Première dame exit : mais qui va s’occuper du caritatif ?

Cette phrase tout en finesse résonne à l’unisson avec celle de Laurent Fabius qui demandait, si Ségolène Royal était candidate à la présidentielle en 2007, « qui va s’occuper des enfants ? » 

Cette phrase tout en finesse résonne à l’unisson avec celle de Laurent Fabius qui demandait, si Ségolène Royal était candidate à la présidentielle en 2007, « qui va s’occuper des enfants ? »

 

Lors de l’émission C dans l’air, le 27 janvier, Christophe Barbier, directeur de L’Express, fidèle à lui-même, sautillant comme un cabri, s’inquiétait à haute voix : mais qui, ma pôve dame, va répondre aux associations caritatives ? Et Julie Gayet, va-t-elle accepter de jouer le rôle dévolu aux premières dames, à savoir celui de dame charitable si ce n’est patronnesse ? Il redoutait que les Français ne puissent plus écrire à la compagne du président pour lui faire part de leurs malheurs. Outre que cette inquiétude est d’un ridicule consommé (à l’image de tant de commentaires en boucle sur cette affaire privée), on se prend à rêver pour Christophe Barbier un peu de repos (son hebdo sortait au même moment un dossier sur le « burn-out »).

 

Gala (après Closer) :

Valérie Trierweiler s’est donc rendue en Inde, pour un voyage caritatif avec Action contre la faim (ACF), malgré l’opposition de François Hollande qui, après la rupture, ne le souhaitait pas. De son côté, ACF était dans ses petits souliers : ce n’était certes pas les meilleures conditions pour assurer la promotion de son action en s’appuyant sur une personnalité de premier plan. L’association caritative a été obligée de rassurer ses donateurs : elle ne finance pas le déplacement de l’ex-première dame, c’est Air France qui a fourni les billets d’avion dans le cadre de son mécénat. Les dons ne financent même pas le gala, c’est-à-dire le dîner organisé en Inde pour une lever de fonds en vue du financement d’une recherche visant à améliorer le traitement de la malnutrition aiguë (8 millions d’enfants en Inde souffrent de malnutrition aiguë sévère).

Il faut bien avouer que la plupart des médias se sont plus intéressés à l’ex-First Lady qu’à la faim dans le monde. Comme d’habitude. Charognards soucieux de scruter la manière dont elle soignait son chagrin auprès de plus malheureux qu’elle.

 Inde_ACF.jpgInde, document ACF

Enfance maltraitée :

 Il y a quelques victimes collatérales dans cette histoire de séparation et de romance élyséennes : André Vallini, sénateur et président du conseil général PS de l’Isère, qui courtisait la première dame pour faire que 2014 soit l’année de lutte contre l’enfance maltraitée, est marri. Je ne reviendrai pas sur la démagogie de cette opération qui consistait à dire que cette question est un sujet tabou dans notre pays et qui devait permettre à quelques personnes de se faire une notoriété à bon marché. Je voudrais juste exprimer ma compassion envers le sénateur, moqué par ses pairs, qui voit s’éloigner la perspective d’accéder au poste de Garde des sceaux, tant convoité (je m’en tiens là car l’UMP 38 va encore exploiter mes textes pour régler ses comptes avec son adversaire politique).

 

Lettres à la Présidence :

Bien sûr que la « Présidente » reçoit du courrier, comme le Président en titre d’ailleurs. Il s’agit beaucoup de lettres de demandes d’aides financières. J’ai encore le souvenir d’avoir vu passer ces lettres : « Cher Nicolas, vous êtes vraiment celui qu’il nous fallait pour diriger le pays. Je suis dans la dèche, pouvez-vous me faire avoir une petite aide ?». Et les services de l’Elysée, hier comme aujourd’hui, que ce soit pour des courriers destinés à Madame ou à Monsieur, retournent sans commentaires particuliers les missives à la Préfecture du lieu du demandeur qui transmet alors au Conseil Général qui, à son tour, saisit ses services sociaux. Donc Christophe Barbier se fait du souci pour pas grand-chose.

 

En guise de conclusion provisoire :

« Les maîtresses servent de paratonnerre. Elles sont brillantes, lancent la mode, on les remarque, elles attirent sur elles les critiques. C’est pour elle que le [président] dépense de l’argent. Dans cette configuration, la [première dame] peut paraître douce, s’occuper de ses enfants, visiter les couvents et les hôpitaux, être l’image de l’épouse idéale. Plus la maîtresse est brillante, plus la [première dame] est tranquille. » C’est ce qu’écrit une historienne dans le Point qui a consacré un dossier prémonitoire le 19 décembre dernier aux Favorites, maîtresses et concubines (dans le texte ci-dessus, il faut bien sûr remplacer les entre-crochets par « roi » et « reine »). Dans ce dossier de 80 pages, on voit bien que les favorites n’ont aucun rôle caritatif : c’est la reine qui va voir les miséreux. C’était encore, jusqu’alors, toujours la Première dame qui allait toucher les écrouelles, pièces jaunes et autres fariboles. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Il aurait mieux valu que Valérie Trierweiler, plutôt que surfer de façon très traditionnelle et larmoyante sur la souffrance des enfants, dans le but d’apitoyer le chaland, se mobilise, en lien avec son métier, en faveur des journalistes réprimés dans le monde.

 DSCN2112.JPG DSCN2324.JPG Inde [Photo YF]

A Bombay, elle a dit combien elle se sentait utile et combien cette cause méritait d’être défendue. Certes, et on ne peut que souhaiter qu’effectivement son déplacement ait servi à quelque chose. Mais lorsqu’elle confie que « c’est très impressionnant de voir ces bébés » hospitalisés, aux chances de vie très limitées, et que « c’est une injustice car même si tout est fait pour le mieux, ils n’ont pas les mêmes moyens que dans nos hôpitaux », on mesure la naïveté. Cette naïveté peut-elle être efficace dans ce monde de brutes ? J’en doute fortement. Je crois que, sans vouloir mettre en doute sa sincérité, ce mode de démarche frappée de générosité caritative, cristallise plus que jamais l’idée que tout cela relève de bons sentiments et non pas de décisions politiques majeures. Bien sûr que ce à quoi elle assiste est un scandale absolu, bien sûr que ce que font ACF, le CCFD, Médecins du Monde ou Sans Frontières, la Croix-Rouge, et tant d’autres est magnifique, indispensable. Mais sa présence comme Première dame n’était pas innocente. Si désormais elle agira à titre privé, jusqu’alors, à l’instar d’une princesse de Galles, elle disait en substance : moi, compagne d’un chef d’Etat d’une des plus grandes puissances mondiales, je viens panser les plaies, un instant, de pauvres êtres victimes d’un ordre économique qui organise ces injustices, qui pérennise ces inégalités. Un instant. Trois petits tours et puis s’en vont.

 

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Régine :

Régine expliquait sur France 3 le 27 janvier dans un documentaire sur ses « Mille et une vies », qu’elle avait « toujours aidé », qu’elle s’était toujours investie dans le caritatif : « peut-être, dit-elle, parce que j’ai quelque chose à me faire pardonner ».

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