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Billet de blog 26 mai 2014

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Petite lueur dans le séisme

Certes, le Front national fait un score inégalé aux européennes et bien au dessus des autres partis (ce qui en dit long sur la chute des partis de gouvernement, car le FN ne fait « que » 10 % de l’électorat, si l’on tient compte de l’abstention). Mais un mouvement balbutiant, franchement xénophobe, se plante totalement : le « Grand Remplacement » de Renaud Camus.

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Renaud Camus est écrivain. Il publie depuis des années son journal. Difficile de savoir qui le lit quand on découvre qu’il consacre des paragraphes entiers à sa prostate, à son incontinence et à son traitement (si ça vous intéresse, quelques pages sont accessibles en ligne). Bon, il est vrai que cet écrivain aborde d’autres sujets. Il y a plus de 20 ans, il s’en est pris aux « Juifs » qui animaient l’émission Panorama sur France-Culture : dans son journal, il estimait qu’ils traitaient trop souvent de la Shoah ou de la question juive en général. A l’époque, j’écoutais assidûment cette émission passionnante, je n’avais pas fait attention. Il s’est défendu d’être antisémite et quelques bonnes âmes ont volé à son secours. C’est bien connu : c’est pas parce qu’on critique des Juifs qu’on est antisémite, non mais. D’ailleurs, Renaud Camus, dans son château de Plieux, dans le Gers, avait bien exposé en 1997 le plasticien Christian Boltanski : « Derniers jours » montrait des visages de disparus pendant la guerre, dans des salles sombres. Pour l’avoir visitée, je peux attester que c’était impressionnant. Mais c’était avant.

Car non seulement, Renaud Camus est célèbre désormais pour cette charge contre les « Juifs » de France Culture, mais il a fait son chemin, le châtelain de Plieux. Il a créé un mouvement In-nocence (contre les « nocences », c’est-à-dire les nuisances) qui prétend que l’Europe est menacée par le « Grand Remplacement ». Bientôt, les Arabes seront plus nombreux. L’immigration sera la fin de la civilisation française. C’est plus grave que la Guerre de Cent ans et que l’occupation allemande. Evidemment les sites et blogs d’extrême droite lui ouvrent largement leurs portes (que ce soit le Bloc identitaire, Français de souche ou Riposte laïque). Il participe à des colloques extrémistes où il peut déverser sa haine (il a été condamné en avril à  4000 € d'amende pour incitation à la haine raciale). Il accuse les « voyous » de banlieues d'avoir pour mission de reconquérir la France, comme à l’époque de Charles Martel.

 D’ailleurs quand des enfants d’origine maghrébine, à Avignon en 2010 et à Carcassonne en 2012, lancent des cailloux sur des catholiques en prière dans une église, il en fait ses choux gras. Bien sûr, cela paraît grave mais les autorités religieuses catholiques elles-mêmes minimisent et estiment plus graves les commentaires racistes qui s’en sont suivis que les actes imbéciles de ces gamins. A partir de cette histoire, Renaud Camus, à l’instar d’une multitude de sites d’extrême droite, part en guerre contre l’islam qui s’attaque aux églises, et «lapide» les Chrétiens.  

Alors, pour les élections européennes, il a présenté une liste dans le Grand Sud-Ouest. Ses affiches sur les panneaux électoraux (car il n’a distribué aucun document), réclamaient non seulement l’arrêt total de l’immigration, mais l’inversion des flux migratoires, c’est-à-dire, pour cet écrivain qui aime les néologismes, une « remigration humainement menée » et la suppression du droit du sol. Ce qui, selon lui, rétablirait les comptes de la nation (on peut être écrivain et être, volontairement, ignare en économie). Il termine par un appel aux enseignants, parents d’élèves et élèves à faire sécession ( ?) [site le-non.fr]. En exergue, il cite abusivement une phrase célèbre de Brecht à propos du dictateur qui décide de remplacer le peuple, ce qui n'a aucun rapport avec son délire xénophobe.  

Pas de chance : sur 2,9 millions de suffrages exprimés dans le Grand Sud-ouest, il n’a obtenu que 1344 voix, soit 0,05 % ! N’est-ce pas une occasion de garder espoir ? Si la gauche socialiste chute parce qu’elle applique au pouvoir une politique d’austérité voulue par la finance et qui comble d’aise les leaders de la droite (mais bien sûr ils ne l’avoueront jamais), si la droite stagne parce chacun sait justement qu’elle ferait pareil que le pouvoir en place et qu’elle est déchirée par ses luttes internes (la « mafia », disait François Fillon), si le Front National fait un bond en avant incroyable (de 8 à 25 %) par rapport aux municipales, si Marine Le Pen risque plus que jamais d’être au second tour de l’élection présidentielle de 2017, notons tout de même que 90 % des Français n’ont pas voté pour son parti et qu’un mouvement xénophobe n’a fait que 0,05 % des voix. 

On se console comme on peut, y compris en notant que le châtelain de Plieux n’a obtenu que deux voix dans son propre village, sur 127 inscrits et 76 votants (soit 0,026 %) : c’est dire la confiance que lui accordent ses voisins. Il va lui falloir encore beaucoup batailler pour faire accepter sa propagande « antiremplaciste » (sic) ! En désespoir de cause, il voudrait bien soutenir le Front National, le plus proche de ses idées, mais le FN est trop « contre l’Europe », alors que lui voudrait la protéger… contre la « colonisation ». 

Renaud Camus joue les grands seigneurs, face aux hordes sauvages qui le menacent, dans le Gers, au Château de Plieux, qu’il a acquis dans les années 90 en revendant… un deux-pièces dans un quartier chic de Paris. [Photo site renaud-camus.net] 

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