Wauquiez : creuser l'écart entre RSA et SMIC

Lors de sa prestation hier sur France 2, Laurent Wauquiez a cherché à se donner une meilleure image, tout en délivrant son discours habituel contre les migrants et les assistés. Il s'est prononcé pour la nécessité de creuser l'écart entre RSA et Smic, sans prôner une hausse du Smic, donc par une baisse du RSA. Et une chronique sur la déchéance de nationalité qui a bien eu lieu…

Wauquiez, le bonimenteur

Laurent Wauquiez reste peu connu (en dehors du Puy-en-Velay et de sa Région, dont il nous rebat les oreilles) puisqu'il n'a fait "que" 1,5 million de téléspectateurs hier soir dans l’Émission Politique sur France 2 (la pire mauvaise audience). Puisque Macron occupe l'aile centriste de la droite, il lui reste à conforter son aile droite d'où son objectif de pomper l'électorat du Front National, ce que le canard de la droite extrême Valeurs actuelles soutient ardemment. Un membre notoire de son parti, Thierry Mariani, estime que le programme du FN est quasiment équivalent de celui de l'UMP, des alliances sont donc inévitables : Wauquiez, dont le bras droit, Guillaume Peltier, est un ancien du FN, n'y voit rien à redire, il ne condamne pas, cela relève de la liberté d'expression au sein des LR.

L'Emission Politique, France 2, 25 janvier [capture d'écran] L'Emission Politique, France 2, 25 janvier [capture d'écran]
Hier soir, le démagogue Wauquiez, dont on se demande parfois s'il fait ou non des efforts pour paraître un peu plouc (comme son mentor Sarkozy) s'est montré plus posé, plus efficace, respectueux de ses deux contradictrices. Il veille à montrer sa culture en citant Stendhal et Marc Bloch. Ce qui prouve que l'élite des grandes écoles sait ce qu'il faut faire pour embobiner. Surtout que France 2 lui a facilité la tâche en lui opposant Benjamin Griveaux, qui n'était pas à la hauteur, et Alain Minc qui vient parler de morale comme s'il avait des leçons à donner en la matière.
Laurent Wauquiez a tapé un peu sur les riches (faut bien qu'il se démarque de son futur challenger à la prochaine présidentielle), défendant, c'est de bonne guerre, les retraités pressurés avec la CSG, surfant comme à l'ordinaire sur sa "défense des classes moyennes", alors même que les classes moyennes n'existent pas. Pour ce faire, l'homme moderne encense la IIIème République qui s'appuyait sur "ceux qui sont au milieu". On croirait entendre les Guignols imitant Bayrou : "le miyeu". Et de rappeler qu'il est "auvergnat" : "chez nous, on sait compter" ! Mais il a surtout tenu un discours tonitruant contre les immigrés (emporté par son élan, confondant demandes d'asile et titres de séjour accordés), et remettant en cause le droit du sol. Dans son déplacement avec France 2 dans un centre Emmaüs à Marvejols il concède que les migrants sont des êtres humains, pour ajouter aussitôt : "mais il y a beaucoup de souffrance en France". Pour faire son malin, il a prononcé quelques mots en arabe appris par cœur avant de venir.

Une chance : il n'a pas parlé de Mère Térésa. Mais il a glissé quelques peaux de bananes antisociales : il faut creuser l'écart entre RSA et SMIC, alors même qu'il prétend que l'on gagne davantage avec l'assistance qu'avec un salaire ! Comme il n'a pas proposé une augmentation du SMIC, cela sous-entend qu'il compte sur une baisse du RSA. De la folie pure ! Il a renouvelé sa formule "cancer de l'assistanat", sans s'excuser, à croire qu'elle lui profite, ajoutant : "il y a des gens qui sont victimes de cette maladie". Et de redire sa volonté de faire travailler les assistés 7 heures par semaine. Il a renouvelé la proposition démagogique de redéfiscaliser les heures supplémentaires, rappelant qu'Emmanuel Macron l'avait dans son programme et qu'il a reculé là-dessus (en réalité, Macron avait parlé "seulement" d'exonération des cotisations, le premier ministre n'en a pas parlé dans son discours de politique générale, mais Wauquiez ne suit pas très bien l'actualité : car cette mesure est bien inscrite dans le dernier projet de loi de finances pour être mise en œuvre, malgré son coût, au cours du quinquennat). Enfin, il exige, comme le FN, 3 ans de présence sur le sol français pour ouvrir droit aux minima sociaux, affichant sans vergogne qu'il ignore que la loi exige déjà 5 ans (sauf quelques accords spécifiques entre États).

 

Un hôpital qui n'est plus hospitalier

Le Professeur Grimaldi Le Professeur Grimaldi
Le professeur André Grimaldi décrivait ce matin sur France Inter la situation catastrophique des hôpitaux tenus désormais par des gestionnaires, n’ayant que des préoccupations comptables, transformant l’hôpital en entreprise commerciale. Exemple : ces pédiatres qui se font engueuler parce qu’ils et elles consacrent 45 mn à des parents et à leur enfant, ou répondent à des mails pour le suivi des traitements. Non rentable ! Ou les soins palliatifs où le malade ne doit pas rester trop longtemps ! Le modèle pour ces gestionnaires : telle clinique privée où le patron demande à son chirurgien de réaliser « 500 varices » par an, objecte sur lequel s’engage le dit chirurgien. Témoignages de burn-out. Le prochain grand scandale sanitaire : les erreurs médicales dues au burn-out des soignants. Alors que des économies seraient possibles ailleurs estime André Grimaldi : sur les cures thermales, sur le remboursement des non-génériques...

France Inter le 26 janvier : ici.

[26 janvier]

 

En même temps, en deux temps

J’ai effectivement noté le décalage entre le discours de Macron à Davos en anglais (traduit) puis lorsqu’il bascule en français (les raisons de ce changement de langue n’est pas expliqué) : dans un premier temps, il tient un discours ultra-libéral qui doit plaire aux grands patrons des multinationales, se vantant d’avoir modifier les règles du Code du travail, dans le second il fait un peu du social s’insurgeant contre la casse des droits sociaux, parlant de « protection », espérant peut-être que ces gros plein de pèze n’y verront que du feu. Et les clampins que nous sommes idem. C’est un peu gros. Comment peut-il imaginer que cela passera inaperçu ?

Dessin Claire Le Men [HuffingtonPost] Dessin Claire Le Men [HuffingtonPost]

. À Davos, Macron ne tient pas le même discours en français qu'en anglais (et même les Américains ne sont pas dupes), dans HuffingtonPost du 25 janvier.

[25 janvier]

 

La déchéance de nationalité a bien eu lieu

Florence Parly et Emmanuel Macron, le 19 janvier [Claude Paris, Pool, AFP] Florence Parly et Emmanuel Macron, le 19 janvier [Claude Paris, Pool, AFP]
Des sites de la droite extrême se gobergent des propos de la ministre des Armées, Florence Parly, qui dit n'avoir aucun état d'âme à propos des djihadistes français partis combattre aux côtés de l'État islamique en Syrie ou en Irak. Elle avait déjà dit qu'elle ne voyait aucun inconvénient à ce qu'ils périssent dans les combats, que c'était même "tant mieux". Aujourd'hui, elle estime qu'ils doivent être jugés par les autorités locales. Il va de soi que ce discours passe bien auprès des militaires et de l'opinion publique, c'est bien pour cela qu'il est tenu. Sauf que jusqu'alors quand un ressortissant français, coupable d'un crime, est passible de la peine de mort dans le pays où il est détenu, les autorités françaises agissent pour s'assurer qu'il sera correctement défendu et même négocient pour qu'il soit rapatrié en France et jugé ici. Dire que ce n'est pas respectueux pour les autorités de ces pays, c'est fermer les yeux sur le fait que le droit tel qu'on l'entend ne sera pas garanti, ni en Irak, ni en Syrie, dont de surcroît le système judiciaire est totalement désorganisé. La question est si brûlante que personne ne monte au créneau pour dire que finalement la déchéance de nationalité, avec cette déclaration de la ministre, est entrée dans les faits. Alors même que rien ne dit que la Justice française serait en quoi que ce soit angélique, sauf qu'elle tiendrait compte réellement du degré d'implication de chaque prévenu. Dans un État de droit.

. Florence Parly n'a "aucun état d'âme" quant au sort des djihadistes français  L'Obs

[24 janvier]

Gogue en or chez Trump !

Selon le Washington Post (à l'honneur en ce moment avec le film de Steven Spielberg Pentagon Papers), la Maison Blanche a demandé au musée Guggenheim s'il pouvait prêter un Van Gogh pour les appartements privés de Donald Trump. Non, a répondu le musée mais on peut vous prêter les WC en or dénommés America de l'artiste Maurizio Cattelan avec toutes les instructions pour leur usage… [tiré d'un post de Guillaume Duval]

[WashingtonPost] [WashingtonPost]

. Les chroniques suivies d'une date entre crochets sont parues telles quelles sur mon compte Facebook.

 

Billet n° 372

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