La République En Marche ou… En avant vers le passé dans le futur !

On dira sans grand risque d’erreur, qu’à vouloir embrasser le monde, on finit par étreindre le vide. Mais soyons joueurs : la nature n’a pas toujours horreur du vide ! Le destin offre parfois à ceux qui démarrent de rien, un grand tout... Comme le fondateur de « En Marche », ex-ministre qui parti sans troupe, toucha au but avec une majorité...Ensuite commencèrent vraiment les problèmes...

N’oublions pas d’où nous venons

Jupiter, avec son armée hétéroclite  a finalement obtenu d’un suffrage hautement abstentionniste, l’énorme bulle du pouvoir absolu… la présidence d’une république essoufflée, au terme d’une époque qui se referme... et l’Assemblée Nationale, qui est censée lui donner la latitude de « réformer pour progresser » dit-il…

Mais de peuple uni et rassemblé…point !

Son slogan, « je suis de droite et de gauche » en dit long sur le cours de la grosse ficelle à la bourse du business politique entre copains !

Considérer cela uniquement comme bagage argumentaire, pour un homme qui prétend changer la marche du monde depuis notre cher hexagone, c’est faire la part un peu trop mince à un Etat Nation qui tire sa gloire de son Histoire et du métissage de ses cultures fondatrices.

Cette gloire, cette fierté c'est :

  • Celle d’une nation ancienne qui résista malgré les victoires de César ;
  • Celle du génie humain et de la philosophie, magnifiés notamment par le siècle des Lumières ;
  • Celle de la Révolution qui inspira la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ;
  • Celle des inventeurs et capitaines d’industrie qui firent grandir ce pays ;
  • Celle du Progrès Social et des droits afférents, issus du Front Populaire ;
  • Celle de la Libération, qui engendra une certaine idée de la République, il est vrai régalienne mais efficace pour reconstruire par l’alliance populaire, une économie ruinée par la guerre ;
  • Enfin, celle de la nation qui sut donner naissance à l’Europe économique et culturelle en partenariat avec son ancienne ennemie l’Allemagne, mais hélas sans avoir su ou voulu créer l’Europe sociale…
  • Et peut-être à l’avenir, celle d'un pays qui saura construire une 6ème république plus juste et plus citoyenne…

Aujourd’hui, après des décennies marquées par le durcissement de l’économie mondiale,  par des décolonisations sanglantes et le plus souvent arrachées par des peuples devenus souverains  du simple fait de leurs forces et de leur détermination, la France minée par la crise et le retour d’idéologies mortifères, est prise dans la nasse où la maintiennent des puissances concurrentes…et parfois « amies », souvent « mieux disantes » en termes industriel, commercial et militaire.

 L’illusion et ses coulisses

C’est dans ce contexte difficile que l’offensive néolibérale à la française arrive, ce salmigondis d’affairisme sans âme, d’intérêts de castes entremêlés  et de pragmatisme financier, s’empare de ceux pour qui « réussir », sans état d’âme sur le sens du mot, se traduit par le capitalisme et l’opulence matérielle… ce bilan dut-il être fait sur une planète ruinée par les plus riches !

Alors, le temps de ceux que j’appelle les illusionnistes,  (parmi lesquels notre président et son mouvement  En Marche) est hélas venu. Bâti sur des alliances improbables issues d’une plateforme commune, la lassitude de 30 années de trahisons politiques, ce rassemblement de croyants fascinés par un homme jeune et intelligent se prétendant leur messie, est avant tout un acte de foi…bâti sur un fol espoir.

Bien sûr, dans ces conditions, l’illusion pourrait fonctionner et même devenir virale… mais l’orgueil n’est pas la fierté, la vanité n’est pas la sûreté et le mépris n’est pas la grandeur !

Et beaucoup ne s’y trompent pas !

Les principes, ça coûte combien ?

Notre président est indéniablement intelligent, on ne le contestera pas et il sait additionner les atouts nécessaires à une réussite personnelle, mais il fait payer ses dettes d’amitié (suppression de l’ISF) à la nation, ce qui est plus que contestable. Il semble avoir entretenu et cultivé les conceptions bourgeoises, qui sous des dehors réformistes, recherchent avant tout la préservation d’un ordre établi par les puissants, au soir  du 19èmesiècle… un 19èmesiècle dont il a du mal à sortir lorsque l’on voit avec quelle curieuse insistance il s’acharne à émonder la loi de 1905, dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat, de ses principes laïques, salvateurs de l’égalité des Français dans l’exercice de leur culte ou le respect de leur athéisme !

Celui qu’un grand nombre appellent le président des riches, non sans raisons, conçoit l’économie comme une arène existentielle où s’organise le pouvoir dans la société. En effet, pour lui,  la constitution d’une élite aux commandes d’une armée d’exécutants, semble être première et devoir prendre le pas sur tout dessein d’ordre moral ou humaniste, auquel pourrait prétendre une nation. C’est un peu comme si dans un groupe, certains posaient la question, tout en préparant le repas « qui voulons nous devenir ? » face à ceux qui attendent assis et organisent la gouvernance  « La préparation du repas est-elle assez efficiente ? Qui aura le droit de manger ? En quelle quantité ? ».

La querelle autour du statut des migrants montre bien à quel point sa conception du minimum humanitaire est partagée par bon nombre de députés En Marche, qui face au Défenseur des Droits qui leur rappelle les principes garantis par la Constitution, répondent en substance :   il faut être pragmatique et établir les lois  à la hauteur des moyens matériels que l’on a pour les respecter !

C’est une première sous la 5ème république. Par le passé, le pouvoir en France, a pu ignorer ou bafouer certains droits il est vrai, mais c’est la première fois que vient du législateur, l’idée de négocier la « géométrie d’application des principes » en fonction de l’allocation des moyens !

Qui a dit un jour « vouloir c’est pouvoir » ?

  Retrouver l’âge d’or…mais quel âge d’or ?

Mais le dessein du président commande tous ces changements.

Il semble vouloir restaurer un âge d’or (imaginaire) en requalifiant la France en tant que fille aînée de l’Eglise, confère l’appel aux catholiques à entrer en politique, fait devant les évêques de France ; l’appel fait pendant la campagne électorale à mieux comprendre les fervents de la manif pour tous etc… Il semble ami avec des dirigeants « musclés », Erdogan par exemple, il ne néglige pas les contrats gagnés dans des des pays qui bégayent leurs Droits de l’Homme. Ah mais c’est vrai je suis injuste : il ne manque jamais de protester et de faire une gentille leçon à ses interlocuteurs…avant de passer aux choses sérieuses !

Peut-être, quelque part, aspire-t-il à retrouver cette France coloniale, qui avait belle devise sur son blason mais peu de principes humanistes en portefeuille et s’appuyait sur l’Eglise ou sur la charité, notion plus qu'action.

Avec En Marche, ce n’est pas « retour vers le futur », mais « en avant vers le passé dans le futur » !

Tout cela serait contestable, mais peu surprenant si nous avions affaire à une équipe dirigeante prenant la suite naturelle de ses prédécesseurs…mais n’oublions pas que ces gens qui nous gouvernent s’étaient engagés durant la campagne présidentielle, à changer la manière de faire de la politique dans notre pays…

 D’autres épisodes pour ce bavardage…

Pour en revenir à l’économie, rappelons que dans néolibéral, c’est libéral, le terme qui paraît fasciner notre président.

Mais ça, ce sera pour un prochain épisode… Car je reviendrai sur ce blog avec trois sujets actuellement en préparation :

  • Je ne confonds pas ma droite et ma gauche !
  • Le libéralisme ou le « moteur trois temps » inventé par le président
  • Le prestige en politique française

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