économique aux familles en Afrique). Elle vient en aide aux SDF, aux prisonniers. Radio Vatican a publié un communiqué dans lequel Sant’Egidio a salué Christophe de Margerie, « un homme de foi », rappelant « sa participation régulière aux prières pour la Paix », son soutien à une action pour la prévention et le traitement du Sida, et sa présence récente lors d’une rencontre à Anvers sur le thème « développement durable et lutte contre la pauvreté ». Le rapprochement de ces deux thématiques avec le PDG de Total parait … totalement surréaliste. Les voies du Seigneur sont vraiment impénétrables.

Ouverture d’un restaurant pour les pauvres dans une ville… d’Allemagne du Nord, appauvrie à cause de l’effondrement de l’industrie du textile [tiens, nos fameux « experts » ne nous l’avaient pas dit]. Site de Sant’Egidio.

Pièces jaunes

France 3 offrait un boulevard à Madame Chirac dans une émission de Michel Drucker le 10 octobre, où se produisaient Pascal Obispo et… les Petits chanteurs à la Croix de bois. Le gendre prétendument idéal du PAF n’eut pas l’outrecuidance de rappeler que, quelques jours plus tôt, un documentaire (France 2, le 5 octobre) rappelait que son engagement (en 1994) en faveur de la collecte des pièces jaunes pour améliorer la vie des enfants et adolescents hospitalisés avait été le moyen pour elle de contourner la tentative de sa fille Claude de rajeunir l’image de Jacques en écartant Bernadette. Où l’on voit comment le caritatif peut être instrumentalisé sans vergogne. Documentaire, en passant, qui nous rappelait qu’elle avait confié, un jour, à propos de Nicolas Sarkozy, qu’elle soutient aujourd’hui dévotement : « Ce petit monsieur, ce voyou… je lui botterai les fesses jusqu’à ce qu’il n’en ait plus ». Ambiance.

Attali et Nemo

Lors de l’émission Ce soir ou jamais (France 2, 10 octobre), Jacques Attali, un habitué, a déclaré que chaque année « 150 000 élèves sortent de l’école sans savoir lire et écrire ». Il n’a pas dit : « sans formation », mais « sans savoir lire et écrire ». Sans vouloir minimiser les problèmes que pose l’illettrisme en France (y compris le fait que le mot, même dans la presse, est rarement écrit sans une faute d’orthographe, quant aux internautes, n’en parlons pas), il y a une vraie manie des élites à s’en prendre ainsi aux illettrés, quitte à en créer là où il n’y en a pas.

Et puisque j’y suis, j’ajoute que le « philosophe » Philippe Nemo, grand thuriféraire du libéralisme économique, et pourfendeur du socialisme, tout en ne donnant pas l’impression de bien maîtriser son sujet, pérorait dans cette même émission en vitupérant contre les « 57 % de prélèvements obligatoires », confondant, sans être corrigé, « prélèvements obligatoires » et « dépenses publiques ». Dans le but de s’en prendre à la notion de solidarité. Selon lui, puisqu’ils vivent en groupe, les hommes auraient toujours été solidaires, mais seulement dans des situations exceptionnelles, lors de catastrophes. Et non pour faire en sorte que des gens en permanence reçoivent de l’argent, comme la gauche, selon lui, le conçoit, en dévoyant le droit social. Dans la mesure où il qualifie l’ISF de « criminel » et qu’il considère que « l’économie socialiste [sic] a tué l’économie française », je crois nécessaire de maintenir les guillemets à philosophe.

La City et le bizness

Tandis que notre premier ministre espérait une standing ovation en déclarant sa flamme aux financiers de la City de Londres et faisait le buzz avec son « my government is pro-business », les oligarques londoniens s’insurgent contre les réglementations européennes qui ne les autorisent pas à toucher des bonus supérieurs au montant de leur salaire, au mieux au double de leur salaire si les actionnaires sont d’accord. Ils en veulent à Michel Barnier, espèrent-ils du coup en Pierre Moscovici ? Les banques, renflouées par l’Etat, même pas sorties d’affaire, réclament des royalties exorbitantes pour leurs dirigeants. La Barclays, alors qu’elle est en déficit, a augmenté les bonus de ses hauts cadres de 10 % pour atteindre 2,8 milliards d’euros, tout en annonçant le licenciement de 10 à 12 000 salariés (voir site www.bilan.ch). Et nos « experts » continueront tranquillement à nous expliquer que la crise financière est due à un Smic trop élevé ou aux aides sociales !

Riches sans savoir pourquoi

Selon le même site suisse (Bilan), un cabinet américain a mené enquête auprès de 132 000 investisseurs dont la fortune est supérieure à 25 millions de dollars (19,7 M€). Grosso modo, ils estiment beaucoup travailler, et respecter des règles de vie en société ( !). Par contre, pour parvenir à de telles situations, les conseillers financiers ne joueraient pas un grand rôle, ni non plus le fait d’éviter un train de vie trop élevé : signe des temps, les très riches se soucient de moins en moins d’être économes. Certes, ils sont persuadés de faire les bons choix dans leurs investissements, mais n’hésitent pas à parler de « chance » et d’avoir été « au bon endroit au bon moment ». Commentaire du site Bilan (Suisse) : finalement, les personnes fortunées seraient perplexes sur les raisons de leur succès. Il ne reste plus qu’à mener la même enquête auprès des victimes de la crise financière depuis 2008, qui trouvent sa source dans les comportements irresponsables de certains investisseurs, pour savoir si elles aussi sont perplexes et si elles ne sont pas persuadées d’avoir joué de « malchance » et d’avoir été au « mauvais endroit au mauvais moment ».

Le Social et le Djihad

On savait que le secours caritatif était un moyen utilisé par les religions, les extrémistes, les islamistes (et particulièrement les salafistes ou les Frères musulmans avec leurs centres sociaux) pour imposer leurs dogmes et pour asservir des populations redevables.

Inversement, à propos du Djihad, certains n’hésitent pas à dire que ces départs pour combattre auprès de l’État (autoproclamé) islamique seraient consécutifs « au problème d’inclusion sociale en occident ». C’est ce que prétend Jean-Paul Laborde, ancien magistrat français, directeur du Comité contre le terrorisme à l’ONU, dans le Monde du 11 octobre : « Le terrorisme peut s’expliquer en partie par des phénomènes d’exclusion. Pour le combattre, il faut donc aussi mobiliser la société civile, les médias ou le système éducatif ». « En France, l’exclusion par le manque de travail est une donnée qui joue, selon moi, en faveur des thèses de l’EI dans certains esprits (…). Il faut réformer et renforcer les politiques d’action sociale » ! 

Epargne salariale pour les plus favorisés

En 2013, le montant de la participation et de l’épargne salariale distribuée par les entreprises françaises s’est élevé à 15,5 milliards d’euros (sur les résultats 2012), comme l’année précédente. Cet avantage profite plutôt aux salariés des entreprises employant plus de 500 personnes et surtout aux plus hauts salaires. Le gouvernement voudrait élargir cette épargne salariale à un plus grand nombre de salariés. 

C’est étrange : les militants d’une droite dure qui passent leur temps, sur les réseaux sociaux, à reprocher aux fonctionnaires leurs « privilèges » n’évoquent jamais cette question, se gardant bien de dire que les fonctionnaires n’y ont pas droit. Pardon de sacrifier une nouvelle fois à ma marotte : mais ce montant de 15,5 Mds € est presque deux fois le RSA socle versé en France aux plus démunis (plus de deux millions de foyers), qui ont perdu leurs droits au chômage.  

GDF Suez sur la sellette

Selon Le Canard enchaîné du 22 octobre, Gérard Mestrallet, dont le salaire plafonne à 3 millions d’euros par an, devrait partir en retraite en 2016 à 67 ans avec une « pension » annuelle de 831 641 € (50 Smic) ce qui nécessite de provisionner 21 millions d’euros (ce qui suppose une espérance de vie de retraité de 25 ans).

Son adjoint, Jean-François Cirelli, a été directeur de cabinet adjoint du premier ministre Raffarin. Il espérait bien succéder à Mestrallet, mais les dirigeants de GDF Suez lui ont préféré une femme, actuelle directrice financière. Pour défendre sa cause, il n’hésite pas à utiliser l’argent de l’entreprise « pour ne pas être congédié comme un « sans-dents » » (Le Canard).

Ce qui est cocasse c’est que Madame Cirelli, Sophie Roquelle, journaliste au Figaro magazine, se rendit célèbre en 2011 en publiant un long article sur La France des assistés, incluant des informations approximatives ou carrément erronées. Il y avait quelque impudence à écrire sur un tel sujet quand on vit dans l’opulence (M. Cirelli gagnait alors 1,3 million d’euros par an, soit 250 fois le RSA). Elle s’est fait vertement remonter les bretelles par quelques médias et par de nombreux internautes, au point que Frédéric Georges-Tudo, journaliste « libéral », dut voler à son secours en introduction de son Salauds de riches !

Elle a publié l’an dernier un article controversé dans lequel elle s’inquiétait, à la façon Zemmour, du pouvoir grandissant… des femmes et de l’installation d’une « société matriarcale ».

Puis, comme pour s'y opposer, elle a tiré sa révérence. Pour lancer un site depuis septembre 2014 : « No screen », où elle est seule à écrire (déjà plusieurs articles), mais elle ne reçoit pour le moment aucun commentaire. Elle a choisi, dans ce qui ressemble pour le moment à un blog, de s’élever contre le danger que courent les enfants et les adolescents à être rivés aux écrans. Elle veut combattre le cyber-harcèlement. Pourquoi pas, mais, compte tenu de ce qui précède, il y a quelque chose de pathétique dans cette affirmation mise en exergue de son projet : « il est nécessaire d’apprendre à déconnecter ». 

Billet n°156

Billets récemment mis en ligne sur Social en question :

Centre de rétention, de l'intérieur

Référendum sur les aides sociales : programme infâme

Prix Nobel : Economie de bouts de chandelle

Exigeons des allocs dès le premier enfant

 Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

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