Larmes fatales

Les larmes sont de plus en plus prisées dans le débat politique. Affaire Bygmalion et victoire du FN, que de larmes versées, en public. Aveu... de sincérité ?

Les larmes sont de plus en plus prisées dans le débat politique. Affaire Bygmalion et victoire du FN, que de larmes versées, en public. Aveu... de sincérité ?

 

On se souvient des larmes d’Obama après sa réélection, en 2012, devant son équipe de campagne. Certes, il était sans doute heureux, mais il confiait à ses militants : « Vous êtes tellement meilleurs que je ne l’étais (à votre âge) ». Etait-ce vraiment du bonheur ? Et Elsa Fornero, ministre italienne des affaires sociales, qui éclate en sanglots lors d'une conférence de presse face aux "sacrifices" imposés par un plan de rigueur draconien en 2011. Chez nous, c'est Ségolène Royal en pleurs après son échec à la primaire socialiste. On n’a pas oublié non plus, car l’extrait est passé en boucle, Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, qui fait un tabac à la télévision lorsqu’il réagit en larmes à l’aveu de culpabilité de Jérôme Cahuzac, véritable trahison pour le combat socialiste qu’il mène. Un succès télévisuel dont il dit qu’il se serait bien passé, mais qui lui a permis d’être interviewé par moult médias et d’écrire un livre sur le sujet.

 

Le soir de la claque aux européennes et de la victoire du Front d’extrême droite, Jean-Luc Mélenchon, particulièrement mélancolique, n’a pu terminer son discours tellement il était étreint par l’émotion. Il avait eu le temps tout de même de lancer un appel aux travailleurs : « Ne permettez pas que la France soit autre chose que ce qu'elle est dans le cœur du monde entier. »

 

Pascal Durand, EELV, n’a pu répondre aux questions des journalistes, car « il s’est effondré en pleurs », selon Le Canard enchaîné du 28 mai, qui rapporte le commentaire d’un sénateur vert : « Dire qu’il va falloir se taper les fachos à Bruxelles ! Avec un gars en acier comme Durand, les fachos peuvent dormir tranquilles ! ».

 Lavrilleux.jpg [capture d'écran BFM TV]

Jérôme Lavrilleux, sur BFM TV lundi 26 mai, alors qu’il venait opportunément d’être pour la première fois élu, et au Parlement européen (tête de liste, excusez du peu), pleurnichait pour avoir, avec quelques complices, commis une grosse bêtise avec les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy et ceux de l’UMP de Jean-François Copé (à l’insu de leur plein gré, bien sûr).

A la suite de quoi Eric Ciotti, qui semble pourtant plus copéiste qu’un partisan de Copé, larmoie face à ces tricheries, en pensant à cette pauvre femme au RSA qui a donné 300 € à l’UMP lors du Sarkoton (en plus, sans même pouvoir récupérer une partie de cette somme sur sa non déclaration d’impôt : c’est l’abnégation totale, à moins que, comme dirait Laurent Wauquiez, le montant du RSA est encore vraiment trop élevé).

 

Et Roselyne Bachelot sur Direct 8 s’y met aussi : elle « pousse un vrai cri du cœur, les larmes aux yeux, sur l’affaire Bygmalion » (Le Figaro du 28 mai).

 Bachelot_2.jpg [capture d'écran D8]

Diane, militante UMP, interviewée dans l’émission de Pascale Clark (France inter du 28 mai), fond en larmes à l’idée que Jean-François Copé ait du démissionner, un « homme tellement charmant, qui a tellement fait pour son parti ».

 

Et cela déteint sur les sportifs puisqu’au même moment, battu à Roland Garros, « Llodra, en larmes, dit adieu au tournoi » (Le Parisien du 27 mai).

 


Bon, je ne me moque pas : les larmes sont l’expression de l’humanité. Du coup, elles humanisent celui ou celle qui les verse. Fatalement, calculées ou pas, elles apparaissent comme un aveu... de sincérité. Il ne sert à rien de les ravaler, et elles ne sont pas toutes de crocodiles. Elles ne sont pas toujours amères, elles sont parfois de joie. Non, je me demande plutôt avec Jules Renard : « Que deviennent toutes les larmes qu’on ne verse pas ? ».

 

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