Qui sème l’injustice récolte le chaos !

Où commence le chaos ? Dans la colère de gens poussés à bout par des décennies d’abus exponentiels ou dans les actes posés un à un, suivant une accumulation mathématique ? Dans la progression parfaitement préméditée de la richesse d’un petit nombre ? … Cette richesse obtenue au détriment de la multitude des nations, des peuples et des individus, rémunérés par des petits bouts de rien…

Qui est initiateur et bénéficiaire du système, qui est complice et enfin qui est victime de cet ordre des choses qui n’en est pas un ? C’est parce que toutes les réponses à ces questions sont entremêlées dans un salmigondis inextricable, qu’il est difficile de comprendre les mouvements protestataires qui agitent la société française et par-delà son seul périmètre, les sociétés dites modernes… voire le monde entier !

L’arrogance du dominant rend le peuple hésitant…mais après l’hésitation ?...

L’aplomb est une chose étonnante, une attitude qui appartient à la posture du dominant. Elle n’est pas innée, mais s’acquiert vite, dès lors qu’elle est posée comme une conduite du milieu dans lequel on vit. Elle induit souvent de prime abord une certaine fascination chez le sujet sous autorité, car elle semble aller de soi. Elle appelle le respect et la résignation comme réponses attendues. Pierre Bourdieu n’a pas vieilli, lui qui analysait très bien ce dont il s’agit : « Ainsi la désinvolture ironique, l’élégance précieuse ou l’assurance statutaire qui permet l’aisance ou l’affectation de l’aisance sont presque toujours le fait d’étudiants issus des hautes classes où ces manières jouent le rôle d’un signe d’appartenance à l’élite. » C’est dans cette marmite culturelle que mijotent nos élites depuis leur plus jeune âge et c’est par ajout dans cette marmite que ceux qui réussissent, sont invités à prendre les postures qui ouvrent les portes. Ils sont alors bienvenus chez les premiers de cordée que certains aiment à donner en exemple comme l’élite généreuse qui assure le groupe et montre la voie ! (Mais ça, c’est l’image d’Epinal) Oh, ceux qui parviennent au prix de l’effort d’adaptation, ne seront jamais du sérail, mais ils n’en deviendront pas moins des meneurs… Par le processus inverse, les ressortissants des catégories sociales dominées adoptent des comportements de soumission désabusée qui font aussi partie de leur héritage culturel. Mais ça, c’était avant… Le développement galopant des moyens de communication numérique et la constitution de schémas de réussite projectifs, promus par de médiocres séries de téléréalité semblent dire au peuple « pourquoi pas vous ! » et referment le piège du capitalisme sur lui-même. En effet, on assiste dans ces mises en scènes rudimentaires, au théâtre de la vie rêvée des riches : somptueuses villas, sites connus, voitures de luxe… décors dans lesquels on fait évoluer des individus immatures parfois hystériques (tout autant que les riches de la jet set) qui accèdent à l’argent sans faire d’efforts considérables. On fait jaillir de l’argent facile à la face d’un peuple que le capitalisme néolibéral affame ! Ce piège à audimat censé rapporter l’argent de la publicité à des milliardaires qui en regorgent, fait entrer dans l’esprit des gens que leurs « élites friquées » ne sont pas des êtres exceptionnels, mais de grands enfants gâtés… ce qui est d’ailleurs très souvent le cas !

 

La colère est une énergie qui s’accumule, se stocke puis se libère avec violence

La rencontre entre la pauvreté et le luxe engendre plus d’envie que d’espoir ! L’erreur fatale de tous les dirigeants de tous temps, c’est de surestimer la patience, la souplesse et l’élasticité de l’humain ! Après un temps passé à subir, le peuple explose et se soulève, c’est là toute sa dignité, c’est là tout son honneur ! Dans la situation présente, face à la crise des gilets jaunes, il aura fallu attendre l’abandon de l’impôt sur la fortune, la casse du droit social français et un empilement de mesures de gestion faisant porter les coûts du fonctionnement du pays sur des leviers fiscaux qui détruisent les moyens de subsistance d’une majorité de citoyens, sans aucune considération pour la disparité des revenus ! Il aura fallu attendre aussi que le gouvernement humilie les syndicats et autres corps intermédiaires, ignore les manifestations et protestations organisées, pour en venir à cette saine colère de novembre et décembre 2018. Ajoutons à cela un discours emprunté à Nicolas Sarkozy : « nos mesures sont excellentes c’est notre pédagogie qui doit être améliorée », autrement dit ce qui est fait est bien fait mais les gens ne comprennent rien… alors que l’humilité commanderait à tout pouvoir de se remettre en question ! L’humilité n’est pas la faiblesse… c’est la marque des grands esprits au contraire, mais ce constat, la gouvernance Macron n’est pas prête à le faire !

Ajoutant le mépris manifesté en de nombreuses occasions à ses compatriotes, alors qu’il les traitait de gaulois indisciplinés, d’illettrés, de gens de rien… parfois durant un séjour à l’étranger, à une surdité sans précédent, Emmanuel Macron en vient à opposer l’écologie et la justice sociale. Les gilets jaunes seraient des gens irresponsables qui choisiraient de polluer avec leur diesel payé avec moins de taxes, par simple goût pour l’argent… Bref si l’on écoute l’Elysée, c’est l’écologie ou des conditions de vie décentes, pas les deux… la fin du monde ou les fins de mois. Ce chantage immonde opposé aux revendications au lieu de mesures de justice sociale, comme le rétablissement de l’ISF, c’est tout le problème ! C’est le cœur du conflit ! Dès lors, face à la surdité du pouvoir, nous entrons dans un processus insurrectionnel et l’on peut prévoir du sang et des larmes ! C’est ainsi… la colère est une énergie qui s’accumule, se stocke puis se libère avec violence !

Les manifestations salariales...occasions de dialogue manquées par le gouvernement. Les manifestations salariales...occasions de dialogue manquées par le gouvernement.

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