Distinguer l'essentiel de l'accessoire

Le choix d'un second tour n'est pas entre la peste et le choléra, mais entre l'essentiel et le secondaire. Nombre de dirigeants et d'électeurs semblent l'avoir oublié et annoncent une décision dictée ou influencée par la propagande de Madame Le Pen.

Ce sera mon message en cette fin de cette campagne.

Aujourd'hui je soutiens le candidat Macron. Je ne vous cacherai pas que l’été dernier ses positions sur le diesel, l’énergie nucléaire, NDDL etc, bref tout ce qui touchait à l’écologie, m’incitaient à désespérer de l’avenir. D’autant plus que sa démarche, par ailleurs, me paraissait prometteuse pour sortir de l’ornière du non-réformisme à la française, qui n’est en fait que l’addition des compromis clientélistes, la démagogie molle des chefs aux petits pieds.

Plus fine politique, Corinne Lepage a fait le pari d’un soutien critique au sein de l’équipe du candidat. Le résultat est appréciable : on va aller dans le bon sens avec des objectifs aux limites de ce qu’il est techniquement, économiquement, financièrement possible d’atteindre durant le prochain quinquennat.

Mais tout cela reste de l’ordre du secondaire, tout comme la revalorisation immédiate de 100 €/mois de tous les minima sociaux. Important mais secondaire.

L’essentiel tient en peu de mots : préserver l’exercice de la démocratie, c’est-à-dire respecter à 100% la liberté d’expression, d’où toute possibilité d’opposition découle. 

Hier-soir, réaction réflexe, Madame Le Pen intervenant sur France 2 a reproché sèchement au journaliste qui l’interrogeait de contester un de ses mensonges, au motif qu’il n’était-là que pour poser des questions, c’est-à-dire pour ceux qui ne comprennent pas : pour la mettre en valeur. C’est la manière dont le FN voit le rôle des media : des relais pour conditionner la population. La mise à l’écart de nombreux media par l’équipe de campagne de la candidate manifeste la même détermination farouche et systématique.

Madame Le Pen aux affaires serait pour la France ce qu’est Erdogan en Turquie ou ce que rêvent Trump pour les Etats-Unis et Orban pour la Hongrie.

Ça c’est l’essentiel. Et que parmi les dirigeants des partis battus et d’une grande partie de leurs électeurs on en reste à tergiverser, à recommander ou à justifier l’abstention et le vote blanc, voire à annoncer un voteLe Pen, révèle à quel point l’idéal démocratique s’est affaibli dans notre pays et à quel point les démagogues ont réussi à pourrir jusqu’au bon sens républicain le plus élémentaire.

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