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Billet de blog 4 janvier 2026

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Le temps des grandes razzias est revenu

Ce n’est pas le Grand Satan américain ‒ ni dieu, ni diable là-dedans ‒, qui a fondu sur la dictature vénézuélienne, mais un agent orange du capitalisme et de l’impérialisme. Avec l’épuisement des ressources en horizon indépassable, les grands prédateurs marquent leurs territoires respectifs pour sécuriser leurs réserves de survie. Piétinant au passage les droits des peuples à s’autogérer.

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Il est le roi des brigands capitalistes : Donald Trump vient de fondre sur le Venezuela comme un mort-de-faim, déclarant immédiatement un droit de prédation sur l’une des plus grandes réserves de pétrole du monde (17 %). « Nos magnifiques compagnies pétrolières, les plus grandes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, […] et commencer à générer des revenus pour le pays », a-t-il dit, sans préciser de quel pays il veut parler.

Le très imparfait droit international, qui avait tout de même le mérite d’exister sous forme d’espace de dialogue (de sourds?) après les deux grandes tueries du XXe siècle, est désormais mort et enterré. Les experts qui étudient l’ordonnancement du monde redessinent la carte mondiale en nouvelles sphères d’influence, ou plutôt de domination, sans pour autant oser prononcer les termes, que l’on disait éculés, d’impérialisme, de colonisation, de razzias. L’autre non-dit, c’est bien l’horizon indépassable, mais réel et en approche rapide, de l’épuisement des ressources. Lorsqu’elles viennent à se raréfier, voire à manquer, les dominants défouraillent pour étendre leur emprise stratégique et mettre la main sur les derniers trésors que compte cette planète, prioritairement chez les voisins immédiats. Quand Xi Jiping veut s’approprier la haute main sur la mer de Chine, quand Poutine veut usurper le Donbass (et plus si affinités), Trump veut régner sur le golfe du Mexique qu’il a opportunément et impérialement rebaptisé golf d’Amérique et, au-delà, sur son arrière-cour latino-américaine ‒ dont il rejette par ailleurs les immigrés. Derrière toutes ces offensives, ouvertes ou souterraines, se lit la prédation des ressources sous couvert d’un capitalisme vulgaire, dont la forme varie selon les cultures en présence, mais dont le fond reste le même. Ce n’est plus la géostratégie idéologique des années de la Guerre froide, de la démocratie contre le collectivisme, du capitalisme libéral et débridé contre le capitalisme d’état planifié. Le néocolonialisme du XXIe siècle n’a pas pour but ultime le prosélytisme politique de chacun de ces prédateurs, mais la rafle des ressources essentielles, atouts pour une domination future : minéraux et terres rares, pétrole, gaz et charbon, terres arables, bois, ressources halieutiques, etc. La Chine a compris cela depuis des décennies et avance ses pions, sans charges militaires à la mode Apocalypse now (voir tweet trumpien). Sa spécificité, à ce jour, c’est qu’au cours de son développement de ce dernier quart de siècle, elle n’a pas eu recours à la violence armée, à l'image du colonialisme historique de l’Occident ou encore ses coups coups d’État de barbouzes, ou le néocolonialisme russe brutal en Ukraine. Ses outils de prédilection sont la contrainte (occupation d’îles inhabitées, manœuvres militaires), les pressions économique et technologique, un chantage poli et diplomatique ou encore l’arme sournoise de la dette. Avec des résultats variables. Ses manœuvres pour tailler des croupières à l’hégémonique dollar n’ont pas eu le succès escompté. Devenir l’usine du monde a été, lui, un coup de maître. Il était vain de croire que Trump aurait cette finesse manœuvrière, Stallone, sort de ce corps bedonnant !

Les terrains de jeu de ces nouveaux empereurs restent les pays du Sud (Amérique du Sud, Asie du Sud-Est, Afrique sub-saharienne). Aujourd’hui, le Venezuela. Lorsque Trump s’est rangé du côté de Poutine, l’envahisseur de l’Ukraine, peut-être avait-il déjà en tête cette opération de l’autre côté de sa mare nostrum et le recours à la force pour étendre sa domination territoriale. Zelenski aura bien du mal à obtenir du président américain qu’il condamne l’invasion de son pays. Xi aura aussi beau jeu de continuer à jouer aux petits soldats autour de Taïwan. Il n’a d’ailleurs condamné que l’enlèvement du dictateur vénézuélien, pas l’intervention militaire dans un pays souverain et les intentions de Trump de « diriger le pays ». Bien qu’à l’opposé du continent sud-américain, les Groenlandais et les Canadiens ont du souci à se faire.

Dans sa conférence de presse post-enlèvement, Trump a aussi dénigré les pays « qui ne pensent pas comme nous », suivez son regard, et veut y rétablir la « liberté »… de penser comme lui. À rapprocher de sa conception de la liberté d’expression, en accord avec Elon Musk, qui consiste à imposer sa pensée d’extrême droite et de considérer tout le reste comme du wokisme à censurer, ou encore la liberté de bannir des bibliothèques, des écoles et universités, tous les ouvrages considérés comme porteurs de telles idéologies "woke" aux contours très flous. La maîtrise des esprits, des discours et de la communication sont des armes nécessaires pour entraîner peuples et armées dans ces offensives impérialistes, ou pour le moins, stériliser toute opposition. À ce jeu, Trump est très fort.

Dans la nature, le prédateur est facteur d’équilibres biologiques. Dans le capitalisme, il est celui qui va semer le chaos.

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