Hypothèse de bombes sales contre catastrophes atomiques réalisées.

"La bombe sale, une hypothèse terrifiante et peu probable", titre assez inquiétant d'une analyse publiée par Nathalie Guilbert en page 20 de l'édition datée du 2 mai 2016 du quotidien Le Monde. En exergue, son résumé : « L'engin serait un assemblage d'explosifs et de composants, déchets industriels, médicaux ou issus de réacteurs de recherche ».

Une semaine après le 26 avril, jour où le rappel de la catastrophe de Tchernobyl a été l'occasion de quelques évocations allant du remake de la séquence accidentelle initiale au rappel que la nature va bien dans la zone interdite de Tchernobyl et que les habitants des régions fortement contaminées se sont adaptés à la vie avec les radiations, on a comme l'impression que le sens des proportions fait parfois défaut quand il s'agit de radioactivité.

Car l'intention malfaisante ne saurait rendre gravissime un acte qui, s'il visait à disperser ne serait-ce qu'un millionième des rejets de l'accident de Tchernobyl, ne pourrait sans doute pas être mené à terme. En effet, les radiations des matières manipulées – forcément sous une forme concentrée – tueraient les terroristes avant qu'ils n'aient eu le temps d'assembler la machine infernale, de la transporter et d'en déclencher l'explosion.

Par ailleurs, l'ONU a publié en 2006 le bilan définitif officiel de Tchernobyl, tel qu'établi par le Chernobyl Forum : une cinquantaine de morts, 4 000 cancers de la thyroïde et quelques milliers de cancers possibles durant les cinquante années à venir, aussi indiscernables que les radiations sont invisibles.

Il faudrait s'entendre. D'un côté la tendance à réduire à peu de chose les séquelles sanitaires de catastrophes radiologiques majeures d'origine industrielle, de l'autre la dramatisation anxiogène d'éventuels dangereux bricolages criminels. Car si le risque des premières s'est réalisé trois fois et a été officiellement déclaré dans l'ordre des choses à venir par le directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire, celui des seconds est fort heureusement resté à l'état d'intentions non concrétisées, sinon d'hypothèses en chambre.

Gardons à l'esprit la notion des ordres de grandeur et déduisons en collectivement les priorités politiques. Celle d'organiser l'arrêt de l'exploitation de l'énergie atomique pourrait alors s'imposer, d'autant que la faisabilité d'un acte terroriste contre une centrale atomique en fonctionnement est tout sauf à exclure.

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