J’ai évoqué ici, début décembre, le film Se battre réalisé par Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, qui avait été présenté par le réalisateur à Auch dans le cadre du festival Indépendance(s) & Création. Ce film rend compte de la précarité, de la pauvreté que subissent beaucoup de nos concitoyens, sans que les médias ne s’en fassent souvent l’écho, sauf pour se donner un peu bonne conscience. Là, les cinéastes ont passé du temps auprès des habitants de Givors (Rhône) qui galèrent au quotidien, et ils ont capté leur parole.

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« Des scènes très touchantes rendent compte de la souffrance sociale au-delà de tout discours, de toute démonstration : une femme se rend chaque jour auprès du Gier, la rivière qui traverse la ville, donner du pain aux canards, cygnes et ragondins, qui la connaissent et viennent au devant d’elle (elle récupère des croûtons où elle peut). Jadis, elle fréquentait une bibliothèque, mais désormais elle n’y voit plus très bien. Elle n’a pas les moyens d’acheter des lunettes adaptées et ne peut avouer comment elle se nourrit pour survivre : « je suis exclue de tout. Je n’ai plus de petits plaisirs, excepté venir là donner à manger à ces animaux ». Elle a accroché son sac rempli de pain sec à des petites branches d’un arbre. Pour le récupérer, elle va mettre beaucoup de temps, tellement elle veut protéger ces petites branches, ces petites feuilles. Cette scène, prise sur le vif, est totalement inattendue. Aucun scénario ne pourrait l'envisager : on retient son souffle, à regarder cette femme, toute remplie de respect, de délicatesse, pour ce qui l’environne : ces animaux sauvages, cet arbre. Elle qui a pensé se jeter dans cette rivière pour s’y fondre définitivement. Ne faire de mal à personne, juste disparaître. »

 

« La projection terminée, on éprouve dela colère. Contre un système qui jette sur le pavé tant de gens qui se taisent, et aussi contre ceux qui déversent à longueur de journée, dans les média, des politiques ou des « experts », leur mépris à l’encontre de ces misères et de ces parias qui, pourtant, se battent pour survivre. Car ils se battent au quotidien, à leur manière, pas de façon tonitruante, pas un combat public, mais une bataille de tous les instants, cachée, isolée. Et l’on vient à se demander, alors que l’on bénéficie d’un certain confort, où trouvent-ils, eux, les ressources de leur combat ? »

 

Ils refusent de se laisser abattre, ils sont condamnés à l’espoir : « Plus tu pleures, plus tu ramasses la misère. Quand tu ne pleures pas, la misère ne vient pas ».

 

J’écrivais ces lignes dans mon article. J’aurais pu aussi citer cette femme qui nous livre tout son malheur en nous confiant : « Je suis née toute seule ».

 

Intéressés par le contenu de ce film, des lecteurs m’ont demandé de leur préciser sa date de sortie car à l’époque de mon article il n’était pas encore diffusé. Le film sort en salle le 5 mars. Dans les prochains jours, en avant-première, il passe à Chambéry, à l’initiative du Secours catholique (en présence de Jean-Pierre Duret), à Annecy, à Annemasse, à La Roche-sur-Foron, et une nouvelle fois à Auch le 31 janvier en présence de Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire France (le film montre le dévouement des militants de cette association caritative laïque).

 

J'insère ici une première maquette de l’affiche (non encore publiée) qui sera peut-être la version définitive, ainsi qu’une photo du film que Jean-Pierre Duret et Andrea Santana m’ont obligeamment communiquée. 

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