L’effet « reine rouge » ou l’auto-destruction

Plus on consomme d’énergie, plus on modifie notre environnement, plus on doit consommer d’énergie pour s’y adapter, jusqu’à la panne sèche. Cette pandémie, probablement venue d'un réservoir naturel perturbé par l'activité humaine, n’est qu’un symptôme de l’effet de la « reine rouge » indicateur d’une bien mauvaise pente.

Il est encore trop tôt pour déterminer l’origine du coronavirus qui décime une partie de la communauté humaine et conduit l’autre à se terrer. Mais les indices sont là et ce n’est pas faute d’avoir été prévenus sur les risques de pandémies liés aux profonds bouleversements de notre environnement. Pour ne citer que quelques références :

- Yannick Simonin, virologiste, maître de conférences en surveillance et étude des maladies émergentes à l’université de Montpellier, met en garde depuis quelques temps déjà contre l'émergence de « virus exotiques »  dans des territoire jusqu’ici épargnés, portés par le changement climatique. Maladies virales pour la plupart sans « traitement curatif ni aucun vaccin disponibles pour l’être humain ».1

- Constitué en 2018 par l’OMS et la Banque mondiale, le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), dans son premier rapport en septembre dernier, adjurait les États de se préparer à une pandémie majeure, notamment due à « agent pathogène respiratoire », pouvant faire « des millions de victimes » et entraîner un chaos économique et social. Là encore, le changement climatique et la destruction environnementale est la principale source d’inquiétude.2

- Plus récemment, Rodolphe Gozlan, directeur de recherche, et Soushieta Jagadesh, doctorant, à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) affirmaient que « de nombreux indices portent à croire que la fréquence des émergences de nouveaux agents infectieux pourrait augmenter dans les décennies à venir, faisant craindre une crise épidémiologique mondiale imminente . (…) De nombreux indices portent à croire que la fréquence des émergences de nouveaux agents infectieux pourrait augmenter dans les décennies à venir, faisant craindre une crise épidémiologique mondiale imminente", essentiellement des zoonoses, les animaux sauvages étant les principaux réservoirs. «Les études montrent de façon concordante que les pertes de biodiversité ont tendance à augmenter la transmission des agents pathogènes, et la fréquence des maladies associées.»3 Le discours était sans ambiguïté, c’était le 12 février dernier, on n’en était qu’aux prémices.

- D'autres études se focalisent sur la fonte du permafrost, probable réservoir de pathogènes auxquels l'Humanité n'a jamais été confronté.

L'Humanité confrontée à la "reine rouge"

Mais si ces pandémies sont la conséquence des bouleversements environnementaux, elles ne sont sans doute qu’un symptôme de l’« effet de la reine rouge », théorisé par le biologiste Leigh van Halen.4 Cette hypothèse traduit le fait que la plupart des groupes d’êtres vivants doivent évoluer pour s’adapter, ce qui modifie leur environnement, ce qui les conduits à évoluer de plus en plus vite pour s’adapter aux changements jusqu’à extinction faute de possibilités évolutives.

François Roddier, astrophysicien français, et spécialiste de la thermodynamique, a transposé cet effet à la société thermo-industrielle humaine vue comme un système thermodynamique optimisant la dissipation d’énergie5.

La société humaine s’est développée grâce à l’énergie, en nombre d’individus (il en faut de l’énergie pour se reproduire!) et en technologie. Et sa consommation devient pantagruélique. Ce faisant, elle modifie de plus en plus profondément son environnement, continuellement et de plus en plus vite, ce qui en conséquence, lui demande de plus en plus d’énergie pour s’adapter à cet environnement changeant et maintenir des conditions de vie optimums.6

Cette pandémie, née sans doute d’un réservoir naturel que nous avons perturbé, et réclamant la mobilisation et l’énergie de la plus grande partie de l’Humanité pour la combattre, n’est qu’une étape sur une pente descendante de plus en plus périlleuse.

1 : https://theconversation.com/ces-virus-exotiques-qui-nous-menacent-120683

2 : https://apps.who.int/gpmb/assets/annual_report/GPMB_annualreport_2019.pdf. Lire également le compte-rendu sur http://www.slate.fr/story/168305/prochaine-pandemie-arrive-manque-preparation-virus-maladies-propagation-mondiale

3 : https://theconversation.com/comment-les-changements-environnementaux-font-emerger-de-nouvelles-maladies-130967

4 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoth%C3%A8se_de_la_reine_rouge

5 : François Roddier, « Thermodynamique de l’évolution », chap. 6 p 65

http://www.slate.fr/story/181911/sante-risque-pandemie-preparation-changement-climatique-pauvrete

6 : Je reviendrais plus en détail sur ce phénomène dans un prochain billet.

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