Main basse sur les terres de Gonesse

Macron n’a pas la main verte et son gouvernement vient encore de le prouver : pendant qu’il visite une ferme devant moult caméras, il envoie la poulaille chasser le zadiste sur le Triangle de Gonesse, marquant ainsi sa ferme intention de bétonner toujours plus de terres fertiles.

Le timing stratégique était parfait en ce mardi 23 février : il entraînait les caméras vers la campagne de Côte-d’Or pour se mettre au vert dans une ferme vitrine tandis qu’il donnait son feu, tout aussi vert, à ses troupes pour contre-attaquer à l’opposé sur le Triangle de Gonesse et en chasser les malandrins de la ZAD. Macron, ce n’est plus Jupiter, c’est Bonaparte en campagne.

Il marque une fois de plus son mépris pour la Convention citoyenne qu’il a lui-même voulue et pour la majorité des propositions de bon sens qu’elle a faites, dont celle de stopper le bétonnage des terres arables. Certes, le projet Europa City ne verra pas le jour, fort heureusement. Mais, comme pour Notre-Dame-des-Landes, c’est plus l’avenir économique et financier douteux de ce projet pharaonique et anachronique qui l’a plombé en pleine crise, plutôt que l’acte politique de sauvegarder des terres extrêmement fertiles du bétonnage forcené réclamé par des élus mégalomaniaques et des promoteurs avides de plus-values.

Car la volonté de maintenir le projet de gare tient à deux objectifs. D’abord sauvegarder ce qui peut l’être du dossier bétonnage et tout aussi mégalomaniaque des futurs Jeux Olympiques. Planter une gare de métro en plein champ a peut-être pour objectif d’emmener les athlètes se détendre à la campagne entre deux compétitions. Á moins qu’une gare de métro à la campagne serve d’autres objectifs, de la logique macronienne de croissance quoi qu'il en coûte aux ambitions de grandeur présidentielle de Pécresse. Dans ce dossier, c’est elle qui a fait mobiliser la troupe en allant en justice plutôt que de débattre de l’avenir de ces terres. Nul doute qu’ils ont déjà dans les cartons des plans réservant ces terres à l’urbanisation, avec zones d’activité et programmes immobiliers, irrigués de beaux rubans bitumés. Bien sûr, les plans seront assaisonnés de quelques taches de verdure et pourquoi pas, soyons fous, de jardins partagés par les classes moyennes qui, chassées de Paris intra-muros par les plus fortunés, viendront s’entasser dans des logements, n’en doutons pas, aux dernières normes environnementales.

Bien plus valorisant pour Macron et Pécresse que l’installation de quelques dizaines de bouseux, pire de baba cool décroissants et anarchistes, qui y feraient pousser des fruits et légumes pas calibrés pour une population de banlieusards résidant à quelques encâblures, dans le département le plus pauvre de la ceinture parisienne. Ce n’est pas en allant faire le fanfaron devant quelques vaches que l’on peut comprendre les enjeux de souveraineté alimentaire locale, de régulation thermique des villes, de protection des sources d’eau potable. C’est vrai que les perspectives de plus-values immobilières, électorales et politiques sont bien moins intéressantes dans la campagne bourguignonne qu’à portée de voix des tours de la Défense.

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