Les mots qui tuent une deuxième fois

Les médias de l’instantané et de l’audimat ont encore joué le sensationnalisme en mettant en avant les circonstances de la mort de Samuel Paty plus que l’acte d’un meurtrier. C’est infliger aux proches de la victime une souffrance supplémentaire.

 Dimanche 18 octobre en fin d’après-midi, 48 heures après lacte horrible. Dans les titres de Une des principaux sites dinfo en continu, on trouve :

sur France info TV : neuf fois l’occurrence « enseignant/professeur décapité », pas une seule fois « professeur assassiné/tué » ;

sur Cnews : six fois « enseignant/professeur décapité » pour une seule fois « enseignant/professeur tué », sans doute par manque de place ;

sur BFMtv : trois fois « enseignant/professeur décapité » pour quatre fois « enseignant/professeur tué ».

Décompte macabre certes, mais qui illustre le parti pris éditorial. L'image envoyée marque le désir de frapper les imaginations et le chaland.

Y a t-il un degré d’horreur dans un meurtre instantané, de sang froid et prémédité ? Qu’auraient titré les mêmes médias si M. Paty avait été tué d’un coup de couteau en plein cœur, de plusieurs balles de kalachnikov ou dun jet de produit toxique ? Un meurtre est un meurtre, un crime, un assassinat, un homicide, dans ce cas de préméditation sans circonstances atténuantes, quel que soit le mode opératoire. Titrer « un professeur assassiné » ou « meurtre d’un enseignant » n’aurait rien enlevé à l‘information factuelle et aurait évité aux proches d’être assaillis par l’horreur des circonstances de la disparition de l’être aimé.

Linformation factuelle est bien le meurtre dun professeur par un tueur fanatique, décérébré, et l’attaque contre des valeurs de liberté portées par cet enseignant. Se repaître des circonstances n’apporte rien de plus sinon de la jouissance aux autres fous de Dieu et du triomphalisme aux « commanditaires » islamo-politiques, aux idéologues de la haine. Sans parler des réseaux sociaux, est-il dans la mission de médias mainstream d’alimenter leur objectif de terroriser les proches, les collègues, nos compatriotes…

 En hommage à Samuel Paty, professeur assassiné en défendant notre liberté.

 

 

 

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