Assistanat : le discours indigne de Nicolas Sarkozy

Le candidat de l’UMP continue, sans vergogne, à mener son combat indigne contre l’assistanat. Son appel à un grand rassemblement le 1er mai au nom du « vrai travail », pour fêter « ceux qui travaillent dur »,  « qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille », est ignoble: non seulement parce que cette suspicion est infondée mais parce qu’il cherche ouvertement à monter les Français les uns contre les autres. Et ceux qui ont du travail (si peu payé soit-il) contre ceux qui n’en ont pas.

Le candidat de l’UMP continue, sans vergogne, à mener son combat indigne contre l’assistanat. Son appel à un grand rassemblement le 1er mai au nom du « vrai travail », pour fêter « ceux qui travaillent dur »,  « qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille », est ignoble: non seulement parce que cette suspicion est infondée mais parce qu’il cherche ouvertement à monter les Français les uns contre les autres. Et ceux qui ont du travail (si peu payé soit-il) contre ceux qui n’en ont pas.

Dans la même veine, en déplacement à Saint-Cyr-sur-Loire, le 23 avril, celui qui est tout de même encore président de la république déclare : « le travail qui rapporte moins que l’assistanat, c’est une véritable injustice et cette injustice, je dois y apporter réponse ».

Cette sempiternelle ritournelle revient dans la quasi-totalité des discours du candidat-président. Dans sa lettre aux Français, il assène : « nous avons consacré des milliards à maintenir des gens dans l’assistanat ». « Nous l’avons payé d’une défaite financière ». Et de se lamenter sur la « défaite morale » que cela impliquerait à ses yeux : « nous avons envoyé un message désastreux à notre jeunesse et découragé le travail en faisant de l’assistanat une situation plus confortable que l’activité ».

 

Jamais un homme politique aspirant aux plus hautes responsabilités, encore moins alors qu’il les assume déjà, ne s’est exprimé avec autant de mépris à l’encontre d’une partie des citoyens. Car il vise tous ceux qui, n’ayant pas d’emploi, perçoivent des indemnités de chômage (assurance) ou le RSA (assistance). Et si le chômage est à ce niveau dans notre pays ce n’est pas la faute des chômeurs mais bien d’une économie en crise, dont les causes sont évidemment multiples mais dont Nicolas Sarkozy ne peut pas, sans un culot phénoménal, se dédouaner. Le pays souffre d’un déficit budgétaire qui a été délibérément organisé pour favoriser une caste de privilégiés (en ce sens d’ailleurs, il est faux de dire que sa politique est un échec : il a réussi à accroître considérablement les inégalités, à faire donc qu’une minorité, qui le soutient, tire, au maximum,  profit de son quinquennat). Et si la dette souveraine a cru de façon vertigineuse en cinq ans, plusieurs analystes ont démontré que cela incombait pour 500 milliards d’euros, sur 650, à des choix économiques et budgétaires inadaptés.

 

La peur de devoir solliciter l’assistance :

Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy fut ovationné lors de sa victoire par des militants UMP hurlant dans les rues de Paris : « Fini l’assistanat ! ». Il a compris qu’il existait effectivement dans notre société un sentiment de mal être (peur justement d’être déclassés et de devoir faire appel à l’assistance) qui se cherche un bouc émissaire. Son discours joue sur cette peur et il souffle sur les braises. Les citoyens aux revenus modestes, qui se croient souvent « classe moyenne », se disent pris en étau entre les classes populaires (dont ils sont parfois) et la classe possédante. Eux seraient laissés pour compte.

 

Dans ce contexte, plusieurs candidats ont tenu un discours contre les riches (au grand dam du Point qui a publié un dossier sur « la haine des riches » dans la campagne présidentielle, l’éditorial s’en prenant, sans pudeur, à « l’équarrissage égalitaire » cherchant à « expédier aux Restos du cœur ceux qui n’y vont pas encore »). Des stars sont montées au créneau pour dire leur mécontentement de devoir payer plus d’impôt si la gauche arrive au pouvoir : Bruel se plaignant d’être victime d’une véritable « spoliation », Françoise Hardy déclarant dans Paris Match qu’elle ne pourrait pas payer plus d’ISF (40 000 € actuellement !) : « je serai à la rue ». Ou Djamel traitant de « ridicule » le projet de Hollande de taxer à 75 % les revenus au delà de 1 million d’euros.

Au demeurant, il est difficile pour le citoyen lambda de s’en prendre aux réelles injustices, aux inégalités criantes. Les « riches » sont inaccessibles. Ils sont dans un autre monde. On trouve alors le fautif : le précaire, le pauvre qui est là tout près. Sabrina, interviewée dans Le Monde du 26 avril, déclare qu’elle a voté Mélanchon « parce qu’il parle aux salariés et pas aux assistés ». Prête à voter Hollande sauf « s’il nous gonfle avec l’assistanat », se moquant de son projet d’augmenter la prime de rentrée scolaire.

 

Il est clair que le vote Le Pen (plus dans les campagnes que dans les villes ou les quartiers populaires) est lié à ses slogans contre l’immigré, premier bouc émissaire, et à son discours sur l’assisté, deuxième victime expiatoire, hargne tellement attisée par Nicolas Sarkozy.

 

Des moyens convenables d’existence :

Les plus pauvres n’ont jamais été réellement en odeur de sainteté. Mais notre démocratie, même si elle trahit sa devise « égalité », fait effort toutefois pour ne pas trop oublier la « fraternité ».*

Plusieurs lois prévoient des mesures d’assistance (c’est l’intérêt de la République de n’avoir pas des cohortes de pauvres dans les rues sans aucune ressource). Elles ne se contentent d’instaurer des aides : elles affirment aussi des valeurs. La loi du 2 janvier 2002 sur l’action sociale et médico-sociale en appelle au « respect de l’égale dignité de tous les êtres humains » et l’article L115-1 du Code de l’action sociale et des familles stipule : « toute personne qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation de l’économie et de l’emploi, se trouve dans l’incapacité de travailler, a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence ».

 

Un chef de l’Etat ne peut faire fi des lois de son pays. Lorsqu’il insulte les « assistés », il n’agit pas pour la cohésion sociale mais excite les rancoeurs, entretient les jalousies, organise les divisions. Par simple calcul politique, il commet de graves dégâts dans notre société. Il favorise l’expansion du Front National et porte délibérément atteinte à l’exigence démocratique du « vivre ensemble ». Il est temps que celui qui préside aux plus hautes fonctions du pays s’adresse de façon respectueuse aux personnes les plus démunies (et prenne, bien sûr, les mesures de justice sociale possibles et nécessaires).  

 

Yves Faucoup

Ancien directeur de l’action sociale d’un Département, consultant et enseignant en action sociale

 

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* La Banque alimentaire, par exemple, lance actuellement sa campagne de collecte de produits de première nécessité (s’il était cohérent, le candidat de l’UMP devrait dénoncer cet assistanat forcené).

 

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