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Billet de blog 26 juin 2014

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Wauquiez et Proglio aggravent leur cas

Laurent Wauquiez est reparti en guerre contre l’assistanat et a accusé le gouvernement de laisser exploser l’Aide médicale d’Etat, alors que, s’il est vrai que celle-ci augmente, la fameuse « explosion » est due à un prévisionnel budgétaire trop bas. De son côté, Henri Proglio n’a pas seulement financé son épouse grâce à une Fondation EDF, qui promouvait l'insertion, mais il aurait déjà pratiqué de la sorte à l’époque où il dirigeait Veolia.

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Laurent Wauquiez est reparti en guerre contre l’assistanat et a accusé le gouvernement de laisser exploser l’Aide médicale d’Etat, alors que, s’il est vrai que celle-ci augmente, la fameuse « explosion » est due à un prévisionnel budgétaire trop bas. De son côté, Henri Proglio n’a pas seulement financé son épouse grâce à une Fondation EDF, qui promouvait l'insertion, mais il aurait déjà pratiqué de la sorte à l’époque où il dirigeait Veolia.

Laurent Wauquiez avait depuis quelques mois levé le pied sur sa bataille contre l’assistanat. Comme je l’indiquais dans mon billet du 20 juin (ici), il n’y avait fait aucune allusion lors de l’émission Mots croisés sur France 2 le 5 mai, ni dans l’interview donnée à Marianne le 9 mai. Sachant que son site de la Droite sociale semblait avoir reculé sur les diatribes que son leader avait lancées à l’encontre des plus démunis, j’en avais déduit qu’il avait pris quelques distances avec une thématique qui, certes, est prisée dans l’opinion publique mais qui lui avait valu les foudres des associations et de certains ténors de son propre camp politique.

J’ai eu droit à une contestation de cette thèse par des lecteurs qui, tout en approuvant ce que je disais sur ce politicien arrogant, estimaient qu’il n’avait pas reculé sur ce discours d’exclusion. L’un, originaire du Puy, étudiant à Bordeaux, m’explique que la Droite sociale reste un tremplin pour accompagner Nicolas Sarkozy pour son retour en 2017, avec des perspectives pour le jeune député en 2022. Et de me signaler l’esclandre provoqué au Parlement par Laurent Wauquiez à propos de l’Aide médicale d’Etat (AME), au cours duquel il a proféré ses attaques classiques contre l’assistanat.

Le député-maire du Puy droit dans ses bottes

Je précise que mon billet a été mis en ligne le samedi 20 juin : le lundi, dans la matinée, je l’ai envoyé à Laurent Wauquiez. Dans l’après-midi du mardi 23, il effectuait dans l’hémicycle sa péroraison violente. Il accusait le gouvernement de faire exploser les dépenses d’assistanat et en particulier celles de l’AME. Il évoquait des abus, s’appuyant pour ce faire sur des sites Internet qui proposent des cartes payantes AME pour accéder à la couverture santé. Il reprochait au gouvernement d’avoir supprimé la franchise de 30 € instaurée sous Nicolas Sarkozy. Bien sûr, il ressortait le slogan éculé (visible sur tous les sites de l’extrême droite et dans les papiers de Valeurs actuelles) : « Ce système est déraisonnable, quel message envoie-t-on lorsqu'un retraité devient imposable alors qu'un étranger en situation irrégulière peut accéder à notre système de soin ? ». Pour faire bonne figure, il prenait même la défense de l’étranger en situation régulière moins couvert, selon lui, que l’étranger en situation irrégulière (1). Et de marteler : « Vous laissez exploser l’assistanat ».

Là-dessus, Marisol Touraine, ministre de la santé, outrée d’avoir été traitée d’arrogante par un arrogant et choquée par les propos du député de Haute-Loire, lui rétorque : « Quel message envoie-t-on quand on bafoue comme vous le faites les valeurs de la République, les valeurs de solidarité et d’humanisme ? »

Passe d'armes Wauquiez-Touraine [capture d'écran LCP]

Il est vrai que les dépenses ont progressé, mais Laurent Wauquiez qui fait mine de lever un lièvre ne précise pas que c’est Marisol Touraine elle-même qui l’a annoncé au Sénat début juin, dans une intervention où elle disait qu’il y avait des abus et qu’il fallait les contrôler (2). Sans pour autant condamner, comme le fait Laurent Wauquiez, le principe de faire en sorte que des étrangers, quelle que soit leur situation, soient soignés par principe d’humanité, et par intérêt pour la France afin que des maladies ne se propagent pas.

Comme d’habitude, Laurent Wauquiez instrumentalise son sujet. Mal vu par une grande partie de ses collègues, absent dans les « débats » autour de l’affaire Buisson puis Bygmalion, il refait surface, en « habitué de ces polémiques », comme le dit le Figaro himself, en détournant l’attention et en utilisant des arguments fallacieux. L’exemple qu’il donne de cartes AME vendues sur Internet, ce n’est pas un abus, c’est de l’escroquerie. Et doit être poursuivie de façon intraitable, comme telle. Si la franchise avait été maintenue (des associations comme Médecins du Monde disaient combien elle entravait la mise en place des soins nécessaires), on ne voit pas en quoi elle aurait empêché des abus ou des escroqueries.

Par ailleurs, qualifier l’AME comme le parangon de l’assistanat, c’est franchement n’importe quoi. Et cela confirme que le député-maire du Puy-en-Velay ne maîtrise pas son sujet.

En effet, l’assistanat c’est bénéficier d’une assistance sans contrepartie. Partir en guerre contre l’assistanat, c’est prétendre que des aides sont accordées sans engagement particulier du bénéficiaire. Or certaines aides ont un caractère d’urgence ou de nécessité absolue qui ne permet pas de mettre en place une contrepartie. C’est le cas de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) en faveur des personnes âgées dépendantes, c’est le cas d’aides financières d’urgence dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance, et c’est le cas de l’AME. Donc accuser cette mesure exceptionnelle d’assistanat n’a pas de sens. Et cela donne raison à tous ces internautes, stigmatisant sans cesse l’UMPS, qui s'évertuent à propager les rumeurs selon lesquelles l’AME prendrait en charge des traitements de confort.

Pour le reste, j’ai déjà écrit ici que dans un contexte de chômage élevé, on court toujours le risque de devoir accorder des aides financières (un revenu minimum) sans parvenir à faire jouer à fond non pas des contreparties, mais la possibilité pour les « bénéficiaires » de se voir proposer des facilités d’insertion sociale et professionnelle. La loi sur le RSA a prévu le principe des « droits et devoirs » (thème cher à Laurent Wauquiez, qui croit l’inventer comme s’il ne savait pas ce que dit la loi). Cette formule est tendancieuse : si elle a du sens pour ceux qui chercheraient à percevoir un avantage, sans s’engager, elle est humiliante pour tous ceux, bien plus nombreux, qui ne considèrent pas que l’insertion doit leur être imposée comme un devoir, mais qu’elle est elle-même un droit qu’ils revendiquent. Qu’un homme politique cherche à se positionner sur ce créneau de « la peur de l’autre » (comme dirait Jacques Barrot, son mentor en politique), à jouer sur le rejet de ceux qui sont victimes, finalement, d’une politique économique (libérale) qu’il soutient, est véritablement indigne. 

Dérive frontiste 

Je constate que même des citoyens de droite (courriels reçus) ne cautionnent pas ce genre de dérive. Il est perçu comme électron libre, imbu de lui-même et capable de faire feu de tout bois : avec ses airs de gendre presque idéal, pour occuper le terrain et ratisser les voix dans des recoins troubles, il est capable de tout. Ce ton péremptoire est insupportable, cette hargne permanente contre l’assistance donne la nausée, d’autant plus que cela ne respire pas la conviction mais reflète son insincérité…

Même Marion Maréchal-Le Pen n’a pas osé l’applaudir au Parlement. Pourtant, son discours contre la gratuité pour les plus pauvres rejoint celui du Front national, comme au Pontet où le nouveau maire FN a décidé de faire payer la cantine aux familles qui en étaient, jusqu'alors, exonérées compte tenu de leurs très faibles revenus. L’opposition UMP a contesté une telle décision, considérant que le combat contre la gratuité, érigé en principe, nous conduit à « une société qui rappelle de mauvais souvenirs » (dixit un élu du parti de M. Wauquiez).

Je dois donc battre ma coulpe : contrairement à ce que j’annonçais, Laurent Wauquiez n’a pas abandonné le terrain de la lutte contre l’assistanat, et il l’a montré de façon tonitruante à l’assemblée. Les applaudissements de ses collègues ont dû lui faire chaud au cœur. Nombreux observateurs  considèrent qu’il montre là son vrai visage : non pas celui d’un homme affable, attentif aux souffrances de ses concitoyens. Toute sa phraséologie est de laisser entendre finalement que tous ces gens aidés sont des tricheurs, des gens qui abusent. Il fait mine de ne pas se rendre compte que les populations, y compris dans sa ville, qui vivent des situations sociales difficiles, sont meurtris par les propos qu’il tient et qui font les délices d’une multitude de sites d’extrême-droite, qui le glorifient et le présentent presque comme leur étendard.

Alors que je l’avais interrogé auparavant, sans qu’il réagisse, Laurent Wauquiez a attendu la parution de mon billet du 20 juin et du complément dans celui du 24 (ici), qui ont fait quelques bruits dans le landerneau vellave, pour me répondre. Et, alors que je porte des accusations graves, voici ce que, gentiment, il m’écrit :

« J’ai beaucoup de respect pour les personnes qui s’engagent pour leurs idées. Je ne partage pas pour autant les vôtres, loin s’en faut.

Je dénonce les dérives de l’assistanat car à mon sens il est urgent de mettre fin à l’illusion du tout gratuit qui tue notre modèle social. Mettre fin au tout gratuit ne signifie en aucun cas faire moins de social. Il s’agit au contraire de le refonder sur des bases saines en réaffirmant qu’il ne peut exister de droits sans devoirs. La réalité, c’est que le système finit aujourd’hui par décourager celui qui travaille sans aider celui qui cherche du travail.

Je suis plus que jamais déterminé à promouvoir une vision du social fondée sur les droits et les devoirs. » 

_______

(1) C’est une tactique chez lui : défendre par exemple la caissière de supermarché pour mieux démonter les intermittents (interview dans le Figaro du 17 juin).

(2) Si Laurent Wauquiez suivait vraiment les dossiers, il saurait que le dérapage des dépenses était déjà prévu et annoncé en 2013, voir le Figaro du 7 novembre. Les dépenses n’ont pas à proprement parler explosé : c’est le gouvernement qui a prévu un budget trop faible, alors qu’il était évident qu’il ne suffirait pas. Le député UMP Claude Goasguen craignait en novembre 2013 que les dépenses de l’AME atteignent 897 millions d’euros  en 2013, au lieu des 700 millions les années précédentes. Laurent Wauquiez a cherché les hourras UMP en accusant la dépense d’avoir atteint 744 millions. C’est petit (si l'on peut dire).

Veolia partout y compris sur le pont Legii sur la Vtlava à Prague [Photo YF]

 Henri Proglio avait déjà récidivé

Henri Proglio, PDG d’EDF, n’a pas seulement accordé une copieuse subvention à sa compagne, l’humoriste Rachida Khalil, à travers la Fondation EDF, sensée lutter, en principe, en faveur de l’insertion (1). Selon Libération du 25 juin, déjà lorsqu’il était à la tête de Veolia, la future Madame Proglio aurait reçu de cette entreprise 135 000 €. Tracfin, l’office qui traque les blanchiments d’argent, cherche à repérer à quoi correspondent les versements de 1,8 million sur le compte de cette dame, provenant d’EDF ou de prestataires de cette dernière. L’ancien directeur de la communication de Veolia prétend aujourd’hui que Veolia voulait soutenir la « diversité » en soutenant le spectacle de l’humoriste. Très drôle.

(1) voir mon billet Que faire des corrompus ?

Billet n°128

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

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