Le boycott des urnes et la faillite du régime

Ce n’est plus un record d’abstention mais un boycott de la démocratie représentative, celle qui entretient le pouvoir de professionnels de la politique ne représentant, pour leur grande majorité, que les forces à l’œuvre au sein du capitalisme prédateur. Une valse scabreuse à l’heure du pré-rapport du Giec annonçant que l’apocalypse climatique et écologique a déjà un pied dans la maison.

Sur les chaînes d’info, dans la presse, éditorialistes et politiques ont usé de commentaires alambiqués pour expliquer le taux record d’abstention, et ripoliner les défaites honteuses des uns et les pseudo-victoires des autres. Pour tous ces candidats putatifs du capitalisme, les abstentionnistes restent des électeurs potentiels à convaincre de leur rendre leur hochet de pouvoir. Aucun n’a parlé ou même imaginé qu’il pouvait s’agir d’un boycott, par révolte ou par lassitude, de cette démocratie représentative des propriétaires, des rentiers, des commerçants, des gardiens de lois qu’ils ont édictées pour servir leur pouvoir, leur puissance financière. Tous ne représentent que les forces à l’œuvre au sein du capitalisme, avec pour caricature l’actuelle majorité LREM, qui administre pour son monarque les affaires du régime capitaliste.

Le politique professionnel, censé représenter le populo, a du plomb dans l’aile. Ce grand bourgeois, s’apparente plus à un membre de l’assemblée de notables propriétaires réunie par Louis XVI en février 1787, avant que l’Ancien régime ne périclite, qu’à des hommes et des femmes représentatifs de la diversité populaire et de ses intérêts collectifs. Ces notables cooptés sont une oligarchie gardienne du temple dédié au pouvoir financier.

Depuis l’avènement de la société industrielle, la Droite et la Gauche ne se déchirent que pour le partage des bénéfices générés par le capitalisme. Certes avec un fond idéologique permettant de faire de la politique, mais sans remettre en cause la structure d’un système économique de pouvoirs, oppresseur et inégalitaire. On a fait la navette entre un capitalisme libéral et un capitalisme d’état, avec la même volonté de soumettre les forces de travail au service du système imposé. Le seul pouvoir accordé, avec parcimonie, au peuple est le pouvoir d’achat, c’est-à-dire l’insigne faveur d’alimenter la machine qui les maintient sous domination. Depuis le couronnement sans gloire du banquier Macron, l’idéologie et la politique ont fait place à la gestion des intérêts économiques et financiers. Quant aux écolos encartés, ils sont au mieux des faire-valoir au pire des pragmatiques qui mettent un peu de vert dans le monde du bizness. Avec la Gauche ils partagent la volonté de mieux partager les richesses du capitalisme, ils y ajoutent la possibilité de jouir de son pouvoir d’achat dans des parcs naturels balisés pour le tourisme de masse. Julien Bayou dominant Paris tel un empereur romain s’apprêtant à conquérir Lutèce dans une photo du « Parisien »1 a toute la modestie d’un futur homme blanc de pouvoir compatible avec la vie de palais de la capitale.

République nécrosée

La république monarchique est dans le même état de nécrose que ce système capitaliste mortifère auquel elle s’est définitivement liée. La république de Macron est un régime déviant qui a mis le droit des affaires au-dessus des droits du peuple, et a institué un État autoritaire sous forme d’une succession d’états d’urgence qui se renforcent mutuellement, de lois de surveillance de sa population et de répression policière violente des oppositions, même pacifiques. Il ouvre la voie à des prises de pouvoir encore plus délétères pour les libertés et l’émancipation.

Le problème est que ce pouvoir capitaliste nous mène à notre perte. C’est en substance ce que dit un pré-rapport du Giec censé rester « off » en attendant d’être rectifié diplomatiquement avant une parution officielle dans une version qui convienne surtout aux pays les plus riches et les plus pollueurs.

« L’humanité est au seuil d’une catastrophe majeure et le dérèglement climatique est en train de prendre une tournure apocalyptique », résume Gaspard d’Allens pour le site Reporterre.2 Les centaines de scientifiques auteurs du rapport annoncent des « impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques » si on n’engage pas dans « une transformation radicale. Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation ». Et de mettre en garde l’Humanité : « La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L'Humanité ne le peut pas. » Les collapsologues, auparavant regardés avec des sourires compatissants, auraient-ils raison ?

Car on connaît désormais l’origine de ces catastrophes présentes et à venir : la mondialisation du système capitaliste de prédation des ressources, où qu’elles se trouvent, des forces vives des hommes, femmes et enfants corvéables à merci, ouvriers, paysans, petites mains de la numérisation… Et les remèdes à appliquer : « Nous avons besoin d’une transformation radicale. Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation », insistent les scientifiques du Giec avec un ton désormais plus politique devant l’inertie des pouvoirs.

Alors aller légitimer par des bulletins de vote les notables qui nous conduisent à une catastrophe planétaire et qui n’hésiteront pas à marcher sur les corps des martyrs du capitalisme pour une simple bouffée d’air frais… Le peuple devra avant cela s’émanciper et inventer collectivement un contenu à cette transformation radicale évoquée par les scientifiques du Giec.

1 : https://www.leparisien.fr/elections/regionales/regionales-en-ile-de-france-julien-bayou-lenfant-de-choeur-revolte-17-05-2021-OALNCLI45RHSHMLQQPODZ5W73Y.php.

2 : https://reporterre.net/La-hausse-de-2-oC-de-la-temperature-mondiale-serait-apocalyptique-predit-un-rapport-du-Giec.

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