Calamités agricoles: réponse aux députés Andrieu et Potier

Deux députés socialistes proposent de réformer le régime des calamités agricoles et inclure les assureurs privés, au risque d’une privatisation rampante et surtout en oubliant les différents niveaux de responsabilités dans les désastres présents et à venir. Il y a deux mondes agricoles, deux avenirs opposés, qui ne relèvent pas du même régime de protection.

Marché breton © François R. Thomas Marché breton © François R. Thomas

Les députés socialistes Éric Andrieu et Dominique Potier veulent réformer le régime des Calamités agricoles,1 mis en œuvre par le gouvernement suite à l’épisode de gel destructeur, ceci « quoi qu’il en coûte », ou presque. Les deux députés se désolent dans un premier temps du désengagement de la solidarité publique au profit d’une offre privée trop partielle. Puis ils font la promotion d’une complémentarité entre les deux, tout en suggérant un peu plus loin de rendre l’assurance climatique obligatoire. Du « en même temps » en quelque sorte, rengaine commune au macronisme et au social-libéralisme, et qui doit déjà faire saliver les multinationales de l’assurance privée.

Comme toujours dans le système capitaliste libéral, on privatise les bénéfices et on socialise les pertes. Dans le désastre actuel, la solidarité nationale et ses fonds vont en grande partie prendre en charge les pertes d’une agriculture industrielle prise au piège de catastrophes qu’elle génère. Monocultures, pauvreté de la diversité génétique des variétés cultivées, appauvrissement des terres, affaiblissement par les pesticides de l'environnement propice à la protection des cultures, course aux rendements… sont coupables de participer aux changements climatiques et aux calamités agricoles, y compris les catastrophes sanitaires.

La mutualisation des risques agricoles doit être une volonté de solidarité et de résilience commune à un groupe de volontaires qui pratiquent le même métier, avec les mêmes exigences. Or le secteur agricole est bien trop hétérogène pour mettre tout le monde dans le même panier.

Quoi de commun entre un paysan en polyculture élevage et un producteur industriel de plusieurs milliers de porcs ? Entre un petit vigneron en bio et un grand domaine vendant à l’export ? Entre un maraîcher de proximité et des producteurs industriels sous serres chauffées en toutes saisons  ? Entre un paysan boulanger et un exploitant céréalier de la Beauce vendant sur les marchés internationaux ?

Il y a des agricultures qui ne sont pas également coupables des maux engendrés et de leurs conséquences. Des agricultures qui ne bénéficient pas des mêmes montants d’aides publiques. Des agricultures où le principe du pollueur-payeur n’est jamais appliqué.

Agriculture de subsistance et de résistance © Non à l'aéroport Notre-Dame-des-Landes Agriculture de subsistance et de résistance © Non à l'aéroport Notre-Dame-des-Landes

Convoquer les assureurs privés, [qui ne sont pas des altruistes et qui ont encore moins le sens de l’utilité publique et solidaire], dans la boucle et dans ces conditions est une méthode très macronienne de privatisation rampante.

Les assureurs identifient bien la montée des risques aussi bien climatiques que sanitaires dans l’agriculture industrielle et ils ajustent leurs primes à payer en fonction de ces risques, les rendant aujourd’hui presque inaccessibles pour l’agriculture familiale.

Rendre obligatoire l’assurance climatique tout en limitant leurs marges, comme le proposent les députés Andrieu et Potier, est illusoire, sauf à les voir se retirer d'un marché aux dividendes faméliques pour les actionnaires. Ils vont donc compter sur un subventionnement public pour retomber sur leurs bénéfices qui n'inspirent pas l'apitoiement. S’il s’agit d’une mutualisation à l’image de ce qui s’est passé dans le domaine bancaire, il y a fort à parier que l’esprit « mutuelle » sera vite oublié.

Et puis, traiter les symptômes d’une catastrophe, c’est une chose. L’éviter, ou pour le moins, tenter de s’adapter pour en atténuer les conséquences, en est une autre, à l’opposé de la course en avant mortifère de l’agriculture industrielle qui ne pourra que constater l’accumulation des aléas climatiques.

Ces aléas sont annoncés depuis longtemps par les scientifiques mais le lobby agro-industriel en a limité la portée comme ont su le faire d’autres secteurs, des énergies fossiles à l’industrie de l’amiante ou du tabac.

Producteur bio sur le marché © Loos-en-Gohelle Producteur bio sur le marché © Loos-en-Gohelle

Et de rester discrets sur les années fastes sur les marchés internationaux pour les céréales ou les vins millésimés et alcools AOC ; les culbutes financières de la spéculation sur les stocks ou sur les terres de grands crus ; les grandes congratulations politiques et professionnelles sur les exportations françaises de produits agricoles tout en refusant les accords de libre échange… l’hypocrisie capitaliste fonctionne aussi à plein dans le secteur agricole.

Si l’on veut se préparer au mieux face au chambardement climatique, augmenter la résilience de notre agriculture et de notre autonomie alimentaire, il faut freiner radicalement la contribution de l'agriculture industrielle à l’accumulation des gaz à effet de serre et à la destruction des biotopes et se lancer résolument dans la transition agro-écologique, seule voie viable d’adaptation, même si elle n’est pas, on s’en doute bien, celle privilégiée par les actionnaires de l’agro-industrie.

1. https://blogs.mediapart.fr/eric-andrieu-depute-europeen/blog/260421/gestion-des-calamites-agricoles-sortir-des-faux-semblants.



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