«Valeurs Actuelles» flirte avec Wauquiez

«Valeurs Actuelles», l'hebdo de la droite-extrême, a publié une longue «confession» de Laurent Wauquiez qui brigue la présidence des LR. Il repart en guerre contre les gens condamnés à vivre du RSA.

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On doit bien avoir à l'esprit que VA est un canard qui milite pour un rapprochement des LR de droite avec le FN. C'est leur fil rouge, ou noir. Pendant la campagne présidentielle, VA a fait des courbettes à François Fillon et à Marine (et Marion) Le Pen, et a flingué Juppé. Aujourd'hui, son poulain c'est Laurent Wauquiez. Ce dernier accuse donc la droite d'être soumis à la pensée de gauche. Il réclame une droite de droite, et clame sa passion pour le bonimenteur raciste, sexiste, xénophobe et islamophobe, Eric Zemmour.

Alors même que droite et extrême-droite avaient quelque peu levé le pied dans leurs attaques indignes contre les "assistés", voilà qu'il revient à la charge : "nous n'avons pas su expliquer la différence profonde entre le travail et l'assistanat". Et de marteler sa volonté d'investir le social : "par le travail, qui est l'inverse du social par les prestations" (et tente de se faire mousser pour des mesurettes prises dans sa région pour inciter les gens au RSA d'accepter des formations, y compris lorsque ces dispositifs existent déjà). Il ose confier qu'il s'est émancipé des idées centristes précisément "au moment de la bataille sur le RSA". Lui qui fait son beurre sur le mythe des classes moyennes, reproche à Emmanuel Macron de ne pas les connaître (?) et de les appeler "ceux qui ne sont rien" : comme si Macron visait les classes moyennes et alors que lui-même, Wauquiez, passe son temps à insulter les plus démunis, ceux qui n'ont rien. Les mêmes sans doute.

. Valeurs Actuelles du 21 au 27 septembre. 

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La parole du maire du Puy

Laurent Wauquiez, qui veut passer pour un homme politique de terrain, s'emploie régulièrement à ironiser sur ses collègues parisiens. Monsieur, bien que Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, veille à laisser croire qu'il est Ponot et qu'il habite toujours auprès du "peuple", c'est-à-dire au Puy-en-Velay.

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C'est ce qu'il déclarait au moment de quitter la mairie pour la Région : "ma famille habite au Puy, mes enfants y sont scolarisés, donc je continuerai à veiller sur elle [la ville du Puy]". Pan, voilà qu'il se trahit dans une interview à France 3, à Belfort, où il tacle comme d'habitude ses petits camarades, en disant : "Je ne vais pas rester chez moi, à Paris" ! Pas bien grave, mais bien significatif du double langage du bonhomme.

. Lolo en legging dans les rues du Puy avec Charlotte pour fêter... l'Oiseau du Roi (ou l'inverse) : la preuve formelle qu'il y séjourne quelques fois.

Le JDD n'est pas de droite

Hervé Gattegno, directeur du Journal du Dimanche (JDD), est l'invité le 24 au soir de France Culture. Il croit pouvoir démontrer que son journal n'est pas de droite. La preuve ? Il reçoit des lettres qui lui reprochent d'être de droite et d'autres d'être... pro-Macron ! Gattegno fut jadis journaliste d'investigation, depuis il a volé au secours de Nicolas Sarkozy en contestant les infos de Mediapart sur le financement de sa campagne par Kadhafi. Peu après, il a été nommé au JDD, qui appartient à Arnaud Lagardère le "frère" de Sarko. Il justifie aujourd'hui la publication, dans le JDD, de publicités confondues avec la partie rédactionnelle, trompeuses pour le lecteur, en invoquant, pour la dernière en date, la bonne cause : une entreprise s'y vante de recruter des... handicapés ! Enfin, tandis que le journaliste de France Culture le titille sur le sujet, il loue son "supplément féminin" : la preuve qu'il est de qualité ? Il est publié par quelques autres journaux. En fait, c'est Fémina, supplément diffusé le dimanche... dans 33 quotidiens (dont L'Alsace, L'Est républicain, Sud-Ouest, La Dépêche). Belle preuve de qualité ! Et qui produit Fémina, comme Europe 1, Paris-Match, Elle, Fayard, Stock, Grasset, Larousse ou C dans l'air ? Le groupe Lagardère. YF

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Pôvres riches !
La suppression de 240 000 emplois aidés permettra d'engranger 2,5 milliards d'euros, la baisse des APL 1,4 milliards au détriment des HLM (qui du coup viennent de rompre les négociations avec le gouvernement face à une décision aussi irresponsable). Par contre, Emmanuel Macron compte soulager les plus riches : il leur redonne 7 milliards en supprimant pour partie l'Impôt Solidarité sur la Fortune (ISF) et en abaissant la fiscalité sur les revenus du capital.
Comment faire passer la pilule ? Faudrait pouvoir dire que ceux qui payent l'ISF sont des gens modestes : un peu gonflé, non ?
C'est ce qu'a fait pourtant le 24 septembre au matin sur France Inter le député LREM Gilles Le Gendre en déclarant : "il n'y a pas que les riches qui payent l'ISF. Aussi des classes moyennes". Si certains payent l'ISF du fait d'un patrimoine immobilier de valeur (c'est le fameux exemple qu'on nous ressasse sans cesse du petit propriétaire de l'île de Ré), ils ne seront pas concernés puisque l'exonération de l'ISF touchera les patrimoines en actions. Prétendre que posséder 1,3 millions d'euros en actions c'est relever des classes moyennes c'est démontrer par A + B combien la notion de "classes moyennes" est manipulée. J'ai une pensée pour ce retraité qui, dans un reportage télé, disait récemment toucher 858 € de pension et 84 € d'allocation logement et qui avec la baisse de 5€ sur les APL se plaignait "qu'on s'en prenne toujours aux classes moyennes". Il croyait en être. Il ajoutait, timide : "il faudrait en prendre un peu chez les gens aisés".

J'voudrais payer l'ISF !
J'ai recueilli ce témoignage : dans un quartier huppé parisien, tous les occupants d'un bel immeuble de standing sont soumis à l'ISF. Sauf un, qui est la risée des autres, qui s'en rendraient compte en voyant les enveloppes du fisc le jour de leur arrivée dans les boites aux lettres. Un seul n'y a pas droit, qui serait presque tenté de réclamer à Monsieur Trésor d'être taxé, faiblement, juste pour recevoir lui aussi son enveloppe. Cela paraît trop drôle pour être vrai, pourtant, apparemment, l'info est sourcée et émane d'un des habitants de cet immeuble.

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En passant, j'ai commencé la lecture d'un ouvrage collectif : Ce que les riches pensent des pauvres (Seuil), en vue d'en rendre compte sur ce blog. Ce livre devrait être lu par Laurent Wauquiez : les auteurs écrivent que le "racisme de classe" relève de l'idéologie méritocratique consistant à considérer les pauvres comme manquant d'intelligence et d'ingéniosité, mais exprime aussi "un dégoût à l'égard des pauvres", justifiant de les mettre à distance par peur rejet et volonté de se distinguer d'eux. "La représentation des pauvres comme des paresseux ou de perpétuels assistés pourrait être aussi l'expression de cette tendance à rechercher la cause de la pauvreté dans la nature des êtres". Et ainsi à écarter "l'idée selon laquelle les pauvres seraient les victimes d'un système injuste".

Le volume du Code

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Certains fidèles zélés du patronat se sont employés à propager la thèse selon laquelle le Code du travail serait trop lourd, aurait 3000 pages (sachant pertinemment que c'est faux, confondant allègrement articles et commentaires des éditions Dalloz), serait plus gros que celui de la Suisse (alors que des textes complémentaires importants existent, dans des conventions collectives ou selon les cantons). Bref, on allait arranger tout ça. L'objectif étant bien sûr, non pas de réduire forcément le nombre de pages, mais de porter atteinte aux garanties que fournit ce Code aux salariés (même si une partie de l'épaisseur est due à des exceptions réclamées par le patronat). Donc ordonnances : qui font près de 200 pages ! Qui vont de fait augmenter le volume du dit Code. Et qui s'insurge aujourd'hui sur le nombre de pages ? Ni Bayrou qui fut abonné au geste de dégoût en manipulant le gros livre rouge lors d'émissions de télé sur France 2 (sur la télé publique donc, chez Ruquier et à DPDA), ni Pujadas, ni Calvi qui, plus tard, l'imitèrent.

. Ces petits textes sont parus sur mon compte Facebook du 24 au 26 septembre, dans une version un peu plus courte.

 

Billet n° 344

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