Les Gauches sont solubles dans le capitalisme

Les Gauches et les syndicats, particulièrement les « réformistes », viennent de tomber de leur chaise et de comprendre enfin qu’ils se sont fait flouer. Depuis les débuts du capitalisme, les Gauches politiques et syndicales sont les faire-valoir du capitalisme. Et Macron est l’un des plus grands artistes de la manipulation.

Quand une partie des députés de la Constituante se placèrent, le 28 août 1789, à la gauche du président de séance pour marquer leur opposition au droit de veto absolu du Roi, c’était juste parce que cela rendait le décomptage des voix plus facile. Mais sans le savoir, ils marquèrent un territoire politique avec des valeurs fondamentales à la construction de la démocratie.1 Depuis, les pensées de gauche sont passées par tous les états, de la Terreur à la sociale-démocratie, en passant par Mao, Marx, Staline, Castro etc.

Je ne suis pas historien ni un fin connaisseur des sciences politiques, juste un observateur lambda qui s’est toujours senti de gauche, dans le sens des valeurs de la Déclaration des droits de l’Homme, de l’humanisme; du refus des inégalités, du racisme, du colonialisme; du côté de l’autodétermination et de l’émancipation par l’éducation populaire, la culture et bien sûr pour la démocratie directe, horizontale et locale. Mais vu de mon coin de bocage, quand je fais le bilan des élections vécues et des exercices de la Gauche au pouvoir ou dans l’opposition, je me dis que je me suis bien fait blouser, le mitterrandisme ayant été l’apogée de ma frustration (Hollande n’ayant été qu’un avatar insignifiant). Les députés du Tiers État de 1789 y retrouveraient-ils d’ailleurs leurs petits dans le « gloubi-boulga » de la Gauche de ces dernières décennies en France.

Depuis l’avènement du capitalisme mondialisé et financiarisé des années 1970-1980, je ne vois que des Gauches cogestionnaires avec la Droite de cet état de fait avec un seul sujet de discorde : celui du partage du magot issu du productivisme. Que serait la société capitaliste, et la Droite libérale qui la représente, si il n’y avait pas de Gauche ? Je pense qu’elle serait beaucoup moins stable. L’absence de véritable forces syndicales, laminées par l’individualisme forcené imposé par la société capitaliste de consommation, a abouti au soulèvement hors cadre des gilets jaunes. Les Gauches politiques et syndicales, lorsqu’elle ont un minimum de poids, sont l’alibi social du système capitaliste qui peut ainsi mieux contrôler politiquement les masses populaires en distribuant les en-cas. Lorsqu’elles sont mises au tapis, l’affrontement direct du pouvoir libéral avec la base populaire est inévitable, même si l’extrême droite joue la récupération.

Macron a relancé la lutte des classes

Le plus récent loupé des partis de Gauche (il faut dire qu'ils étaient laminés), c’est lorsqu’ils n’ont pas réagi à la relance de la lutte des classes, voulue par Macron dès sa prise de pouvoir. Car c’est bien Macron qui, sous les applaudissements de la Droite libérale, a arrosé les classes sociales les plus aisées par un programme fiscal des plus ambitieux au détriment des classes populaires et qui a conduit les gilets jaunes sur les ronds-points, sevrés qu’ils étaient de services publics, de salaires honorables, de droits aux communs, de droits démocratiques. Il a fallu l’ultime tentative de prestidigitation macronienne sur la retraite à points pour que les syndicats se rabibochent et que les Gauches tentent poussivement une réponse commune. Réponse qui reste pourtant très loin d’une alternative d’émancipation sociale post-capitaliste et écologique comme le note Philippe Courcuff.

Dans la même logique, les Gauches, qui ne sont pas contre le capitalisme productiviste mais contre son partage inégal de richesses sonnantes et trébuchantes, n’ont pas intégré l’écologie politique et souvent toisé de haut ces militants écolos aux préoccupations par toujours assez matérialistes. Les tentatives récentes, maladroites et/ou cosmétiques, de verdir leurs programmes politiques n’étaient que des opérations de récupération électorale, sûrement pas des visions alternatives sociétales. Pour la Droite libérale, l’écologie n’est qu’une simple affaire de marchés, pour les Gauches, cela reste un électorat d’appoint. Les partis écologistes sont tout aussi fautifs quand ils nous proposaient une écologie soluble dans le « développement durable » ou « la croissance verte ». Les syndicats gèrent aussi exclusivement la bataille pour le partage de la richesse en faveur des classes laborieuses sans autres revendications que le pouvoir d’achat, histoire de mettre de l’huile dans les rouages du cycle production-travail-consommation. Sauf une timide incursion sur le terrain climatique de la CGT et Solidaires en septembre.

Là encore, c’est la base qui monte au créneau, particulièrement les jeunes qui angoissent devant la catastrophe écologique qui plombe leur avenir, réclamant un changement radical de société.

Avec l’urgence écologique et climatique, les Gauches (socialistes et écologiques) avaient pourtant l’occasion de prendre la main en s’appuyant, par exemple, sur les travaux d’un Murray Bookchin, qui pose le problème écologique avant tout comme un problème social dont l’origine est la domination étatique et capitaliste. L’emprisonnement politique et culturel des individus dans l’étau de l’hyperconsommation et du productivisme, les inégalités, les élites dominantes, un Etat sclérosant, ne peuvent aider à résoudre la catastrophe écologique en cours. Le « pouvoir » d’achat n’est pas un pouvoir mais une soumission.

Seul un changement social radical permettra de faire face. Entre l’individualisme capitaliste et le collectivisme socialiste, il y a l’émancipation et la responsabilisation individuelle pour créer des organisations collectives de gestion des communs, sans hiérarchie de domination. Cela ne peut se faire qu’à l’échelle locale, dans les communes et les quartiers, de façon décentralisée et autogérée. Là encore, Murray Bookchin et l’anarchisme libertaire sont sources d’inspiration. Des expériences d’une telle cogestion fleurissent un peu partout comme des îlots d’espoir. Leur réussite n’attendra pas le réveil des Gauches.

1- : Quelques unes des valeurs validées par les réformes de l’assemblée constituante de 1789 sont l’incontournable Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, mais aussi l’égalité devant la loi, la suppression de la torture, l’égalité devant l’impôt et la suppression des impôts indirects. Quant au libéralisme économique, il relève à cette époque plus d’un droit fondamental de liberté individuelle permettant à chacun, sans discrimination, d’entreprendre une activité. Le libéralisme d’aujourd’hui n’en est qu’une version pervertie permettant aux élites et multinationales de se comporter en prédateurs des richesses et des communs.

2- : Gâteau réputé immangeable de Casimir dans l’émission de télévision « L’île aux enfants ». Qualifie aujourd’hui un mélange désagréable, indigeste ou incompréhensible.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.