Les ministères sociaux restent féminins

 On commente à satiété le fait que le ministère de l’Education nationale est pour la première fois dirigée par une femme. A la tête de tous les ministères sociaux, les titulaires du poste sont des femmes. Vieille tradition, non commentée.

 

On commente à satiété le fait que le ministère de l’Education nationale est pour la première fois dirigée par une femme. A la tête de tous les ministères sociaux, les titulaires du poste sont des femmes. Vieille tradition, non commentée.

 

 

Tous les médias se sont attardés non seulement sur le ministre de l’économie, mais aussi sur la nouvelle ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, première femme à occuper le poste. Avec des commentaires inhabituels lorsqu’il s’agit d’un homme, sur son physique, son sourire, sa jeunesse, et la conviction pour certains qu’elle est envoyée au casse-pipe à cause des ABCD de l’égalité entre filles et garçons ! Il est vrai que les plus extrémistes à droite se déchaînent : La Manif pour Tous bien sûr, mais aussi l’inénarrable Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet qui ne veut pas être en reste, et cette pauvre Nadine Morano.

 

Mais certaines nominations n’ont fait l’objet d’aucun commentaire : celles concernant les ministères dits sociaux. Restent en place : Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé, Laurence Rossignol, chargée de la famille, des personnes âgées et de l’autonomie, et Ségolène Neuville, chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Arrive dans ce ministère, pour compenser le départ de NVB, Pascale Boistard, chargée des droits des femmes.

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, tous ces ministères ont été tenus par des femmes : Michèle Delaunay (personnes âgées et dépendance), Dominique Bertinotti (famille), Marie-Arlette Carlotti (personnes handicapées et exclusion). Rien de nouveau sous le soleil : c’est une vieille tradition. Rappelons quelques figures féminines à la tête du ministère de la santé ou des affaires sociales : Marie-Madeleine Dienesch, Hélène Missoffe, Michèle Barzach, Elisabeth Hubert, Roselyne Bachelot, et bien sûr Simone Veil.

 

Tout de même, sur les grands maroquins de la santé ou du travail, plus honorables, les hommes restent majoritaires. Mais dès que l’on va sur les ministères délégués ou secrétariats d’Etat sociaux, alors peu d’hommes se bousculent au portillon. Sous Nicolas Sarkozy, également, aucun homme : Nora Berra, Marie-Anne Montchamp, Valérie Létard (ancienne assistante sociale).

 

J’ai abordé quelques fois la question sur ce blog (ici et ) : les sujets liés à la précarité, au vieillissement, au handicap, à la famille, paraissent concerner chacun d’entre nous. Cela ne semble pas être une affaire de professionnels, mais plutôt de bénévoles, d’où le fait que la société a confié longtemps ces missions aux femmes. Même si ces dernières ont lutté pour faire reconnaître leur activité comme professionnelle, et donc exigé une formation et un salaire décent.

 

Bien sûr les choses ont progressivement changé, surtout à partir du moment où les questions sociales ont envahi l’espace public. Le temps est loin où une Simone Veil, magistrate, dut se contenter d’un ministère des affaires sociales, moins glorieux, parce qu’un dénommé Jean Lecanuet, oublié aujourd’hui, exigeait de Valery Giscard d’Estaing d’être, lui, ministre dela Justice. Mais, on le voit, de vieilles traditions perdurent. D’ailleurs, sur le terrain, dans le domaine social, les femmes sont nettement majoritaires. Ce qui d’ailleurs pourrait justifier que les postes d’encadrement et les ministères soient tenus justement par des femmes (c’est un argument qui a été invoqué pour le ministère de l’Education nationale, où le corps enseignant est majoritairement féminin).

 

Evoquant un jour ici ce sujet, j’ai eu droit à des commentaires indignés : l’urgence n’est pas de favoriser l’accès des hommes à des métiers essentiellement occupés par des femmes, m’affirmait-on. Je ne dis rien de tel : je dis simplement que cette question est le plus souvent occultée. On insiste sur les postes « masculins » que des femmes pourraient occuper, et ces dernières ne se privent pas, à juste titre, de tout faire pour y accéder. Inversement, les hommes rechignent à aller sur des métiers considérés traditionnellement comme féminins, même s’il ne s’agit que d’un stéréotype. Ce qui est grave ce n’est pas que les hommes n’aillent pas sur ces métiers (rien ne les en empêche), c’est que les mentalités continuent à assigner des fonctions particulières aux femmes, y compris professionnelles. Y compris ministérielles.  

 [Yves Faucoup, assistant social de formation initiale]

 

 * Je m'en tiens, dans ce billet, aux ministères sociaux traditionnels. Evidemment, j'aurais pu évoquer deux autres ministères à vocation sociale : les ministères du Logement et celui de la Ville. Le premier est tenu par Sylvia Pinel (après Cécile Duflot), le second par Patrick Kanner (remplaçant NVB sur la Ville, la Jeunesse et les Sports), secondé sur la Politique de la Ville par Myriam El Khomri, secrétaire d'Etat.

 

 assistantes_sociales_1942.jpg

 Cette affiche, souvent attribuée au Ministère de la Santé Publique en 1940 (avant ou après Pétain, sans précision), daterait en réalité, selon le site de l’Université de Stanford, de novembre 1942.

 

Billet n°141

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.