Cochon qui s’en dédit

Dans le cochon, tout est bon, même son intelligence, dixit des chercheurs qui ont fait jouer le suidé du joystick. Ses conditions violentes et concentrationnaires d’élevage sont d’autant plus intolérables et son bannissement de la loi sur le bien-être animal d’autant plus incompréhensible.

Dans un précédent billet, je titrais : « Le cochon n’est pas un animal » pour dénoncer le fait que les conditions d’élevage industriel (pour tous les animaux) n’étaient pas prises en compte dans la loi sur le bien-être animal actuellement en discussion. Pour avoir élevé pendant vingt ans des cochons de races anciennes en plein air, dans une nature préservée du piémont pyrénéen, je peux affirmer qu’il est un animal intelligent et de bonne compagnie. « Il y a plus de similitudes entre le porc et l'homme qu'entre le rat et la souris », constatait Alan Archibald, généticien de l'Université d'Edimbourg (Écosse), après avoir séquencé le génome d'un porc en 2013.1 Or une étude2, relevée par le Guardian3, confirme ce fait puisque des scientifiques de l’université de Perdue (USA) ont réussi à entraîner et faire jouer quatre porcs sur un écran d’ordinateur avec un joystick.3 « Il est possible que les porcs soient capables d’apprendre et de réagir à davantage de choses que ce que nous avions envisagé auparavant », constate le professeur Candace Croney, co-auteur de l’étude. Une intelligence que confirme, dans l’article du Guardian, le docteur Emily Bethell, spécialiste du comportement des primates à l’université John Moores de Liverpool.

Prouver que le cochon est un animal intelligent rend d’autant plus insupportables les révélations sur les conditions inhumaines (ai-je dit inhumaines?) des élevages concentrationnaires dans lesquels sont entassés 90 % des porcs français. Gavés d’antibiotiques et d’aliments industriels standardisés, élevés sur des caillebotis, dans des cellules bétonnées, dans une ambiance confinée, les porcs sont soumis au stress permanent de la promiscuité, de l’ennui, du bruit et de l’absence d’espace de fuite. Et c’est d’autant plus insupportable que ces usines à viande crachent des produits de qualité déplorable à destination des populations modestes et qui ne font pas vivre les petites mains de l’élevage agro-industriel. L’agro-industrie revendique être indispensable pour nourrir le monde. Qu’elle est la meilleure solution ? Manger une sous qualité de viande à tous les repas ou une viande de qualité deux ou trois fois par semaine ? Le menu de l’Homme, omnivore comme le porc, doit être en majorité végétal pour un maintien en bonne santé. On sait qu’il sera physiquement impossible de donner de la viande à toute l’Humanité avec un régime de pays riches. Les dégâts de la production intensive de viande sont parfaitement documentés tant dans le domaine de la santé que de l’environnement, des ressources en eau, etc.

Jeunes cochons de race basque © Y. Guillerault Jeunes cochons de race basque © Y. Guillerault

Bien avant l’industrialisation de l’agriculture, la tuerie du cochon avait lieu une fois par an afin de réapprovisionner le garde-manger. Confits et charcuteries sèches, salées étaient prélevées, avec parcimonie, à certaines occasions, tout au long de l’année, tandis que les bas morceaux venaient agrémenter les soupes, bouillons et autres potées de légumes. Les excédents nourrissaient les citadins.

Tout animal d’élevage, doté d’une sensibilité et d’une intelligence adaptées à sa survie et à sa vie sociale, doit pouvoir naître et grandir dans des conditions aussi proches que possible de ses besoins biologiques. Un cochon bienheureux a besoin de beaucoup d’espace pour fouir le sol et y trouver une partie importante de son alimentation. Il doit pouvoir s’y cacher et éviter tout stress, surtout lors des mises bas. Des cochons de race ancienne, élevés dans leur terroir d’origine, donc adaptés et rustiques, n’ont besoin d’aucun traitement médicamenteux préventif sous condition qu’il ait accès librement à un abri qui le protège du vent d’hiver et de l’humidité. Le cochon est un compagnon de l’Homme éleveur depuis au moins 10 000 ans. Il pourrait même devenir un fournisseur d’organes pour des greffes humaines, mais c’est là encore un autre débat éthique. Une chose est sûre, il mérite notre respect. Raisonnement valable pour tous les animaux exploités. Paroles d’éleveur !

1. https://www.lemonde.fr/festival/article/2014/07/03/le-cochon-donneur-d-organes-de-demain_4450610_4415198.html.

2. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2021.631755/full (en anglais).

3. https://www.theguardian.com/science/2021/feb/11/pigs-can-be-trained-to-use-computer-joysticks-say-researchers (en anglais). Article repris en français sur : https://www.slate.fr/story/201072/cochons-joystick-etude-experience-scientifique-ordinateur-jeux-video.

4. https://www.franceculture.fr/sciences/embryons-mi-cochon-mi-homme-tout-comprendre-du-projet-qui-fait-peur

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