Le point sur Social en question

Le premier billet de ce blog Social en question est paru en décembre 2011 : il était titré Le Président anti-social ! Depuis, j’ai mis en ligne l’équivalent de près de 400 pages de textes, en général en lien avec les objectifs de ce blog : les questions sociales et leur traitement politique et/ou médiatique. Avec ce 100ème billet, c’est l’occasion d’une petite présentation et d’un bilan.

 

Parcours

Mon parcours explique sans doute le choix de cette thématique sociale qui imprègne mes articles. Après des études d’assistant de service social, à Saint-Etienne, en Rhône-Alpes (de préférence à des études de sociologie, longues et sans débouché assuré), j’ai exercé ma profession dans le domaine de la protection de l’enfance en Franche-Comté (pendant 18 ans presque tous les jours au domicile des familles), où j’ai également assumé des fonctions syndicales (CFDT) dans le secteur sanitaire et social au cours des années 70, la responsabilité de secrétaire du comité d’entreprise d’une association de 250 salariés qui m’employait, et participé à la création d’un centre social dans un quartier populaire où j’habitais. C’est une époque très militante, où il faut être dehors tous les soirs, auprès des salariés, pour la défense de leurs droits, l’application des statuts ou conventions collectives. Pour ce faire, je parcours les quatre départements de la région. C’est l’époque des grandes luttes, dont celle emblématique de Lip à Besançon. Je collabore également à une revue nationale du secteur social : Champ social.

 

J’ai ensuite, dans les années 80, participé à une aventure fabuleuse : la création d’une revue bimestrielle d’informations générales, L’Estocade, à l’initiative d’un ami, Alain Goguey, devenu plus tard journaliste. Ce média traite alors de l’actualité franc-comtoise et des sujets politiques, économiques, culturels, sociaux, environnementaux et historiques dela région. Tout y passe : les héritiers de la presse collabo, les élections de miss, les artistes de la région, mais aussi l’histoire des verreries ou des salines, le mode de gestion de la ville de Belfort par Jean-Pierre Chevènement (avec interview de l’intéressé), ou celle de la région par Edgar Faure, les magouilles du président du conseil général de la Haute-Saône qui finançait clandestinement la radio dite libre d’Alain Joyandet, futur ministre de Nicolas Sarkozy, des révélations sur les indemnités des élus. Des exemples de pollution,  comme les 5000 tonnes de lindane (toujours) enfouis, en catimini, à Gouhenans. La mise en place des ancêtres du RMI par les municipalités de Besançon ou de Belfort. Et tant d’autres sujets. Je cumule longtemps la fonction d’assistant social à mi-temps et celle de directeur de la revue, seul salarié de cette publication, entouré d’un grand nombre de bénévoles. Entre abonnements et ventes en kiosque, près de 2000 exemplaires sont diffusés. Après mon départ, l’expérience se poursuivra durant plusieurs années encore.

 

Arrivé en Midi-Pyrénées en 1988, j’encadre des équipes sociales et éducatives de terrain intervenant dans les domaines de la petite enfance, de l’enfance en danger, de l’insertion, du logement, de la précarité, de la dépendance pendant 9 années. Je complète ma formation sociale de base et une formation en droit du travail et en sécurité sociale effectuée auprès d’un Institut de Lyon, par des formations universitaires à Toulouse en sociologie, en travail social et en sciences sociales.

 

Je rejoins en 1998, à Toulouse, un centre de formation de travailleurs sociaux, où j’assure les fonctions de formateur puis de directeur, avec participation à la création d’une antenne à Albi. Durant les 8 années passées dans cette institution, je contribue à la formation de plus de 600 étudiants, en collaboration avec des formateurs, des universitaires, des conférenciers, des professionnels de terrain, sur toute la région.

 

Enfin, le Conseil général du Gers me sollicite pour assurer une fonction nouvellement créée : celle de directeur de l’action sociale territoriale, qui consiste à diriger la quasi-totalité des interventions sociales sur le territoire, menées par de nombreuses équipes et près de 200 agents, dans une démarche aussi transversale que possible, en lien avec une multitude de partenaires.

 

Aujourd’hui, j’ai cessé mon activité professionnelle : je continue à dispenser ponctuellement des cours dans le domaine de l’action sociale, à être sollicité comme consultant, à collaborer à une encyclopédie spécialisée dans le domaine de la protection de l’enfance. Et à écrire sur ce blog hébergé par Mediapart.

 

Durant mon activité professionnelle, je ne dissimulais pas les valeurs qui m’animaient, tout en étant loyal envers mon institution. Pour faire court, je n’ai pas été un « politique » mais un technicien, qui s’appuyait sur des principes éthiques et se référait à des méthodes professionnelles reconnues. Désormais, je retrouve la liberté d’écriture, comme c’était le cas à l’époque héroïque de L’Estocade.

 Chine_043.jpg Shanghai [Photo YF]

Les trois ordres

Autrefois, les questions sociales étaient marginales, les professionnels du social s’adressaient à des « exclus ». Puis, sans doute avec la montée de la précarité, le vieillissement de la population, la reconnaissance des droits des personnes, et bien d’autres raisons, le « social » a pris une envergure considérable. Les élus, pour qui social rimait jadis avec « bureau d’aide sociale » (juste bon à être confié à une élue, femme de préférence, pourquoi pas ancienne assistante sociale), se sont mis à consacrer une partie de leur temps aux questions sociales. Notre actualité quotidienne est désormais marquée du sceau du social, la presse traite essentiellement de ce qui n’était auparavant la noblesse ni du médiatique, ni du politique : grossesse, petite enfance, enfance, couple, revenus, emploi, santé, logement, vieillesse… et donc : protection de l’enfance en danger, soutien à la parentalité, lutte contre les violences conjugales, contre l’isolement, contre la précarité, la pauvreté, actions en faveur de l’insertion, sociale et professionnelle, maintien à domicile face au handicap et à la dépendance.

 

Parce que tous ces sujets sont le lot de chacun, ou presque, le rapport que le politique et les médias entretiennent avec eux est ambigu. Si ces questions sont la vie des citoyens, alors on ne voit pas bien pourquoi des professionnels devraient s’en charger. C’est-à-dire des gens formés : la bonne volonté devrait suffire. C’est pourquoi, les professionnels du social ne sont pas rémunérés à la hauteur de leur responsabilité, c’est pourquoi le débat public sur l’enfance en danger ou la précarité donne la parole aux bénévoles, aux gens dévoués (pas tous, certains tirent scandaleusement profit de la générosité publique) plutôt qu’à ceux dont c’est le métier et la fonction reconnue par la loi, et qui, pour la plupart, l’exercent en respectant scrupuleusement les règles professionnelles, techniques et éthiques.

 

Dans cet ordre d’idée, je fais un sort particulier au discours démagogique tenu ici ou là sur l’enfance maltraitée : un énorme travail est effectué en France auprès des enfants en danger, un dispositif de protection de l’enfance très élaboré est en place depuis de nombreuses années, des lois ont régulièrement amélioré le dispositif. Evidemment, il arrive que des affaires éclatent, car un enfant a été victime d’une violence qui n’a pu être évitée. Comme la culpabilité des parents ne suffit pas : alors les médias et des associations (dont certaines sont juste là pour fournir un emploi à deux ou trois « bénévoles » financés par la générosité publique) s’en prennent à des travailleurs sociaux dont le travail quotidien de protection n’intéresse pas ceux qui s'ingénient à utiliser l’enfance pour servir leurs propres intérêts.

 DSCN5222.JPG Prague [Photo YF]

L’inégalité en toute l’égalité

C’est ainsi que de façon générale, le social est instrumentalisé : il est souvent invoqué de façon perverse pour satisfaire d’autres objets. Le social est le parent pauvre, à côté du politique et de l’économique. Dans cette trilogie, le social est, en général, à la merci des deux autres. Seule une société véritablement démocratique et républicaine reconnaîtrait l’absence de hiérarchie entre ces trois ordres. Comme il ne devrait pas y avoir de suprématie entre liberté, égalité et fraternité.

 

C’est ce que je tente de traiter dans mon blog, à travers une multitude de sujets, les ramenant à ce lien permanent entre social et politique, ou social et économique. Et bien sûr social et monde médiatique, ce dernier étant le plus souvent inféodé au politique et/ou à l’économique, rarement au « social ». C’est pourquoi j’écris sur ceux qui font les frais de la crise financière, de la crise économique : non pas ceux qui poussent des cris d’orfraie, épaulés par de prétendus « experts » à leur service, et qui s’enrichissent plus que jamais, mais les classes populaires, les classes moyennes inférieures ou « moyennes moyennes », et aussi les plus démunis, ceux qui relèvent des minima sociaux, qui perçoivent le RSA ou l’AAH, et que certains politiciens sans scrupules accusent de vivre de l’assistanat. Au point que cela trouve un certain écho dans l’opinion publique. D’où, en partie, la montée du Front national (qui était déjà bien perceptible dans les discussions du café du commerce ou dans les forums sur Internet).

 

Dans ce combat, ce qui m’intéresse ce sont moins les transgresseurs de la loi (eux, ce sont des fraudeurs ou des truands qui relèvent des autorités judiciaires) que les injustices, les inégalités fondées sur des lois qui les autorisent, ou les favorisent. C’est l’inégalité en toute légalité qui motive mes recherches et qui explique l’exaspération de mes billets, que ce soit en m’appuyant sur divers rapports, sur des événements d’actualité, ou sur des films et documentaires.

 

Au-delà de ces liens de subornation évoqués plus haut, je cherche à trouver d’autres fils conducteurs, dans l’espace, dans le temps, donc dans le monde et dans l’histoire : comme lorsque je rappelle, à l’occasion de l’ouverture des Jeux olympiques à Londres, ce que fut la Révolution industrielle réellement pour les classes laborieuses, me permettant de rappeler que des fortunes actuelles (n’est-ce pas M. Ernest-Antoine Sellière) se sont constituées sur la souffrances des ouvriers, sans que les descendants de ces derniers n’aient, pour le moment, réclamé leur dû. Ou que je fais un rapprochement entre l’enfant unique en Chine et le parti unique.

 

Des articulations peuvent aussi s’établir entre tant de domaines : tout n’est pas dans tout, mais tant d’évènements sont reliés par un entrelacs de fils, pas toujours visibles. J’aime établir ces liaisons, comme au sein du billet Social en vrac (23 parus à ce jour), que certains lecteurs ont qualifié de « coq-à-l'âne très plein d'enseignements » ou de « catalogue gourmand et documenté ». Je joue également de ces entremêlements avec le choix, parfois distancié, des illustrations.

 

Ces liens, je les cherche aussi entre la réalité sociale et ma propre histoire. C’est pourquoi je sacrifie, en particulier pour le présent billet, mais d’ordinaire avec plus de retenue, à l’envie de témoigner d’événements plus ou moins personnels qui peuvent illustrer mon propos. C’est ce qui m’a conduit, entre autres, à écrire sur Jean Ragenès (ancien de Lip) et Charles Tillon, ancien FTP et ancien ministre du Général De Gaulle que j’avais interviewé pour L’Estocade. Mais aussi en évoquant ici ou là des faits vécus à divers moments de mon « parcours », comme par exemple mon expérience en tant que stagiaire dans un hôpital face à la demande de mourir de certains malades en fin de vie (voir Pouvoir abréger ses souffrances : un droit fondamental).

 

Je compte plus que jamais poursuivre la publication d’articles sur Social en question, entre articles de fond, car il y a matière à synthétiser les informations éparses sur la précarité, la dépendance, l’enfance en danger, l’exclusion, et des textes plus « patchwork », dans le cadre de Social en vrac, qui se font l’écho du foisonnement de l’actualité à connotation sociale, où je tente, sans toujours y parvenir,… à faire plus court ! Mais il n'est pas facile, ni même parfois judicieux, de prendre des raccourcis.

 

 DSCN3853.JPG Bordeaux [Photo YF]

Les illustrations de mes billets proviennent de captures d’écran sur Internet (les sources sont toujours indiquées) ou de mes propres photos (YF) ou de photos que je publie avec l’aimable autorisation de leurs auteurs.

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Pourquoi Mediapart ?

Après quelques articles publiés sur lemonde.fr, j’ai décidé d’utiliser le blog disponible sur Mediapart, site auquel je me suis abonné depuis sa création (mars 2008). L’inconvénient : les non abonnés ne peuvent pas commenter. Les avantages : les valeurs que professent les promoteurs de ce site, c’est-à-dire une information militante (qui ne se satisfait pas des injustices, de la corruption, des atteintes au droit et qui œuvre pour plus de démocratie, plus de respect de la devise républicaine), je les partage sans réserve. Par ailleurs, le référencement sur les moteurs de recherche est très bon.

 Rapidement, je n’ai pu me contenter d’ailleurs de ce référencement. Je diffuse désormais un courriel annonçant les nouvelles mises en ligne de billets à 1200 destinataires (amis, connaissances, institutions, ministères, associations, élus, sites divers) sur la France entière. Beaucoup de mes amis me disent le rediffuser à leur tour à leurs propres amis. Des sites d’information reproduisent intégralement ces articles ou fournissent leurs liens, en citant la source. Des revues m’ont demandé la reproduction de certains de mes textes comme la Revue française du service social (article sur la Solidarité) et le Journal de l’Action sociale et du développement social (critique d’un article du  Point sur les « assistés »).

 La rédaction de Mediapart affiche régulièrement en page d’ouverture du journal le lien avec un de mes textes. Je m’en réjouis, car cela démultiplie sa lecture et évidemment exprime l’intérêt que cette rédaction porte à ces textes.

 DSC_0062.jpg New York [Photo Arnaud Rodamel, avec son aimable autorisation]

 Arnaud Rodamel est écrivain, photographe, voyageur... voir ses photos sur le Mali et le Burkina sur son site :   http://arnaudrodamel.blogspot.fr

 

 

 

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